Avant

Publié le par la freniere


Avant la mode et la télé, avant l’enfer du fer et des cieux en plastique, il y a eu la sève, les abeilles, la rumeur du vent, les coquillages, les étoiles. Avant les mensonges du papier et les mauvaises nouvelles, avant les rotatives du profit, il y a eu les initiales de la terre écrites avec la boue, la lave, la sueur, le langage de l’eau, du calcaire, du sang. Avant la corde et la potence, avant la banque et la monnaie, il y a eu le troc, l’accolade, la poignée de mains. Bien avant la prière, les os groupés en croix, la bannière et la foi, il y a eu la lumière, la lampe des lucioles, le pollen, l’étamine et la prière des galets. Avant, bien avant, il y a eu la matrice, l’utérus vert des feuillages, le sperme des oiseaux, le théâtre sonore des grillons, les muscles du carbone. Bien avant les habits, les habitudes, les tics, une ombre séminale a caressé la grotte. Je viens d’une mère de lumière, d’une patrie de racines, de la rumeur d’un fleuve, de syllabes d’eau pure, de voyelles sauvages, de germes, de broussailles, de semences, d’une mer éduquée par le sel, d’une terre triant ses germes de ses longs doigts d’argile.

       

La terre tend ses mains et l’homme les écrase. Je cherche l’éternel, les raisins de l’amour dans la grappe des visages, l’éclair unique, le pollen imprévu dans l’aventure des poumons, la douceur de la sève dans un vent plein d’épines. Je touille l’atmosphère, le sel invisible des secondes dans la soupe du temps. Je salue chaque érable, chaque orme, chaque chêne, leur automne à l’épaule, leur été sur la tête et leur hiver enfoui dans le sucre en dormance. Les chiffres de la pluie  comptent la fleur de l’âge. Des larmes diluviennes ont préparé la terre, de l’or jusqu’au pain, de l’espace à l’aurore. Des paupières florales couvrent les yeux du sol. Le soleil les ouvre et sème des images sur la papille des rosées. Au milieu des rafales, la ligne d’horizon équerre le chemin. Je suis passé trop vite des pupilles d’enfant aux bras d’un bûcheron, du hochet à la hache, du rêve à la parole. Je cherche l’homme entier replié dans son trou, sa musique céleste dans les failles sonores. Chaque désert cache un bouquet d’eau secrète.

 


Publicité

Publié dans Prose

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
<br /> Ici, chaque phrase mérite une étoile. Aujourd'hui, nous ne travaillerons pas, nous laisserons faire la pluie. Nous verrons plus tard, après tout cela. Après que la mère orignale ait retrouvé son<br /> bébé. Ici, chaque phrase mérite un temps d'arrêt.  <br /> <br /> <br />