Un feu me brûle
un feu me brûle
j'ignore son nom
sur tes lèvres
déchiffrées par doigts d'aveugle
j'ai désiré
silence et paix
un feu me hante
il me courbe me façonne
me fait ange le matin
démon au crépuscule
un feu plus cruel que la mort
pourtant précise dans ma chair
un feu me crée
un feu m'enterre
depuis toujours depuis le plus lointain vagissement
il commande en chef
il ordonne et j'obéis
larve ou prince lauré d'infini
il me dicte le chemin la parole et le sang du moment
il m'épuise et désagrège mes os
il multiplie les abcès
autour de mon cœur organe
tumultueux impossible à tenir en laisse
il me ravage
je l'aime fais l'amour avec lui le hais
il me déchire jusqu'aux souches quaternaires
il m'approfondit m'installe en pleine clarté
m'enfouit dans la ténèbre purulente
il me condamne m'exécute me donne le coup de grâce
il hurle quand il accouche de ma figure humide
un feu me déporte
m'exile aux frontières
m'interdit le corps et l'extase
le chant et l'unité
un feu me traque
quand je dors
quand je caresse la putain
le marin blond suédois de Toulon
quand je tente de pénétrer
par les yeux
la réalité de la chèvre et du chien
quand arc tendu jusqu'à rompre
je m'efforce désespérément de m'éveiller
poireau, chou, carotte, caillou, giroflée, radis
mi-rose mi-noir
un feu aura raison
un feu aura mon sexe
ma chair morte depuis longtemps
mes jambes de fuite Mes hanches de vertige
un feu qui ne se nomme pas
dans toutes les langues connues de la planète
y compris celles à venir
et que nous ignorons encore
André Laude