Mettons
Mettons que je suis sourd au bruit des tiroirs-caisses,
J'entends toquer la faim au ventre du Tiers-Monde.
Mettons que je suis sourd aux slogans du commerce,
J'entends le bruit des os dans les chambres à torture.
Mettons que je suis sourd aux chansons à la mode,
J'entends le bruit des mots qu'on écrase du pied.
Mettons que je suis sourd aux ventes à crédit,
J'entends les fruits qui meurent dans les bois qu'on décime.
La vérité ne se mange pas, ni la pensée ni la musique.
Les mots se fanent et reverdissent
mais ils claquent des dents sous les haillons du pauvre.
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