La plage de Neruda
La ville de nuit garrotte le silence. Sur la route encombrée, l'hémorragie mobile crache ses fumées. Un va et vient brutal ne sait plus où il va, ce qu'il fait, ni pourquoi. La ville vend ses mensonges, ses bassesses orchestrées. Elle vomit ses night-club, ses viandes faisandées. Elle éructe ses néons, ses jeux de basses fosses. Les bruits racolent, violent, trouent les cellules. Le plaisir se joue à l'heure de la soupe, à l'aune de l'alcool, au poids de la détresse. À coups d'indifférences, le manège infernal embarque ses démences, déballe sa camelote, monnaye ses illusions. Au bord de la mer, les oiseaux dorment dans les creux de roches, la lune éclaire le dessus des vagues, des étoiles veillent, paisibles. L'eau caresse doucement les pieds de celle qui demande : "s'il vous plaît Monsieur le Vent, c'est où est la plage de Neruda ?" Mais le vent ne répond pas.