Sauf, peut-être

Publié le par la freniere

Elle vacille quelquefois sur ses chevilles, un rien de frémissement qui frôle une lassitude inavouée et des questions en équilibre. Puis elle reprend son pas qui doit savoir où il va. Elle dit que la vie donne à tous mais que certains prennent plus que leur part, ça la rend triste. Elle voudrait faire de la soupe et du pain pour les ventres, tous. Et aussi pour les cœurs, tous. Elle ne croit pas aux groupes, aux collectivités, elle dit qu'ils mangent trop souvent les identités. Elle croit aux individus un à un, au regard à poser sur chacun, au sentiment à développer pour chacun, sans se renier. Parfois, quand la couverture se déchire, elle sait les grelots du froid, les crocs de la peur, les tremblements du vide. On ne peut tenir dans ses mains les quatre coins du monde sans ressentir ses vibrations. Elle n'a plus grand chose à dire, à part ce cri si haut perché que personne n'entend sauf peut-être les oiseaux, les chats, les arbres, et tout ce qui n'a pas parole d'homme. Quand aux moments paisibles elle s'arrête devant la porte ouverte de la nature, elle pense que la mort pourrait la cueillir ainsi, tranquillement confiante, un livre ou un cahier ouvert sur ses genoux.

 

Ile Eniger - Le monastère de l'instant (à paraître)

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Publié dans Ile Eniger

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