Sans voir
On ne sait pas ce qu’on voit dans les yeux des mourants. De l’inconnu, sans doute, de la peur, peut-être ? Quand la lampe s’éteint, je cherche la lumière dans ce qu’on ne voit plus. Je touche les objets avec une main d’aveugle. Une gravité nouvelle s’empare des paupières, de la terre à la nuit, de la mort à la terre. Une blancheur de page se décalque dans l’ombre. Le temps se décompose en milliards de facettes. Tout éclate en morceaux. On marche comme des points qui effleurent la marge. Trop de mots font sauter les synapses. Le paysage reste flou. J’imagine un visage à partir des odeurs. J’écoute le silence. Les sons changent de ton. Les mots changent de sens. Les images qu’on recompose de mémoire ont quelque chose de plus. On y voit l’invisible préparer ses couleurs. On y sent l’absolu prendre forme dans l’homme.