Hiver
Loin des bruits du bruit, c’est la matrice de l’hiver. L’enveloppe de silence. Le carbone des neiges dans l'obscurité des arbres nus. Une lente transhumance transite dans les steppes du ciel. Nuages. Pas de miracle, seules des mésanges nonnettes, moinelles noireaudes éparpillées aux partitions gelées des terres, brindilles de pattes, faims d’oiseau, sautillent entre les pieds de vignes. Nouée à la terre, la dureté du froid étreint toute chose. Les ruisseaux attendent, mutiques sous leurs plafonds glacés. Les maisons toussotent leurs fumées grises. L'éclair roux d'un renard coupe la brièveté du jour. La nuit, précise, laque un mica où fulgurent d’anciennes pierres. Le vent coupe les souffles et ce serait une aphasie des lieux si le clocher ne récitait si clairement ses heures. La vie se tient là, amaigrie et têtue, serrée d’écorces dures, endurante, embusquée dans l’effort et la patience. La campagne veille.
Ile Eniger -Quelque chose veille- (à paraître)