Un temps de rien
C’est un temps de rien un temps de tout
Un cri de baleine perdu dans des nuits d’océan
La présence indistincte d’un oiseau blessé…
Et le jour qui vient sur la pointe des rêves
C’est un bleu perdu dans le chandail des brumes
Une fête qui se joue dans le cri d’un amour…
Et Verlaine qui s’éloigne sur la pointe des pieds
C’est une nostalgie qui cherche ses mémoires au royaume des vivants
Un cliquetis d’aiguilles qui cherche sa route au rebours d’une montre arrêtée…
Et la chaussure de Rimbaud à l’orphelinat des amputés
C’est Soutine et Chagall cherchant leurs pinceaux
L’encre du rêve et celle du cauchemar à l’heure où le jour se dissout…
Et la nuit qui tombe sur le rire des enfants
Ce sont les mains de grand père s’approchant du poêle
Apollinaire et Max Jacob mourant loin de la Ruche…
Et cette muraille de mots qui entrave le silence
C’est un temps de tout un temps de rien
Le jour qui passe sur le visage d’un ange…
Et la nuit qui se lève sur un visage de femme
C’est une nostalgie qui croiserait la brume
Un chien qui court comme on efface les siècles …
Et la mémoire qui se cherche au royaume des morts.
Jean-Michel Sananès