Par simple désir d'un nouveau monde

Publié le par la freniere

1. Une feuille écrit sans savoir

une feuille
tombée de l'arbre
trace
à l'aide du vent
ce qui ressemble à s'y méprendre
à un dessin de feuille
sur le sol

elle n'a pas de nom
pas d'écriture
elle ne sait pas signer
ni dessiner

elle ne sait pas nommer les saisons
ni les siennes
ni celles où elle n'est pas
la feuille ne connaît même pas le mot "feuille"

elle ne sait pas qu'il existe d'autres feuilles
ni qu'il en existe une
qui est elle

pourtant
j'ouvre les yeux
et je vois une feuille
dessiner une feuille
puis s'envoler
à l'aide du vent

pourtant
je ferme les yeux
et je vois toujours cette feuille
qui connaît
ce que je ne connais pas


2. Qu'on prépare le réceptacle.

Qu'on dispose les bassines
sur la trajectoire des gouttes
qu'on atteigne les fenêtres
en se hissant sur la pointe des pieds
qu'on invite un ibis à rentrer
et qu'il boive à volonté

pendant que le toit et les murs tombent
Ounenès* esquive les pierres
et ses ordres
prononcés d'une voix calme
soulèvent et distribuent les courants
dans lesquels nous puisons
de quoi exister
d'une nouvelle manière

elle ne crie pas
mais sa voix demande aimablement
"qu'on me laisse parcourir le plus court chemin
des pieds à la tête et de la tête aux pieds
et que là où il y avait un regret
un arbre pousse"


3. Premier soir de l'an zéro.

Ce soir
c'est celle qui ployait sous les invitations
qui reçoit

ce matin même
elle a créé de sa propre substance
une feuille
sur laquelle
nous nous sommes longuement interrogés
puis elle a fait céder le toit et les murs
par simple désir d'un nouveau monde

regardez la
dans sa simple tunique gris perle
lègère et déshabillée de nous
aujourd'hui elle ne connaît plus ni les astres ni l'histoire

elle pose une plume
dans un vase en grès
et
par les nouvelles lois du monde
la plume se met à pousser

* prénom égyptien antique = Qu'elle existe !

 

Stéphane Méliade


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Publié dans Poésie du monde

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