Jacques Goorma
Docteur es Lettres. Chargé de Mission pour la promotion de la poésie à la Bibliothèque Municipale de Strasbourg. Initiateur des Poétiques de Strasbourg. A publié une dizaine de recueils aux Éditions Fagne, Rougerie, Lieux-Dits, Le Drapier. Textes en revue, études critiques, théâtre, lectures, conférences, émissions pour France-Culture. Collaboration à une encyclopédie des religions. Responsable de l'édition de l'œuvre de Saint-Pol-Roux chez Rougerie et Gallimard. Directeur de la collections Jour & Nuit et des Cahiers du Loup bleu aux Éditions Lieux-Dits. Membre de l'Institut des Textes et Manuscrits Modernes du CNRS. Plume d'or de la Ville de Genève. Prix de Littérature de l'Académie des Marches de l'Est. Prix de la Société des Écrivains d’Alsace et de Lorraine.
Peau-Pierre, Édition s Henry Fagne, Bruxelles, 1975
Réveil, Éditions Henry Fagne, Bruxelles, 1978
Mucine, éd. Rougerie, Mortemart, 1984
Nue, éd. Rougerie, Mortemart, 1987
Signes de vie , Eaux-fortes de Germain Roesz, Édition Lieux Dits, Strasbourg, 1994
Lux claustri, Gravures de Sylvie Villaume, 400ème anniversaire de Jacques Callot, Nancy 1994
Orage, éd. Rougerie, 1994 (Prix de L'Académie des Marches de l'Est)
Papier à fleurs , Livre d'artiste avec Sylvie Villaume, 1997
La chambre aux nuages, Éditions Lieux-Dits, 1997
Dans la clarté du chant, Ateliers du Loup bleu, décembre 1998
A, Le Drapier éditeur, Strasbourg, octobre 1999 (Prix de la Société des Écrivains d’Alsace et de Lorraine)
Lucide silence, Cahiers du Loup bleu, Lieux-Dits, Strasbourg, 2000
Parfois , livre cd, Collection Éléments, Le Drapier éditeur, Strasbourg, 2002
Le vol du loriot, Arfuyen, 2005
Livres pour enfants
Le géant de Baobo, dessins de Leyla Goormaghtigh, Lireabelle, Aubais , 2002
Écrire m’aide à penser
Ecrire m'aide à penser. A formuler ce que je ressens avec cette conscience particulière que cette formulation crée en même temps cette pensée , l'articule. Définit la qualité de ce que je ressens. Mais l'essentiel de ce qui m'occupe - la vie - est au-delà des mots. Mes pauvres mots ne pourront être, dans le meilleur des cas, qu'un tremplin vers un silence qui les exclut. La poésie est engendrée par ce drame. L'aveu d'une parole qui voudrait dire l'indicible et ne peut que le désigner. Pourtant la poésie est à mon sens la seule chance de tenter l'impossible. Par l'invention d'une relation toujours vive avec le langage, elle seule peut encore relever l'absurde défi. Elle seule peut encore lever les verrous qui enferment nos cerveaux dans le ressassement des formules inanes. Et que se passe-t-il alors ? La liberté nous effraye et nous regagnons vite notre cage. La vraie poésie est dangereuse car elle demeure insoumise. Sans cesse elle avance dans sa parole sans qu'aucun mot ne l'épuise. Elle avance dans l'insécurité et l'errance de celle qui cherche dans sa nuit les moindres pépites d'étoile où s'émerveille la vie. A l'horreur du monde la poésie répond par un sourire. Chacun se révèle en l'interprétant à sa manière. Aveu d'impuissance ou suprême insolence, signe de désolation ou de surabondance. Son ambiguïté même répond à l'énigme de la vie en la dérobant aux dogmes meurtriers. Des mots. D'autres mots. Pour parler de ce qui est derrière ou au-delà d'eux-mêmes. Des mots qui ne peuvent, disparaissant, que rendre un dernier soupir et nous rendre à notre propre souffle. Nous approcher de ce point focal abstrait et silencieux où advient tout ce qui est. Mais ce point au-delà des mots existe-t-il en dehors des mots ? L'impossible, à nouveau ligote la pensée. La place devant un mur infranchissable. La réponse - comme l'oeuf de Colomb ou le noeud gordien - ne peut être qu'une farce. Inattendue et libératrice. Tous les mots ne parlent que de se taire. Nous ne connaissons pas le monde. Nous ne connaissons que les mots qui le créent. Parler ne fait qu'entretenir la chimère de quelqu'un qui parle et qui serait donc distinct du monde. Nous n'avons rien trouvé d'autre que les mots pour tenter d'aborder l'inabordable. Alors que cette question ne peut survivre sans les mots. Avec le dire vient l'indicible et tout le fatras qui s'ensuit et qui nous piège dans le cercle vicieux d'une pensée onaniste qui ne peut que se mordre la queue pour se prouver qu'elle existe. Quand elle est vive, la poésie opère ici un court-circuit. Elle tient de l'inédit par la surprise et la justesse d'une saisie nouvelle qui défait et réinvente le monde.
Aux premières lignes
Le pain est dans la miette
le monde dans un mot
et toi dans cet éclat de miroir
qui nage dans ta poitrine
A la poésie
Quel diamant faut-il
pour couper le silence ?
A l’amitié
Sentir quelqu’un
c’est sentir son ouverture
à travers ses verrous
A la reconnaissance
De grâce
je reçois beaucoup
la douleur a forgé
de larges écuelles
Au parc
Allée triomphale des marronniers
si petit sur ton vélo d’enfant
Aux enfants
Ce qui les fait rire parfois
c’est l’être en eux tellement frais
que ça les chatouille
Au poète
Le voici sur son île
avec ses paroles
comme devant
une barque en morceaux
l’œil accouche
la chance sidère les fourches
l’éclair bleu illumine le cuivre des moissons
debout enfoncé dans la glaise avec
le sceptre de la clairvoyance
la paupière gonfle
dans la poussée des songes
des mots nouveaux ont surgit
sous le tapis des fables
*
parmi les innombrables pages de désert
un briquet assourdit les dunes
celui qui maudit la nuit
ignore le secret du jour
se tortille comme un vers
coupé en deux
la pureté est le mirage ultime
du sans-nom
*
un commencement survient
dont j’ignore encore le nom
comme si je ne savais plus
parler
la roue ralentit tout s’accélère
le monde est suspendu à mes lèvres
l’œil accouche
du monde qu’il écoute
Paroles nues
Selon les mots réunis ici, écrire est un acte magique.
Chacun de ces brefs assemblages, qui tiennent le plus souvent en une
seule phrase, est à la fois autonome et saisissable en tant qu'élément
Dans le silence qui entoure chaque formule - et qui la sépare ou la
relie à ses voisines - circule une énergie subtile, celle de l'énigme
Chaque parole est ainsi une et double en son miroir, selon qu'elle s'y
Jacques Goorma