Lettre de Maxime Catellier à Hughes Corriveau
Cher critique de poésie,
Il y a longtemps que je m’étais promis de dire deux mots de votre travail, tant il me hérisse le poil des jambes à cœur de samedi. C’est vrai, le plus souvent, c’est votre papier que je lis en premier dans le canard du week-end. Une forme de masochisme que j’attribue davantage à l’inconscience qu’à la formalité. Et sans cesse, je me farcis ces phrases maladroites et supposément spirituelles, ces états d’âme à rabais, en me jurant chaque fois de n’y plus remettre les pieds. Je ne sais pas pourquoi je continue de vous lire, tant l’attente se fait dégoût aussi rapidement que l’éclair déchire le ciel.
Votre façon, appelons comme ça ce que vous pourriez être tenté de définir comme du style, consiste à citer des extraits des livres dont vous avez à parler – je n’ose pas dire que vous les lisez – et de faussement envisager l’ouvrage en question dans une filiation douteuse dont vous seul détenez les clés. Or, il se trouve que vous avez une piètre culture poétique, cernée par vos contemporains immédiats et nourrie par la fange désolante dans laquelle la poésie québécoise se complaît jour après jour. Une daube, oui. Harnachée à son système de bourses péremptoires, la poésie québécoise est un piteux exemple à l’heure actuelle de ce que l’on pourrait appeler la dictature de l’ambivalence. Repliée, petite, souffreteuse, elle parle à tâtons de ce qu’elle connaît trop bien; à savoir, le vague et le pseudo profond. Vous excellez d’ailleurs à en décrire les mécanismes, publiant des papiers dont la syntaxe déficiente et le contenu fantôme feraient passer Louis Ferdinand Céline pour un sain d’esprit.
Maxime Catellier
(la suite)