Viens
si tu viens ce soir ne viens pas
avec ces larmes qui peuplent de rage les pléiades
viens avec tes mains
mains unies comme l'écorce d'un vieux chêne
mains qui déplient les impostures de mon corps
si tu viens ce soir ne viens pas
avec ces yeux plus ternes que mon cadavre déjà scellé
viens avec aux lèvres des mots
des mots plus virulents que des apocalypses repues de sang
si tu viens ce soir ne viens pas
avec le fatras enfoui aux commissures de tes remords
viens avec cette sueur bouffie de soleil
sueur qui cadastre mes déraisons imbues d'une trop grande férocité
si tu viens ce soir
ne viens pas avec les discursives de ta foi rongée par la perte
viens drapée dans un sari
sari bleu ou vert
sari ondoyant comme les ravanes de ta chevelure
sari qui encense la mouvance de l'infini désir
si tu viens ce soir ne viens pas
comme une bête à pas de fauve
te tapir à l'ombre d'une lune lasse qui se laisse mourir
viens déchirée
déchirée par ces houles qui écarquillent les canevas de tes sens
si tu viens ce soir
ne viens pas avec ce visage enseveli sous les cendres de la mer
viens avec l'encre épuisée de la nuit
versifier des poétiques qui assignent le commerce de la jouissance
viens paisible
comme
le chant
du sitar le matin
viens douce
comme
la terre qui servira
de paysage à mon deuil
si tu viens ce soir
mais ne viens pas ne viens plus
mais viens
reviens
viens reviens
ne viens pas
avec le pacte qui confesse le savoir de l'illusoire
viens avec une caravane
une caravane insensée de bleu et de mots
de mots si beaux qu'ils me blessent
et me tuent sans que jamais je ne meure
viens avec une caravane
une caravane insensée de bleu et de mots
une caravane qui prolifère les gnoses de l'amour
viens
viens
viens encore
viens
Umar Timol
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