Un même fleuve sous les eaux
« Le poète et son chant sont les héritiers du déluge. »
Claude Vigée
L’Etang n’en finit pas. L’Etang n’enferme pas. L’Etang ne dort pas. Il attend.
Les Aigues ne sont pas mortes. L’Etang ne prend pas mais il donne. Comme un
chemin dans les salines, comme un gué dans le feu.
L’Etang a la mémoire du feu. Les rois chrétiens ne reviendront plus. Leurs
bateaux sont rompus.
Le chemin des étangs mène à la Toison d’Or. La voie lactée de sel illumine
Balthazar. Le flamant des Camargues toujours voyagera de Sancta-Maria-de-la-Mar à
l’Arabie heureuse.
Des étangs de Brière au Rivage des Syrtes, les eaux-mères nous enfantent. Elles ne
sont pas mortes.
Un jour, le grand fleuve renaîtra. On l’appellera Lou Grand Rose. Les barques
reviendront avec leurs poissons d’or. Les pêcheurs de lune reviendront. Les Bêtes
seront belles. On ne laissera pas le cheval à sa solitude. On verra des voiles blanches
passer les roselières. Le blé de lune repartira …
Un même fleuve sous les eaux…
Alors la sansouïre chantera. Ce sera sur la terre comme au sel. Le Grand-
Abîme se couvrira de fleurs. Comme de toute éternité. Comme cela est écrit de toute
éternité :
« Et vous serez salés de feu… »
Tristan Cabral