C'est moi
Les mots sont trop petits pour contenir l’amour. Il déborde partout. Les nuages qui pleuvent, les grosses vagues enrhumées, le vent qui souffle en québécois, l’odeur des pivoines, les poils qui se dressent, le murmure des sources, c’est moi qui dis je t’aime. Pour toucher à ta chair, mon regard a crevé la pelure des images. Tes bras planent sur mes épaules, si loin et pourtant si près. Chacun de son côté du monde se rapproche de l’autre. Il n’y a pas d’ombre entre nous. Nous nous cueillons l’un l’autre comme on cueille des simples.
Le bonheur n’exige rien hormis d’être. Si je lisais volontiers le bonheur, je ne l’écrivais pas. Tu m’as ouvert sur le monde une brèche infinie. Tu es partout, ici et là. Je te vois sur les photos où tu n’es pas. J’entends tes pas qui viennent dans les pas qui s’en vont. Tu lèves tes paupières comme on se déshabille. Tes gestes sont écrits sur les plissures des draps, ta tête sur l’oreiller, tes lignes dans mes mains. Ta présence me baigne comme la peau de l’eau. Mes mains vides se sont remplies de toi.
Quand je t’écris, je voudrais que le bruit des pages te réveille, que les mots soient caresses, que les phrases m’emmènent au cœur de ta présence. Tes lettres dans ma nuit ont une rondeur de flamme. Nous sommes faits pour l’amour. Nous ne sommes faits que pour ça. Nous vivons dans une grande pureté. Le lieu où nous marchons est toujours un lieu sacré. Nous allons si profond sans déranger le sang, au premier acte, au premier feu, au premier mot. Tu as trouvé mon sang caché sous le cuir des blessures, la sève sous l’écorce, la source sous la soif. J’étais un survenant de l’ombre. Tu as transformé mon exil en île aux trésors.
Même de loin, je te suis, la main posée sur ton épaule. Je porte ton cabas et tes livres d’images. La nuit viendra mais nous serons ensemble. Nous serons la lumière sous le dôme des ombres, le grégorien parmi les bruits du monde, la sève qui pétille dans le bois des guitares, la clé des champs dans la prison des choses. Au réveil, j’aurai des mains d’argile. Je recoudrai la terre avec ton sourire. Je fermerai mon livre et j’allumerai le jour autour de tes genoux.
J’ai laissé un poème sous le paillasson, un autre sur la table, un commencement de neige sur les pensées du jour. J’ai laissé ma tisane dans la tasse des mains. Elle réchauffera tes gestes. J’ai laissé des oiseaux dans la prose des jours, du rêve sur la nappe. J’ai laissé des images dans les poches des yeux, un feu caché dans les buissons, des pas de danse dans les souliers, un peu de ciel pour tartiner le pain. J’ai laissé ma jambe sur la tienne, ma main sur ta poitrine, mes cheveux dans les tiens, de ma rosée sur ta toison, mes épines au rosier. J’ai laissé l’espérance parmi les confitures et les herbes salées.
J’ai laissée ma présence debout sur la galerie, mon cœur sur ta peau, mon âme dans tes yeux, mes lèvres sur ta bouche. Tu trouveras des je t’aime écrits un peu partout, sur les plantes du salon, dans les pliures des draps, les traces de pas, les empreintes cardiaques laissées par les caresses, sur la buée des vitres, dans les tessons de l’être et les tisons de l’âtre. Tu trouveras ma voix dans tous les mots d’amour. Si tu ouvres mon cœur, tu trouveras le tien.De mes mots à tes bras, je voyage vers toi. S’ajoutant l’un à l’autre nos corps s’illuminent. Nous sommes transparents comme la peau du rêve.