En réponse à André Chenet
André, quelques mots qui font suite à la lecture de ton texte puissant et beau, et dont les dernières lignes m’ont touché. Elles fermeront une blessure.
Une petite réflexion en avant-texte d’un ressenti exprimé sous forme de poème.
L’in-fraternité, n’est-elle pas un malentendu, alors que nous sommes tous en potentialité pareils à aimer, à souffrir et à réagir ? Les hommes sont le reflet de l’univers intime qui a formaté leurs certitudes et leurs consciences. D’où qu’ils soient, leur identité est le buvard du réel, mais pas seulement, elle est aussi imprégnée de l'odeur d’un monde invisible fait de non-dits et de refus non dépassés qui forgent des subconscients irrationnels. Nous sommes tous pétris de cet irrationnel culturel qui fait que certains, en dépit même de leur culture rationnelle, s’attachent à croire que le monde a 8000 ans et s'attachent aussi à de vieilles peurs construites et consolidées de générations en générations.
L’humanité devra, si elle veut grandir et sortir de l’enfance de l’homme, dépasser tous les moteurs de l’identité et des manipulations qui l’on construit.
À jamais le bonheur du maître et celui de l’esclave, même formatés par l’acquiescement, sera différent.
La mise en distance de nos invisibles acquis et la révolte sont le chemin nécessaire pour accéder à l’universel et qu’enfin nous puissions revêtir notre habit d’humain.
À notre manière, toi comme moi et nombre de poètes autour de nous, nous nous battons pour donner la parole à cette supra-conscience, bien plus haute que l’ego et sans aucune servitude culturelle.
C’est en cela que notre encre et nos papiers perdus irritent comme des cailloux dans les pantoufles de l’humanité.
Que de patience et de colère encore il nous faudra, pour bâtir un lieu à l'architecture de mots et de verbes faisant rempart à l'aveuglement de ceux qui bâtissent en ignorant ce qu’est l'humanisme.
Pour ma part, je ne veux aucune arme, ma seule épée est faite des mots qui, unis à d'autres mots, devront peser plus lourds que ceux qui perpétuent les barbaries millénaires.