De drôles d'oiseaux

Publié le par la freniere

Il y a de drôles d'oiseaux qui chient sur les statues, tout un peuple en colère, des gilets jaunes piétinant le bitume. On ne tend pas l'oreille à la justice, aux mots d'amour, aux cris de liberté, aux clameurs de révolte, on tend l’œil d'un fusil, des menottes à l'enfance, des gaz lacrymogènes à la jeunesse debout. Il y a des pages mal écrites, des vérités menteuses, des gravats pleins de mort annoncée, des grains de sable au milieu de la soif, des oiseaux assaillis de chasseurs, des enfants piétinés, des bras cassés sous les matraques, des yeux noyés de nuit, des mains broyant du noir. Les hirondelles ont fui et les moineaux se cachent. Des graines poussent sous terre avec les racines. Ceux qui se tiennent la main allument un feu d'espoir. On est tous des frères malgré quelques bourreaux. Un air d'harmonica fait taire les canons. La terre est une paume ouverte offrant mille trésors, mais trop tôt les banquiers et les requins de la finance viennent ternir son or. La beauté du monde est trop fragile pour la bêtise humaine. Faut-il vraiment construire des cages d'oiseaux morts, des jardins minés, des hôpitaux pour les blessures de guerre? J'ai des araignées dans le cerveau, mais elles tissent des toiles qui ressemblent à la mer, à l'amour, à la vie. Chaque patte est un crayon. Leur ventre est rempli d'encre. Chaque marais, chaque trou d'eau, chaque vague d'ablettes, chaque tanière à belettes, devient un univers. Des pédoncules verts se mêlent au gris noirâtre de la pierre, les racines à l'humus, les galets beiges à la transparence de l'eau, l'or des blés au mauve des asclépiades. Les fleurs se balancent comme des sexes ouverts. Parmi les forces de la nature s'entremêlent des énergies diverses, destruction et création, vie et mort enlacées. Le vent est comme un ours dans la cage du temps, ébranlant ses barreaux. La terre est un immense ventre, entre la digestion et la germination. Au printemps, tout explose en légumes et en fleurs. Les bourgeons deviennent fruits et les chenilles papillons. La clarté s’assoie dans la chaise de l'ombre.

 


Jean-Marc La Frenière

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