La saveur d’être là imprègne chaque pas.
Je me tiens droit devant l’échec, devant la perte et le silence, devant la mort et la douleur. Je tire dans la nuit une corde invisible. Je me tiens droit devant la vilenie, la vanité, la peur. Je me tiens droit devant la porte pour en donner la clef. Je tire dans la nuit sur le fil du vivant. Je me tiens à l’écoute devant le merveilleux, le souci, le partage. Plus je m’interroge, moins je sais. C’est en secret qu’on dort. Le rêve nous protège du temps. Je voudrais écrire sans sortir du silence. Le silence n’a pas besoin de bouche pour parler mais la parole a besoin du silence. Les fleurs déclinent sans chagrin. Elles revivent ailleurs dans l’odorat du rêve. Dans les parages du néant, il restera toujours un noyau de lumière. Nous gravitons sans cesse à la recherche d’une orbite. Nous frappons à la porte du monde pour entrer ou sortir. L’espérance n’est plus qu’une barque fendue. La terre qu’on étrangle en appelle aux enfants. Il nous faut reconstruire une maison de sens habitée par le cœur. La voix de l’homme détonne dans le chant des oiseaux. On cache l’arc-en-ciel derrière des drapeaux. Le bonheur ne frappe plus à la porte avec les bras chargés de fleurs. Il sautille en boitant parmi les champs de mines. Enterrés mille fois, les ongles des tyrans continuent de pousser. Je marcherai toujours asymptote au néant. J’écouterai mon loup m’enseigner la tendresse. Prenez votre espace. Prenez votre temps. Prenez l’horizon par la taille. Prenez l’orage par le cou. Prenez l’enfant sur vos épaules. Prenez l’amour par le ventre. Prenez la vie par le bon bout. Inventez le bonheur. Les plus hautes statues sont sujettes à la foudre. Les nuits les plus opaques sont sujettes à l’éclair. Les armes à la main désertent les caresses. L’enfant que nous étions n’a pas fait son devoir. Il a troqué le rêve pour un semblant de vie. J’ai grandi, peut-être, je ne crois plus aux mots qu’on me glisse à l’oreille.