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Hélène Monette

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Maudites coupures

Publié le par la freniere

Dans les entailles des blessures le chicot des plumes recommence à brûler ça ne saigne pas mais les ailes ont du mal à pousser

Toutefois de plus en plus tu te fais un sang d'encre tu dors mal la nuit dévisage les autres à la pelle à la loupe et de proche tout le monde est fou tragédie continuelle sang d'encre partout ça coule gluant gothique tyrannique à petit budget la nuit est blanche comme oubliée là tissu sensible comme le ciel entre les arbres qu'on ne reconnaît plus le long des autoroutes tranquilles la nuit blanchit toute chose la vie passe à travers s'enfuit par les mains le sang rame dans les veines de la petite buée de poèmes se colle aux fenêtres aux ampoules aux miroirs de l'âme au verre de rouge qui prie sur la table tu parles il est bleu c'est de l'encre c'est mauvais en diable ça goûte le parfum la misère du monde dans le fond âcre venimeuse qui fait comme de l'hystérie de l'anxiété angoisse totale ça brouille l'estomac à fond le stress effroyable ça rappelle l'époque qui déboule déboussole détonne de l'histoire au complet qui ne brille plus

Sous les sourcils le sang coule dans la rue là-bas aussi les lumières s'éteignent les unes après les autres ampoulées sans fin précieuses la solitude blanchit les murs le matin rouge éclate à petits feux les yeux gardent la tête froide comme de l'eau de roche

T'as tes deux mains tes deux pieds avance arrange ton affaire le désespoir bio comme le chemin de tes veines comme le tracé de tes nerfs comme l'enfer à perpétuité un langage aphone aux abords d'abord idiots quelques pauvres données chimiques comme le chagrin de tes ancêtres à feu et à sang dans les larmes que tu caches sous tes paupières parce qu'il faut bien flotter quelque part le désarroi aux trousses défait par les circonstances à la une visages pâles en série angoisse à volonté maudites coupures océans de tragédies qui débordent jusque sur les cils aspergés de tes yeux rouges ne pleure pas qu'on regarde ailleurs quand on te voit qu'on voit rouge quand on croise une fin du monde dans ton genre pas solide pour la moyenne des ours qui se déchirent l'âme avec tact et circonspection en toute occasion un peu de poudre sur le silence qui pâlit

Sang d'encre pattes de mouche bonnes mœurs tu parles fin des haricots hors champ ça coule en masse et massacre la boucherie des peines on ne voit rien de cet ordre sang de cochon sur l'écran des foules dressées aux bulles d'abîmes toute tristesse le son coupé qui parle aux absents très chers petites foules mortes chacun embaumé comme une virtualité-tendance qu'on n'a pas eu le temps d'apercevoir dans les trucs en vrac pas vraiment utiles

Ça s'éteint il fait sombre le rouge du monde dans les nouvelles les ruelles les pixels l'espace d'un autre site le mauvais sang en direct des âmes carbonisées que tu n'as pas connues mais qui t'arrachent ce qui te reste de temps qui coule et roucoule que tu n'en peux plus

Foule stress qui donne le la universel au coin de la rue pleine de nids de poules écrasées sinistre monde trash qui te découpe le cœur en bleus de l'âme par millions de particules paramètres et formules de moins en moins lumineuses comme une patente privée qui ne se répare pas et qui n'arrange rien

Au-dessus de l'explosion nos ombres effarées effrayées l'anxiété fume efface les traces qui disparaissent dans un lavis de tranche de vie du bord que ça tue

Tout est cuit les ailes arrêtent de pousser par ici l'air sec du désespoir cautérise les marques le cœur expire n'inspire plus on n'a rien vu on te le dira ça ne fait rien ça ne saigne pas alors retourne dans la cage aux lions comme tout le monde en béton armé les nerfs solides une tête sur les épaules le cœur serré comme on dit la voix blanche prends soin de toi

Hélène Monette

 

Publié dans Poésie du monde

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L'oiseleur désenchanté

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L'oiseleur désenchanté

Chers amis, nous célébrons cette année le poète André Laude qui nous a quitté en 1995, à la veille de la clôture du marché de la poésie qu'il ne manquait jamais et dont il fut lr grand absent en cette année 2015. 
Je vous prie de bien vouloir corriger mes coquilles et mes fautes s'il y en a et de me signaler des erreurs éventuelles. Aujourd'hui, transmettons la poésie somptueuse et tragique d'André Laude. et dansons avec lui au bal des étoiles.
Bien à Vous, mes compagnons en poésie. André Chenet, 
avec une pointe de douleur au coeur.

 

à lire sur dangerpoésie

Publié dans André Laude

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Dominique Tremblay: La danse des peuples

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Dominique Tremblay: La danse des peuples

Décès d’un artiste visionnaire

Le compositeur-violoniste est de ceux que l’histoire retiendra.


Il était le précurseur modeste, l’homme sage au centre de l’underground montréalais de la période charnière de la fin des années 1960.

Le disque Ça roule qu’il avait fait avec le violoneux Philippe Gagnon avait établi un pont entre le Lindberg de Charlebois-Forestier et le renouveau de la musique traditionnelle québécoise. Plus tard, il a introduit les cuivres dans sa québécitude musicale, une décennie avant la Bottine. Il s’est éteint le 18 juin dernier à l’âge de 72 ans. Son œuvre traversera l’histoire.

«La musique de Tremblay puise à la fois dans la mémoire de fond traditionnel et dans la connaissance des musiques de notre époque, pour aboutir, dans sa propre inspiration, en des créations originales. Peut-être notre première musique métisse», avait dit Gaston Miron.

Après l’annonce de son décès, Michel Faubert en a rajouté: «Je trouve que Dominique Tremblay est une figure de légende, quelqu’un qui a été un carrefour improbable de choses que peu de gens ont rencontrées. Un album comme Ça roule était un polaroid extraordinaire. Il y avait des suites de reels avec Philippe Gagnon et le son inimitable de Dominique avec son alto en acier inoxydable, mais avec une pièce comme Ça roule, on est presque dans une mouvance de musique contemporaine. Il n’est pas passé par le folk, mais par la musique classique et il s’est allié avec des musiciens de toutes sortes d’horizons.»

Il avait mis en musique les Gaston Miron, Michèle Lalonde, Raoul Duguay, Michel Garneau, Gilbert Langevin, Yves-Gabriel Brunet et Paul Chamberland. D’autres de ses œuvres ont fait danser la Compagnie Eddy Toussaint et les Grands ballets canadiens. Il croyait que «l’avenir est aux sources», mais les siennes étaient vastes et amples. Merci Dominique Tremblay!

Ses proches et amis lui rendront un dernier hommage, ce samedi à 13 h au Théâtre du Marais à Val-Morin et une cérémonie de la parole aura lieu à 14 heures.

 

Yves Bernard      Le Devoir

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Fuite d'eau

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Ce ne sont que des Syriens, des zaïdites, des Chrétiens d’Orient, des Kurdes, des Coptes, des Erythréens, un fluide incontinent d’immigrés, diraient certains d’entre nous, mais, pour autant, doit-on tirer la chasse ?

 

Quand il fait de la dérision, Monsieur Sarkozy devrait le savoir, fuir pour sauver sa vie ne se pose pas en terme d’alternative. Ce n’est rien d’autre que le droit légitime à la vie et la sécurité, inscrite dans la "Déclaration Universelle des Droits de l'Homme" (Article 3 : Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne).

 

De même, devrait-il savoir que sauver une personne en péril ne relève pas que de la morale mais du devoir. Jouer du sarcasme et des peurs me semble indigne alors même que des discussions internationales ont lieu autour du sort des Syriens et des Chrétiens d’Orient.

 

Ce que certains comparent à une fuite d’eau, n’est rien d’autre que du sang, de la douleur et de la famine. Fuite, oui fuite il y a, celle de la conscience et de la décence quand on fait d’un drame humain un enjeu de surenchère électorale

 

Notre société occidentale, après bien des tâtonnements, des crimes et des erreurs, ne vaut que par son appartenance à l’Éthique, à la Morale Républicaine et à un Code Civil qui s’applique à tous sans distinction de religion, d’origine et d’opinions politiques quand celles-ci ne portent atteintes ni à la sécurité ni à la dignité d’autrui.

 

Les Droits de l’Homme devraient être l’enjeu primordial de notre société.

 

Condamner l’EI et Boko Haram alors que l’on tourne la tête quand des hommes meurent à nos portes, c’est oublier que la bêtise criminelle des fanatiques n’est en rien différente, dans sa finalité du laisser-faire, de notre indifférence ou de notre lâcheté. Tuer ou laisser mourir se ressemblent.Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est l’avènement du monde que prônait hier un Président de la France quand il affirmait "L’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé", ou "La laïcité risque toujours de s’exprimer ou de se changer en fanatisme", et qu’il défendait la primauté de l’enseignement religieux par rapport à l’enseignement laïque.

 

Le drame planétaire que vivent l’Orient et une partie de l’Afrique résulte du triomphe de la religion sur l’École Publique laïque et sur le droit républicain.

 

L’autre volet du drame que vivent des millions d’hommes, en ces temps où la richesse mondiale est accaparée par quelques milliers d’individus et de multinationales, est le résultat d’une indifférence systémique à la misère et à l’insécurité des peuples dans le monde, et la conséquence d’un ordre mondial économique qui contrôle et régit les décisions des grandes puissances sans avoir vocation à partager, à être juste, ou à participer au bien-être des peuples. L’organisation et utilisation de la précarité font partie d’un arsenal stratégique où seul compte l’optimisation des profits.

 

C’est bien parce que la misère humaine se côte en bourse que partout, dans le monde, la précarité génère les migrants et les miséreux qui cognent aux portes.

 

Qui donc posera le problème de la répartition des richesses entre peuples légitimes détenteurs des ressources de leur sol, et exploitants de ces richesses ?

 

Qui donc, en recherche d’équité, veillera à ce que tout homme, d’où qu’il soit, bénéficie d’un minimum vital incluant eau potable, nourriture, soins et enseignement lui permettant la gestion de son avenir ?

 

Qui veillera à ce que les richesses du pétrole, de l’or, des diamants, des terres rares, de l’uranium et des mines, cessent d’être partagées entre exploitants corrupteurs, dirigeants corrompus, et promoteurs de paradis fiscaux ?

 

Combien d’enfants soldats, d’enfants exploités, de femmes et d’hommes esclaves, devront-ils encore mourir avant que l’on se décide à poser et à résoudre le problème des gouvernances économiques et du développement éthique des pays en difficulté ?

 

Combien de femmes et d'hommes, chez nous, tendent la main, se prostituent au coin de nos rues ?

 

Combien de bien-pensants prônent la morale des nantis, et pensent que la répartition est un accroc dans leurs ambitions à posséder plus ?

 

Qui donc, au nom de la raison, de la morale, de l’éthique, de la justice, et du cœur, créera les structures d’un capitalisme humain et raisonné qui fera que les hommes aimeront naître, grandir, et vivre sans danger, là où ils sont nés ?

 

Jean-Michel Sananès

 

Publié dans Jean-Michel Sananès

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Je suis

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Je suis

Tu es
Il est
Nous sommes
Vous êtes
Ils sont
Des multitudes, dont je suis
Dont tu es
Dont il est
Dont nous sommes
Dont vous êtes
Dont ils sont
Je suis des foules solidaires
Tu es aussi ceux-là
Il est à nos côtés
Vous êtes tous présents
Nous nous nous donnons la main
Ils sont aussi des nôtres
Je suis à l’instant parmi vous
L’instant est solennel
Notre Monde est en péril
Faisons la chaîne
Passons de main en main
Notre rêve d’espoir
D’un Monde
Où chacun verra en l’autre
Son frère
Où tout refleurira
Où nous conjuguerons
L’amour
Et le bonheur…


 

Gérald Bloncourt


 

Publié dans Poésie du monde

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Plus beaucoup

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Je n'écris plus beaucoup. Depuis quelques temps, je n'écris plus beaucoup. Pour diverses raisons et peut-être sans raisons. Cela n'empêche pas les fleurs de fleurir, les herbes d'herboriser, la vie de vivre. Je n'écris plus beaucoup le vent, la pluie, le soleil, les arbres, ni toutes les choses d'être ; je les suis, je les deviens. Je n'écris plus beaucoup les colères, les indignations, les humiliations, les révoltes, tous les gros mots humains ; je les défais comme un mauvais tricot. Je n'écris plus la fatigue, les peurs, les doutes, je cultive des graines de confiances et quand je n'arrive plus à jardiner, je m'assois sur une grosse pierre et je l'écoute. Ainsi de suite et tout à l'avenant. On me dirait des ailes, pas grandes car c'est gênant pour marcher. De toutes petites ailes pratiques et rigolotes pour suivre les nuages, les quartiers de lune, les discours d'oiseaux, les balades de chats et tout ce qui rend heureux ou attentif. Avec elles, je survole les phrases, les accords, ne participe ni du passé ni du futur, pas plus que des conjugaisons plus que parfaites ou autres gargarismes inutiles. Je vais présente dans l'instant, je laisse les mots circuler à leur guise. Et s'ils conduisent au papier, au crayon, je ne résiste pas, c'est une joie de plus à partager.

 

Ile Eniger 

 

Publié dans Ile Eniger

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Aphorisme du jour

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On ne peut faire de sa vie que ce qu'elle veut.

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La plus haute autorité 6

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SIXIÈME PARTIE

Au tout début de 1993, je reçus un appel du bureau du premier ministre de Monsieur Jacques Parizeau qui, quelque temps plus tôt, avait annoncé que dans la perspective d'un prochain référendum, son gouvernement tenait à savoir ce que les Québécois avaient à dire sur l'avenir du Québec. Aussi avait-il créé cette commission précisément sur l'avenir du Québec : toutes les régions de notre pays-pas-encore pays devaient y participer. Et cela en plein hiver, soit de la fin de janvier jusqu'à la fin de février. On me dit que Monsieur Parizeau tenait à ce que j'y participe en temps que commissaire pour la région du Bas Saint-Laurent.

Être commissaire était loin d'être une sinécure, et d'autant moins pour moi qui écrivais pour Radio-Canada mon téléroman "Montréal P.Q." Je n'avais véritablement pas le temps de passer six semaines à sillonner le Bas du Fleuve, car "Montréal P.Q.", que j'écrivais sous le mode opératique, me demandait un énorme travail de recherche, sur la musique d'abord, sur les années de l'après-guerre alors que Montréal, devenue "ville ouverture", était la proie des escrocs, des fraudeurs et des voleurs dont la mafia tirait les ficelles. Tout ce qu'on a pu entendre à la Commission Charbonneau sur la corruption des fonctionnaires et des élus de la ville, on l'aurait aussi entendu sur ce Montréal de l'après- guerre. L'Éternel Retour du Même, comme l'a si bien écrit Nietzsche.

Je ne pouvais dire non, surtout pas à Monsieur Parizeau. Aussi ai-je accepté de participer à son grand projet en tant que commissaire. Je mis donc les bouchées doubles en travaillant pour ainsi dire jour et nuit afin de pouvoir livrer à Radio-Canada suffisamment de scénarios de "Montréal P.Q." pour que la production de mon téléroman ne soit pas interrompue.

Être commissaire, c'était s'adonner au bénévolat: n'étaient défrayés que les coûts du transport et le logement par temps de tempête. Par conviction, dans toutes les régions du Québec, quelques centaines de femmes et d'hommes acceptèrent comme moi de servir ce que Paul Gouin appelait "la cause nationale".

Une fois nommés tous les commissaires, nous fûmes invités au Parlement de Québec pour une prise de photos. Je me trompai de porte pour y entrer, de sorte que quand je parvins enfin au long couloir qui mène à cet escalier qui, lui-même, mène à la Chambre d'assemblée, tous les autres commissaires y étaient rassemblés, Monsieur Parizeau occupant comme il se doit l'avant-scène. À ma grande surprise, il vint à ma rencontre, me sera la main et, avec cette ironie qu'il savait manier à la Jacques Ferron, il me dit: "Mais qu'avez-vous donc fait à ma femme? Elle me parle souvent de vous." Il savait que toutes les fois que j'allais à Montréal, Madame Lapointe et moi nous dînions ensemble, ne serait-ce que pour honorer notre amitié. Nous étions nés le même mois, à quelques jours près, et Madame Lapointe m'appelait son "jumeau cosmique". Pris ainsi par surprise, je ne savais trop quoi répondre à Monsieur Parizeau. Il me fit alors un clin d’œil, me tapa sur l'épaule et nous allâmes rejoindre les autres dans le grand escalier.

La fin de janvier et le mois de février de 1993 fut dans le Bas Saint-Laurent le haut lieu d'abominables tempêtes. Presque toutes les fois que la commission tenait audience, la neige et le vent nous tombaient dessus. Nous restâmes bloqués deux jours à Matane, le blizzard soufflait si fort sur Mont-Joli qu'on ne put y tenir audience et, tard en fin d'après-midi, quand nous étions à Cabano, un autre tempête nous tomba encore dessus. Je rentrai quand même à la maison, mais sur "le gros nerf" comme on dit, parce que j'avais oublié mes verres et devais conduire avec des lunettes très noires. Je ne voyais rien, tenant la fenêtre ouverte afin de me guider sur la ligne jaune en bordure de la route (quand elle se faisait visible) "pour ne pas prendre le clos".

Le premier mandat que je m'étais donné par-devers la commission était celui de demander aux élus municipaux: "Si vous aviez plus de pouvoir culturellement parlant, qu'en feriez-vous?" Agrandir la bibliothèque", me répondirent quelques-uns. "Restaurer ou agrandir l'aréna", me rétorquèrent les autres. De quoi comprendre que, dans mon coin de pays, passer de l'agriculture à la culture n'était pas aussi simple que je l'avais cru jusqu'alors!

En 1993, les Autochtones partout au Québec réclamaient la rétrocession d'une grande partie des terres dont nous, les Blancs, avions pris possession. Nous reçûmes plusieurs mémoires sur le sujet et la grande majorité d'entre eux étaient évidemment très défavorables, non seulement à la rétrocession des terres, ne serait-ce qu'en partie, mais aussi à toute collaboration avec les Autochtones. Dans le Bas Saint-Laurent, les terres ancestrales des Malécites se trouvaient à Cacouna, et elles étaient les plus belles de la région. Sans même demander le consentement des Malécites, les colons s'y installèrent. Monseigneur Langevin, l’évêque du diocèse de Rimouski, profita du fait que son frère était le ministre des Affaires indiennes à Ottawa, pour mettre au enchères le territoire de Cacouna. Monseigneur Langevin aguissait ceux qu'il appelait toujours les "Sauvages". Le but qu'avec son frère il visait était le suivant: forcer les Malécites privés de leurs terres à s'éparpiller et de telle façon que les sommes d'argent qu'on avait promis de leur verser tous les ans ne puissent leur être remises. Un véritable génocide!

Ce fut là toute ma déception en tant que commissaire. La grande majorité de ceux qui prenaient la parole aux audiences ne voulaient rien savoir de ce que je leur disais. Pire: Ils donnaient raison à Monseigneur Langevin et à son frère ministre des Affaires indiennes à Ottawa.

Tout cela pour vous dire que peu longtemps après la fin de la commission, j'écrivis le téléroman "Bouscotte" - la vengeance d'une femme malécite reprenant possession d'une partie des terres que nos ancêtres avaient volées à ses ancêtres. Le téléroman se terminait sur cette scène-ci: la Malécite Léonie, après avoir pris possession de la maison des Beauchemin, étend une natte sur la table de la cuisine, puis s'y assoit. Je dus expliquer souvent le symbolisme de cette scène. Quand les Amérindiens faisaient la guerre et la gagnaient, le chef vainqueur entrait dans le tipi du chef vaincu, y étendait une natte et s'assoyait dessus, ce qui signifiait: "Cette terre est la mienne, mes ancêtres dorment dessous et mes enfants, grâce à mon acte, auront droit à tout le bleu du ciel qu'il y a au-dessus de cette terre."

Quand je rencontrai Monsieur Parizeau une fois la Commission sur l'avenir du Québec terminée, il me remercia d'avoir servi la cause nationale. Je lui dis: "C'est à moi de vous remercier car si vous ne m'aviez pas demandé d'être commissaire, j'aurais passé à côté de la plus belle leçon de choses que j'ai eue de toute ma vie." Et j'ajoutai: "Vous pouvez compter sur moi quand vous ferez ce référendum que vous nous promettez."

Monsieur Parizeau était un homme beaucoup plus chaleureux qu'on est porté à le croire. J'eus droit à l'accolade, à une solide poignée de main et à un autre de ses clins d’œil - si complice étaient les clins d’œil de la plus haute autorité!

 

Victor Lévy Beaulieu

 

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La plus haute autorité 4

Publié le par la freniere

La plus haute autorité 4

QUATRIÈME PARTIE

Petit retour dans le passé, celui que dans mon roman "Jos Connaissant" j'ai appelé "le passé plus loin que l'enfance". Pour moi, ce passé plus loin que l'enfance remonte à 1960. J'avais 15 ans. Mes parents et moi, nous habitions toujours Montréal-Nord, rue de Castille. À une dizaine de rues de chez nous, existait un îlot de pâtés de maisons, toutes pareilles quant à leur architecture: on les reconnaissait à leurs toits pointus et à leurs lambris - on aurait dit qu'elles sortaient tout droit de "Hansel et Gretel" et de la fameuse maison en pain d'épices qu'on y trouve.
Ces maisons avaient été bâtis par le gouvernement fédéral pour les vétérans anglophones de la Deuxième Grande Guerre. Les anglophones qui y vivaient le faisaient en restant totalement fermés sur eux-mêmes et nous détestaient profondément, nous qui étions pour eux des "Canayens français" - aussi bien dire une sous-humanité rien de moins que méprisable.

Nous ne pouvions pas nous promener dans leur quartier impunément, et d'autant moins si on y allait en solitaire. Je m'y suis aventuré un jour, bien innocemment, et j'y reçus de leur part une raclée dont je garderai le souvenir sanglant jusqu'à la fin de mes jours.

Aussi, je devins dès sa fondation membre du Rassemblement pour l'indépendance nationale (le RIN) dont Pierre Bourgault était le tribun redoutable. C'est grâce à lui que je découvris ce qu'il appelait la Rhodésie - tous ces anglophones qui faisaient bande à part dans Westmount et ses environs. Ils étaient comme les vaches sacrées de l'Inde, des intouchables. Avec quelques camarades, nous allâmes dans Westmount et ses environs vérifier les dires de Bourgault. Comme nous avions été bien élevés, nous saluions les gens que nous croisions sur les trottoirs, mais ceux-ci, loin de répondre à nos saluts, passaient à côté de nous comme s'ils ne nous voyaient pas. Et tous ces châteaux, dieux de tous les ciels... alors que nous "Canayens français" devions vivre à 10, 12, 15 et même 22 personnes (comme c'était le cas de la famille Gagné) dans un logement de carton-pâte de cinq pièces!

Je raconte ceci pour que vous sachiez qu'en 1968, quand René Lévesque fonda le mouvement souveraineté-association, puis le Parti québécois, qui amena le sabordement du RIN, j'en voulus beaucoup à l'exécutif du parti. Et pourquoi donc? Parce que je ne croyait pas que René Lévesque ferait quoi que ce soit pour que change cette Rhodésie "souveraine" dans l'ouest du Grand Morial. Pourquoi?

René Lévesque est né à Chandler, une petite ville dont les grands bourgeois étaient tous anglophones. Les Canadiens français qui y formaient la majorité travaillaient presque tous pour eux. René Lévesque a toujours dit qu'Anglais et Canadiens français y vivaient en harmonie. Il n'a jamais compris, encore moins admis, que les grands bourgeois anglophones, isolés en Gaspésie, loin de leur "mère-patrie", la Rhodésie de Westmount et ses environs, devaient jouer du violon pour que les porteurs d'eau à leur service ne se rebellent pas.

Quand on se mit à parler du projet de loi 101, René Lévesque, croyant toujours que les Rhodésiens de Montréal étaient tout pareils aux grands bourgeois de son enfance, déclara: "Pas question de toucher à la minorité anglophone." Camille Laurin dut se battre bec et ongles pour que le projet de loi 101 ne meure pas au feuilleton de la chambre d'assemblée du Québec. Mais écharognée comme elle le fut par René Lévesque, cette loi fut loin d'être ce qu'elle aurait dû être au grand dam du docteur Laurin, l'auteur de ce livre admirable qu'il publia aux Éditions du Jour avant son entrée en politique: "Ma traversée du Québec".

Je militai tout de même fort activement au Parti québécois, animant entre autre avec Jean Garon ces fameux dîners-spaghetti de financement, si populaires en ce temps.

Ainsi, fus-je absolument consterné quand, au lendemain de la victoire du PQ en novembre 1976, René Lévesque mit une croix sur cette victoire référendaire et déclara-t-il: "Au cours de notre premier mandat, nous allons nous contenter d'être un bon gouvernement provincial."

Inutile que je vous dise qu'après cette déclaration, il ne resta plus guère d'atomes crochus entre René Lévesque et le militant que j'étais. Je ne croyais plus guère en lui, persuadé qu'il avait, par peur, fait dans son pantalon le lendemain du 16 novembre 1976. Donc, pas besoin de chercher de midi à 14 heures pour comprendre la politique que suivit après le chef du Parti québécois: du beau risque à l'étapisme mais surtout, son refus d'utiliser la clause "nonobstant! qui aurait rendu intouchable la loi 101. C'est quoi le problème quand on a des armes et qu'on refuse de s'en servir?

Une anecdote, rien que pour le plaisir de vous la raconter. Avant de me rendre au salon du livre de Québec où René Lévesque devait se livrer à une séance de signature par-devers un ouvrage qu'on avait écrit sur lui, ma femme Francine, ardente militante péquiste elle aussi, me demanda de lui rapporter l'ouvrage en question... autographié par René Lévesque. Je fis donc la file et arrivai enfin à René Lévesque; "Accepteriez-vous d’autographier l'ouvrage qu'on a écrit sur vous... mais ce n'est pas pour moi... c'est pour ma femme." René Lévesque ne prit pas le temps de me dire "Bonjour" et me demanda: "Elle se nomme comment, votre femme?" Quand je le lui dis, il griffonna quelques mots, puis me tendit l'ouvrage. Je ne pus résister à la tentation de lire l'autographe. Ça disait: "À Francine... en dépit du mari!"

Porteur de la sagesse de toutes les nations, Jacques Ferron m'aurait sûrement dit qu'il ne s'agissait là que d'ironie, mais je ne suis pas certain qu'il m'en aurait convaincu.

Je cessai de militer au PQ et sans doute ne l'aurais-je plus jamais fait si, en 1993, je n'avais pas fait la connaissance de Madame Lisette Lapointe.

Après ce petit détour auquel je ne pouvais échapper, nous serons tantôt dans le vif du sujet.

 

Victor Lévy Beaulieu

Publié dans Glanures

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