Le cycle
Ici, il pourrait neiger, ou pas loin. Les oiseaux inquiets cherchent leur nourriture. Ils claquent du bec aux fenêtres. Ils survivent. Sur les branches noires, de peu et de plumes, ils ne se méfient même plus des chats. Ils résistent. La mauvaiseté du temps infléchit les endurances, martèle à petits coups d'ongles rouges jusqu'à la plaie. Le givre blanchit les crevasses des terres. Le ciel et les fontaines figent leurs veines d'eau. Le vif du froid entaille la peau du jour, mordant jusqu'à la moëlle. C'est une traversée imperceptible. On dirait l'agonie. Tout est de petit souffle dans la lumière basse. Mais la blessure n'aura raison de rien. Dans sa permanence, le mouvement d'aller ne se lasse pas de cogner à la vitre sale du monde. Nous partons dès que nous arrivons, les saisons effacent et reconduisent, et le cycle reprend.
Ile Eniger - Quelque chose veille - (à paraître)