Jean Morisset
Né à Belle-Chasse (Canada), Jean Morisset a fait des études en géographie aux Etats-Unis d’Amérique et en Angleterre. Il a milité pour de nouveaux rapports entre
Jean Morisset a déjà publié deux recueils de poèmes, dont le premier de 500 pages a été édité par les Éditions du CIDIHCA à Montréal. Il est aussi l’auteur de trois livres sur le Grand Nord. En 2000, il a publié des essais sous le titre « Amériques aux éditions de l’Hexagone ». Ayant été associé à différents projets de films dans les milieux autochtones, Jean Morisset vient de publier chez Leméac-Actes Sud Chants polaires, recueil de poésie et de photographies. An America That Knows No Name: Postscript to a Quincentenary Celebration. In French America,. Baton Rouge and London: Louisiana State University Press
Tel un poème qui passe sans se laisser attraper, tout en laissant toutefois une lueur palpable dans le ciel, il existe une sensibilité-chicoutimi, un esprit de ce haut-pays dit saguenay, traversés d’un souffle lacustre et forestier dont on parle peu faute d’arriver à en saisir la prégnance, avant même sa transcription en mots Jean Morisset
palpables.
Savez-vous qu’à la fin des années 1970, l’organisme qui se nommait alors «Le Conseil des autochtones du Canada / Native Council of Canada», lequel chapeautait les Métis et les Indiens sans statut, publiait un journal mensuel qui se nommait The Forgotten People – Peuple oublié dont j’ai encore quelques exemplaires, je crois.
J’ai été pensionnaire deux ans au Séminaire de Chicoutimi (Belles-Lettres et Rhétorique) à l’époque du cours classique, au milieu des années cinquante. Ce furent les plus belles années de mon adolescence, mais malheureusement on m’a mis à la porte pour excès de sport, de musique et de lectures!… Bref, pour excès de vie, si j’ai bien compris!
Par la suite, j’ai été «saloon man» et «bell boy» sur le SS Richelieu — les grands bateaux blancs qui, depuis Montréal ou Québec, faisaient une croisière hebdomadaire sur le fleuve et le Saguenay, avec un arrêt-coucher au quai de Chicoutimi ou à Port-Alfred, selon les marées. Toutes les filles de Chicoutimi nous courtisaient, nous et nos uniformes… surtout les uniformes, afin d’obtenir un laisser-passer afin de monter sur le bateau et, vêtues de leurs plus beaux atours, de mettre le pied à la salle de danse sous le pont-soleil. Mal leur en prenait, car elles se retrouvaient pratiquement entre elles, puisque nous avions vite fait de regagner nos coquerons afin de troquer nos uniformes contre de vieux jeans et aller courir la galipotte dans les hôtels et autres lieux de Chicoutimi.
Le lendemain, on se retrouvait guides touristiques sur les bus qui prenaient nos passagers (à 80% anglos-yanquis et le reste anglos-anglos), pour la tournée Chicoutimi, Shipshaw, Kénogami, Arvida, Port-Alfred, etc. Invariablement, le tour commençait par une révélation dont les touristes raffolaient (je le dis pour mémoire car la chose n’a jamais, je crois, été
écrite) : soit, «
the bastards!»
Nous avons été parmi les tout premiers Francophones à être engagés comme étudiants à bord de ces bateaux, sur demande même des passagers qui voulaient des Frenchés pour faire couleur locale et chanter en français.
Je ne pensais pas vous raconter tout cela, mais je suis content de le faire. Il y avait même une publication de Damase Potvin que j’ai retrouvée, publiée en anglais par
Jean Morisset connaît le Nord depuis toujours. Né au bord du Saint-Laurent, la voie royale de l'Amérique, il a été matelot sur une brise-glaces, puis géographe, puis poète quand les mots, lors d'un jour sans nuit et d'une nuit sans jour, ont commencé à imprimer en lui leur marée originelle.
Coureur du Haut-Arctique, il a tenu le journal de ses trajectoires à travers
C'est à partir de ces derniers carnets animés de 1999, 2000 et 2001, témoins à leur façon des archives et des entrailles d'un monde à ciel ouvert, que ce livre s'est révélé, dans le frémissement des glaces et la lumière de ses chants universels.
Voici les mots, beaux et drus, du poète qui voyage à travers le corps et l'âme du Nord, ce désert blanc, la toundra, que les coureurs des bois appelaient le grand large.
Edition Le Canotier *
Y a-t-il au monde moment plus réconfortant que l’arrivée d’une embarcation ? Les gens nous attendent depuis longtemps, nous entendent. Sans pour autant que, depuis la mer, avec le bruit du vent et des vagues, nous arrivions à saisir quoi que ce soit. Alors, on tente de les identifier de loin les uns après les autres et de reconnaître par leur sillage, à défaut de les saisir, les mots qu’on s’échange là-bas sur la rive.
Débarquement.
Et c’est comme si nos mains nous échappaient pour aller serrer de leur propre mouvement celles qui se tendent sur la rive.
Sourires. Bagages. Comment ça va ? Qannuipit? How are you? Et quoi d’autre ?
Nous avons tellement à nous dire que nous restons presque silencieux. On s’offre du thé, un morceau de bannique. Un cri de mouette se fait entendre. Un petit contingent d’oies des neiges passe au loin.
Déchargement.
*