J'écris 1
J’écris avec la neige,
les cerises et les trains,
avec le bleu du ciel
sur l’aile d’un oiseau.
J’écris avec des mots
qui pleurent quelque fois
pour un coucher de soleil.
J’écris avec les fleurs,
les abeilles et les seins.
J’écris avec les portes
qu’on ne ferme jamais,
avec les yeux qui s’ouvrent
sur un verger d’étoiles.
J’écris avec des mots
qui bêchent le jardin
ou pétrissent le pain.
J’écris avec la faim,
la misère et le doute,
la lampe de Diogène
cherchant parmi les hommes
un seul juste debout.
J’écris les pieds dans le plat,
mes tripes à la main,
une fleur à la bouche,
le cœur sur la main
et mon sexe dans l’autre.
J’écris en chien de fusil
les doigts sur la détente,
la chemise entrouverte
sur les balles du temps.
J’écris avec les griffes
et la moustache des chats,
le bec des mésanges
qui mangent de la neige.
J’écris avec les bêtes,
des anthères aux éléphants,
des panthères aux pandas,
des insectes aux baleines.
J ‘écris avec le vent,
le bora, le simoun,
avec le vent du Nord
à la fourrure blanche.
J’écris avec les choses,
les gestes et les rêves,
avec les restes de table
et les dernières miettes.
J’écris avec les mains
en langage des sourds,
le braille des caresses
sur la peau de l’espoir.
J’écris avec les coups,
les coups de coude,
les coups de cœur,
les coups de main,
même les coups de sabot
sur le plancher des vaches.
J’écris avec les loups
les soirs de pleine lune,
la corde au cou,
la corde raide.
J’écris avec les clous
qui craquent dans les murs,
les rails qui se perdent,
les gares qui voyagent.
J’écris avec les fous,
les sous noirs, les sourires,
les fils qui dépassent
et les trous dans les bas.
J’écris avec le beau,
le manque ou la douleur,
la sueur et la boue,
les gestes qui reculent
sans cesse l’horizon,
les œufs abandonnés
qui cherchent à éclore.
J’écris avec des mots
qui marchent sur les mains,
les mines, les peaux de banane
et les tessons de bouteille.
Je cache mon vécu
dans ce qu’il y a de nu,
mon cœur dans une rime
qui saigne par les pieds.
Je crache mes jurons
dans la soupe et la mer.
Je cherche l’absolu
dans les restes du monde
qui ne sont que les nôtres.