Tant qu'il y aura des hommes
Tant qu'il y aura de l'argent,
il y aura des pauvres et des riches.
Tant qu'il y aura des dieux,
il y aura des athées mis à nu
et des croyants armés.
Tant qu'il y aura des banques,
il y aura des imbéciles heureux
pour croire aux promesses d'élection.
Tant qu'il y a des hommes,
il y a de l'hommerie et des vendeurs de chars.
Tant qu'il y a des hommes,
il y a malgré tout des âmes-sœurs qui s'aiment,
de la tendresse en friche,
des caresses à donner,
des cœurs empressés dans les baisers volés.
Tant qu'il y aura des pierres,
du silex et du bois,
il y aura du feu.
Tant qu'il y aura des mots,
des mômes qui font du bruit,
des gens qui manifestent,
de l'énergie solaire,
des barques sans moteur,
il y a de l'espoir.
Tant qu'il y aura la nuit,
la peur des fantômes
et l'aboiement des chiens,
il y aura le jour.
Tant qu'il y aura du monde
pour déchaîner les ondes,
du mou dans les cordeaux,
du lousse dans la tête,
du foin à la place du fric,
des mains qui sentiront la femme,
l'amour, les frites
ou la compote de pommes,
des mains de menuisiers sur les rabots,
des mains de pianistes ou d'accoucheurs,
des mains à plume ou à marteau,
des mains de sable au bras du fleuve,
des coups de main,
des coups de tête,
il y aura des hommes restés debout,
des enfants en révolte,
des femmes enceintes
ou en chaleur.
Tant qu'il y aura des fraises,
de l'eau d'érable et des poèmes,
des guêpes en liberté
et des abeilles vivantes,
il y aura du miel.
Tant qu'il y a la mort,
il y aura la vie.
Jean-Marc La Frenière