Voyage aux Indes
À Fabienne,
l'infini dans le regard, le vrai dans le silence.
J'ai quitté le lieu le coeur couronné d'émotion, d'amitié et d'amour. On part plus libre quand on se sent aimé. J'ai aussi quitté le coeur amoureux. On part chaviré quand on aime. Le coeur qui bat à l'envers, à contre-sens du chemin; le coeur qui voudrait retourner à la source s'abreuver du baiser et se fondre dans l'étreinte. J'ai fait ce long trajet en avion en lisant le recueil récemment paru aux éditions Trois-Pistoles, de mon vieil ami La Frenière, qui s'intitule «La langue est mon pays» dans lequel il enfile les mots comme des perles, chante le miracle de l'amour et culmine au sommet avec des expressions comme «je cherche la caresse qui sera une route» ou encore «il faut apprendre à voler de ses propres rêves». Cette lecture m'a à la fois réconforté et empli de nostalgie: le poète est-il donc condamné à toujours aimer à distance?
Je suis arrivé à New-Delhi de nuit, passablement éreinté du vol de plus de quinze heures qui s'est déroulé quand même assez doucement, sans turbulences majeures. New-Delhi est l'hôtesse des jeux du Commonwealth: on est donc accueilli à l'aéroport par un bataillon armé, un peu comme quand on arrive à Cuba. J'ai été saisi dès ma sortie, par la forte odeur de l'Inde dont parle le génial Pier Paolo Pasolini dans son récit de voyage en Inde qu'il a intitulé avec justesse «L'Odeur de l'Inde», une odeur de poussière, de merde et d'encens. J'ai pris un vieux taxi pour me diriger tout de suite dans le quartier populaire Pahar Ganj, là où se trouve le bazar en face de la gare de train, à la recherche d'un hôtel. On ressent toujours une sensation angoissante en arrivant de nuit dans une grande ville qu'on ne connait pas, ne sachant pas à qui demander des renseignements, de toute façon, à qui demander des renseignements quand on ne connait pas la langue!
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Gilles Chalifoux