Pierre Foglia et les éoliennes

Publié le par la freniere

 

De ma fenêtre, avec des jumelles, on voit des éoliennes. Une trentaine. Au sud-ouest. Elles sont dans l'État de New York. Par temps très clair, on les distingue, fantomatiques, à l'oeil nu. Ma fiancée s'enthousiasme alors comme une petite fille, regarde, regarde on voit les éoliennes... Elles nous annoncent le beau temps comme des hirondelles.

Mais te rends-tu compte, fiancée?

 

De quoi?

 

Qu'elles sont certainement à plus de 50 kilomètres d'ici. Te rends-tu compte des monstres qu'il faut qu'elles soient pour qu'on les aperçoive de si loin? Te rends-tu compte que ces monstres, des gens les ont dans la face matin et soir, en toute saison? En voudrais-tu dans ton jardin?

Dans Le Devoir de samedi, un prof en études urbaines ironisait : «En fait, on pourrait dire que l'éolien idéal - qui ne dérangerait personne - devrait se trouver au fond d'une vallée inhabitée et entre deux montagnes.»

 

Pourquoi pas, en effet ?

 

Le même prof un peu plus loin : «L'idéologie écologiste tente de préserver la nature en créant des zones intouchées et à l'abri de tout contact avec l'humain»...

 

Qu'est-ce que tu racontes, Chose? Des citoyens qui ne veulent pas de la tour Eiffel dans leur jardin, c'est ce que tu appelles une idéologie?

 

Il y a deux ans, des développeurs éoliens sont venus dans la plaine de Notre-Dame-de-Stanbridge, ont fait semblant de reculer devant la levée citoyenne de boucliers, mais les revoilà. T'appelles ça comment, une idéologie? Une stratégie? On laisse les citoyens s'épuiser dans une première lutte, puis on revient?

 

Les gens de l'arrière-pays de Bedford ne se battent pas au nom d'une idéologie. Ils ne se réclament même pas de l'écologie. Des phrases comme «le développement durable doit être la réconciliation de l'économie et de l'environnement» s'écrivent bien dans un bureau de prof, beau concept, mais t'as déjà entendu de bruit que ça fait, ces machins-là? Toute la journée, toute la nuit, le dimanche et le samedi aussi? Non, ce n'est pas prouvé que ça rende malade. Mais se peut-il que cela rende fou?

 

Je ne te parle pas non plus du Paysage avec un grand «P», je te parle d'être assis sur ta galerie et d'avoir ce machin de plus de 100 mètres de haut dans la face, ton espace plein de pales qui tournent, ta maison qui valait 300 000 $ n'en vaut même pas la moitié, c'est de l'idéologie ça?

 

C'est étrange, n'importe qui dans ce pays peut obtenir un accommodement plus ou moins raisonnable au nom de sa religion, mais dans le même temps, n'importe quel petit développeur de merde peut écoeurer le nombre de citoyens qu'il veut, cent, mille, sans qu'ils aient le moindre recours et cela au nom de la religion commune. Mais non, pas le catholicisme. L'économie.

 

Pierre Foglia   in La Presse

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Publié dans Glanures

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