C'est la guerre au jardin

Publié le par la freniere

Tout vient d’une lumière d’avant les hommes, des civelles aux cailloux, des cervelles aux quasars. J’ai des chemins qui poussent dans ma tête, des pluies qui tombent sans penser. Un mot juste parfois tire un ersatz de feu des choses quotidiennes, un frisson de lucioles de la grisaille du jour ou bien plante une épine dans la banalité. Ce n’est pas un poème qui pleure sur son sort, plutôt une phrase qui lève des haltères, une métaphore au milieu des outils. À mélanger la terre avec les mots, j’ai l’âme bucolique d’un jardinier verbal arrosant du crayon des fleurs de rhétorique. C’est la guerre au jardin. Une fourmi à l’aventure parmi les rangs d’oignons est bombardée d’odeurs. Les bibittes à patates ont l’air de petits tanks avec leur dos rond tacheté de cibles noires. Les abeilles atterrissent sur le tarmac en fleurs. Dans ce tableau champêtre, une corneille géante brise la perspective. Le temps mène à l’étable le lent troupeau des jours où l’espace traira les pis gonflés de secondes. Les épines de la pluie rafraîchissent la terre. Les fougères pressées de vivre cachent les os de pierre, l’ossuaire du temps, le charnier des insectes. Dans le dernier détour, je signe sur le mur d’un jet d’encre ou d’urine ce poème naïf. Tout ceci est banal. Les souvenirs ne sont que de l’eau dans l’oreille. Quand je penche la tête, j’entends rire ma mère. Aujourd’hui comme hier, chaque homme qui écrit longe le bord du vide.

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Publié dans Prose

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L
<br /> J'aimerais beaucoup beaucoup et plus que ça encore  poster ton texte ci-dessus sur mon blog de l'Ecritoire. Me donnes-tu la permission, please, Jean-Marc ? <br /> <br /> <br /> ( en le disant c'est mieux : j'aime particulièrement la musique de ce texte-ci)<br />
L
<br /> <br /> Avec plaisir Lise.<br /> <br /> <br /> <br />