Seigneur Zéro
J’ai vu toutes ces choses elles ne voulaient rien dire
j’ai touché toutes ces mains elles ne voulaient rien dire
J’ai vu tous ces visages Seigneur ils ne voulaient rien dire
Seigneur Zéro ils ne voulaient rien dire
accepte mon adoration Zéro pour toutes ces prières
pour tous ces péchés pour tous leurs pardons
passe-moi mes offenses et lave-moi les mains Seigneur Zéro
car c’est toi qui les as conçus
et je t’enseignerai dans un autre monde
hors de ma misère je vais t’apprendre et t’enseigner
je t’enseignerai Seigneur dans un autre monde
je te donnerai mon cœur
le cœur que donne le marin au navire brisé
ou le charron à la roue qui tourne
le cœur que donne le fermier au sillon pris de glace
un cœur têtu de cette sorte
et je t’enseignerai aussi en te donnant mes mains
vois comme elles sont blessées Seigneur, vois comme elles sont
dures
vois comme les blessures les enlaidissent
je t’enseignerai en te donnant mes mains
le Christ n’avait pas ces mains-là, les siennes étaient parfaites
le cœur du Christ était vaste, et non petit comme le mien,
je ne crois pas dans le Christ, il est notre rêve,
et toi aussi tu es notre rêve, Seigneur Zéro
mais nous te convertirons, nous te convertirons,
nous t’apprendrons à rire comme les malheureux
tu deviendras humain et brisé comme nous
tu seras Un avec nous, Seigneur Zéro
(c’est ici que le petit doute entre par la fenêtre
comme un vent frais qui agite les feuilles
nous repartons nous-mêmes avec ce vent
pour devenir le Seigneur Zéro)
Conrad Aiken
traduit par Alain Bosquet