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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Est-il plus surprenant
De revivre après cette vie
Que de respirer maintenant ?
 
Liliane Wouters

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Ilse Aichinger

Publié le par la freniere

 
Ilse Aichinger est une romancière et poétesse autrichienne née à Vienne le 1er novembre 19211.

Née d'une médecin juive et d'un professeur, Ilse grandit, après le divorce de ses parents en 19266, avec sa mère et sa sœur jumelle Helga chez sa grand-mère.

L'Histoire rattrape la famille Aichinger à partir de 19388 : la mère perd son travail, et sa famille est décimée dans les camps d'exterminationn. Ilse en tant que juive ne peut continuer ses études et est incorporée de force dans l'armée. Helga réussit à fuir pour l'Angleterre.

À la fin de la guerre, elle commence des études de médecine tout en écrivant son premier texte : Das vierte Tor (Le quatrième but) en 1945. C'est le premier roman publié en Autriche sur les camps de concentration. En 1946, elle fait sensation avec son essai Aufruf zum Mißtrauen (Appel à la méfiance) : « De notre propre sincérité nous devons nous méfier ». Ilse Aichinger abandonne ses études de médecine en 1947 pour se consacrer à sa vocation d'écrivain et finir son premier roman Die größere Hoffnung (Le grand espoir). Dans celui-ci elle continue à revenir sur les années sombres qu'elle a vécu à Vienne pendant la guerre. Avec ce roman, elle acquiert une certaine renommée.

Aichinger rompt avec l'écriture de romans pour devenir lectrice dans une maison d'édition. Entre 1950 et 1951, elle travaille comme assistante à la « Hochschule für Gestaltung » (école de design inspirée par le Bauhaus) à Ulm en Allemagne.

À partir de 1951, Aichinger fréquente le Groupe 47 et en reçoit le prix l'année suivante pour sa Spiegelgeschichte (Histoire de miroir) parue dans son recueil de nouvelles Rede unter dem Galgen (Discours sous la potence). Devant le succès, le recueil ressortira sous le titre Der Gefesselte l'année suivante.

Elle rencontre le poète et écrivain Günter Eich dans le Groupe, se marie avec lui en 1953, et en aura deux enfants : Clemens en 1954 et Mirjam en 1957.

Aichinger change de mode d'expression en passant aux pièces radiophoniques comme Knöpfe en 53.

En 1955, la ville de Düsseldorf lui attribue le prix Immermann et elle est faite membre de la Berliner Akademie der Künste (Académie berlinoise des Arts) l'année suivante.

Les années suivantes, ses écrits s'éloignent de la description d'une réalité pour aller vers des voyages dans l'imaginaire humain, influencés par le surréalisme comme dans Wo ich wohne. Son mari meurt en 1972.

Elle change encore de thématique vers 1976 en remettant la langue allemande en question, comme dans le recueil Schlechte Wörter (Mauvais mots). Ce recueil influencera beaucoup de jeunes auteurs de cette époque.

Aichinger publie de moins en moins, probablement en lutte profonde et inégale avec la langue allemande ; mais aussi très occupée par son éternelle passion du cinéma. Elle reçoit des prix, parmi les plus prestigieux du monde germanique et intervient épisodiquement par des interviews. Sa mère meurt en 1984.

En 1987, elle reçoit le prix littéraire Europa décerné par l'Union européenne. L'année suivante elle retourne s'installer dans sa ville natale. Et en 1991 ses œuvres complètes sont publiées en 8 volumes (en allemand) pour son soixante-dixième anniversaire. En 1995, elle reçoit le Grand-Prix d'État autrichien de littérature.

Son fils, l'acteur Clemens Eich, meurt d'un accident en 1998.

Extraits de bibliographie en allemand
Die größere Hoffnung, 1948
Der Gefesselte (1953)
Knöpfe (1953)
Besuch im Pfarrhaus (1961)
Wo ich wohne (1963)
Eliza, Eliza (1965)
Nachmittag in Ostende (1968)
Nachricht vom Tag (1970)
Schlechte Wörter (1976)

 

En français, il n’y a que les deux recueils de nouvelles qui ont été traduits :

 
L’Homme entravé, Verdier
 

Les « récits » d’Ilse Aichinger réunis dans ce recueil relèvent de la logique des enfants, et non des adultes. Alice savait bien, comme tout poète et comme Ilse Aichinger, que le langage permet de créer, à côté du monde perceptible, une infinité de mondes possibles, puisqu’on peut les dénommer et les décrire. Ce qui peut être décrit peut exister, et réciproquement…
Au lecteur donc d’entrer dans ce jeu, ou tout au moins d’admirer, avec amusement toujours et souvent avec effroi, l’ingéniosité, l’inattendu des mots les plus banals, manipulés avec assurance par une incorruptible main d’enfant.

 

Un plus Grand Espoir, Verdier

 

Pendant la guerre, une petite fille, juive par sa mère, rêve d’obtenir un visa pour quitter l’Autriche et trouver refuge aux États-Unis. Autour d’elle, un groupe d’enfants juifs, pour survivre, opposent à leur sort tragique « un espoir plus fort que la mort ». Un pied dans chaque monde (son père n’est pas juif), Ellen tente de faire vivre cet espoir des deux côtés. Elle accompagne ses amis juifs dans leurs jeux et leurs rêves. Elle n’a de cesse de questionner les autres, tous ceux qui vivent endormis. Dans un monde en plein naufrage, où il n’est plus de sens, plus de but ni de liberté, elle interdit l’oubli de soi, impose à tous d’ouvrir les yeux et de chercher à nouveau.

 

Et le recueil, Le jour aux trousses, poésies complètes traduites de l'allemand et présentées par Rose-Marie François, Orphée/La Différence, 1992

 
 

Dédicace

Je ne vous écris pas de lettres,
mais il me serait facile de mourir avec vous.
Doucement, nous nous laisserions glisser
le long des lunes, une première halte
auprès des cœurs de laine, puis
une autre parmi les loups, les framboisiers
et ce feu que rien n'apaise ; à la troisième,
j'aurais traversé les fines mousses
des nuages raréfiés,
passé sans effort le pauvre fourmillement
des étoiles, pour arriver
dans votre ciel, tout près de vous.

 
Matin d'hiver

Avant que ne rouille et se casse
la descente des rêves,
laissez-y glisser les bien-aimés,
grands et petits en manteaux gris,
regardez, la piste claire, la glace.

 
Ilse Aichinger

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Jacques Somonomis

Publié le par la freniere


Simonomis, pseudonyme palindromique de Jacques Simon, est un poète français né à Paris le 28 mai 1940.

Auteur de plus de 30 ouvrages de poésie, il collabora à de nombreuses revues, y publiant des centaines d'articles, critiques littéraires, études, entretiens avec des poètes. Il produisit de nombreuses conférences, notamment sur Gaston Couté, Pierre Menanteau, Jean Cassou, et participa à des colloques universitaires sur Jean Rousselot ou Marcel Béalu. Il fut aussi pendant de longues années un membre éminent du Cercle Alienor.

Animateur de Soleil des loups de 1985 à 1991, il fonda et dirigea ensuite sa propre revue Le cri d'os qui fut publiée pendant 10 ans de 1993 à 2003.

En 2002, avec Alain Castets, Christophe Dauphin, Jean-Pierre Desthuilliers, Jean-Luc Maxence, et quelques autres, il participe à la création du collectif Clarté-Poésie.

Début 2004, il fait partie de l'équipe de rédaction de la toute nouvelle revue Les cahiers de l'Alba.

Décédé à Paris, le 15 février 2005, il est inhumé au cimetière du Père Lachaise. La ville nouvelle de Guyancourt a donné le nom de Jacques Simonomis à l'une de ses rues, à proximité de la Maison de la Culture "Jean Rousselot".

 
 
Bibliographie :

Les Sirènes avec nous
(Paragraphes littéraires de Paris1975. Réédition : La Lucarne ovale - 1998) avec des illustrations de Ernesto Treccani.
Matricule à zéro
(éditions St-Germain-des-Prés - 1976).
La Mansarde Himalaya
(éditions St-Germain-des-Prés - 1977).
L'Homme qui marche
(éditions St-Germain-des-Prés - 1978).
Poèmes boxeurs
(Guerre d'Algérie, chez l'auteur).
Dossard illisible
(éditions de l'Ecchymose - 1979) préfacé par Jean Cassou. Réédition : La Lucarne ovale - 1999, avec des illustrations de Danielle Le Bricquir.
Le Triangle sacré
(éditions Traces - 1981), proses poétiques sur Montmartre, Montparnasse et Saint-Germain-des-Prés). Illustrations de Roger Seignot. Réédition : La Lucarne ovale 2004-
Comme un cri d'os : Tristan Corbière
(éditions Traces - 1983).
Vingt petits poèmes historiques
(éditions Traces - 1983). Humour irrévérencieux.
Gaston Couté : de la terre aux pavés
(Les Dossiers d'Aquitaine - 1985). Illustrations de Roger Seignot. Seconde édition augmentée (Dossiers d'Aquitaine - 1987.
Vous avez dit Bizeau
(éditions Dossiers d'Aquitaine - 1986), entretien avec le poète-vigneron Eugène Bizeau, alors âgé de 103 ans.
L'étrier d'argile
(éditions Barré-Dayez - 1987), préfacé par Jean Rousselot, avec deux portraits par Roger Seignot.
Les Chiffres, ces gens-là...
(éditions du Soleil Natal - 1988).
Neruda
(éditions Traces - 1989). Illustrations de Roger Seignot.
L'œil américain
(éditions Soleil Natal - 1991). Illustrations de Roger Seignot.
Mon siècle en deux
(éditions L'arbre à paroles - 1993), prix Jacques Normand de la Société des Gens de Lettres.
Récréation de la ponctuation
(Revue Multiples N° 49 - 1993).
Un âne sur le toit
(éditions La Bartavelle - 1995).
Ça marche ! ou "la pariade politique"
(éditions La Lucarne ovale - 1995 et 2002). illustrations de Claude Caumel.
L'Essayeur
(éditions de La Lucarne ovale - 1995), monologues pour Café-théâtre. Illustrations de Claude Caumel.
Il faut savoir lire
(éditions La Lucarne ovale - 1996), poèmes pour enfants. illustrations de Danielle Le Bricquir.
La parade de cirque ou le bonimenteur
(éditions La Lucarne ovale - 1997). illustrations de Pierre Cayol.
Les Couseuses
(éditions L'arbre à paroles - 1997).
Sa Majesté Auriculaire
(éditions La Bartavelle - 1998).
La villa des roses
(éditions Librairie-Galerie Racine -1999), poèmes sur la Guerre d'Algérie publiés avec le concours du Centre National du Livre.
Valet de pied
(éditions Alain Benoit - 2000), poèmes érotiques. illustrations de Daniel Abel.
La Garden-Party
(éditions Clapàs - 2002), poèmes érotiques. illustrations de Danielle Le Bricquir.
Le calfat des étoiles
(éditions L'arbre à paroles - 2002).
Aphorisques et placers
(éditions La Lucarne ovale - 2003). illustrations de Alain Lacouchie.
Un singulier grand ordinaire
(éditinter - 2003).
Claudication du monde
(Le Nouvel Athanor - 2004)
Fort de café
(éditinter- 2004).
Premiers poèmes
- 1954-1959 (éditions La Lucarne ovale - 2005).
Simples comme...
(éditions Alba - 2005). Recueil posthume.
La queue leu leu du fabuleux
(éditinter- 2006). Recueil posthume.
 
(Cet article est paru dans la revue Poésie première n° 35.)

Un grand singulier pas ordinaire du tout

En 1976, en ouverture à son deuxième recueil, Simonomis écrivait : "Avec l'amitié du papier, j'ai voulu rester propre et entier, dosant VISCERALEMENT la fraternité et la méfiance, la foi et le doute, la voix des foules et la solitude". On pouvait déjà noter l'insistance avec laquelle il avait tenu à isoler en lettres majuscules l'adverbe de cette phrase. Mieux qu'un symbole : une orientation pour toute une œuvre à venir. Un peu plus loin dans ce recueil de jeunesse, il écrivait encore : "Si tu n'apportes rien / pourquoi veux-tu que l'on te donne." Avec cette affirmation, Simonomis prolongeait ses choix, en parfait autodidacte généreux, indépendant, libertaire.

Authentique humaniste, il se voulait aussi "irrégulier du langage". Son œuvre qui comporte actuellement 33 titres compose une mosaïque originale dans le pâle concert des publications contemporaines. Pourtant, Simonomis n'a jamais cherché à construire une œuvre : les choses se sont faites peu à peu, dans une diversité d'intérêts et de passions, sans calcul, pour aboutir finalement à un ensemble inclassable, véritable casse-tête pour les étiqueteurs patentés.

*

"Les poètes marchent à l'amitié" écrivait Simonomis, et il était l'un des plus assidus à user de ce carburant écologique, générateur d'enthousiasme et de vitalité. Les gens de sa parentèle, on les connaît, on les devine : ce sont Rabelais, Corbière et Cros, mais aussi Rictus, Couté et Bizeau. Dès ses débuts, il avait été reconnu par quelques grands aînés tels que Jean Cassou, Marcel Béalu ou Jean Rousselot. Autour de lui, il avait su créer un réseau d'amitiés pour construire une réserve privée autour de dizaines de poètes actuels tels que Chatard, Huglo, Despert, Monnereau, Taurand et de tant d'autres encore que les distingués intellocrates sorbonnards s'ingénient à ignorer lors de leurs recensions et célébrations poétiques, occupés qu'ils sont à examiner leur nombril.

*

Quand il décida, en 1993, de se lancer dans l'aventure revuistique, Simonomis n'imaginait pas du tout dans quelle voie il s'engageait. "Le Cri d'Os", titre étonnant et un tantinet provocateur emprunté à Tristan Corbière, allait devenir sa "chose". La diriger seul pendant dix ans relevait de la folie et du sacerdoce. Seul, sans aide d'aucune sorte, envers et contre tous les importuns et les grincheux, il allait poursuivre sa route avec inconscience et courage, avec folie et témérité. Puis, alors que tout allait bien, il décida d'interrompre la publication, usé par l'égocentrisme et la mégalomanie de beaucoup de prétendus poètes.

"Je ne suis ni aigri, ni amer. Mais soulagé", écrivait-il. Qui connaît le fonctionnement d'une revue comprendra facilement cette décision. L'animation d'une publication périodique exige un travail de titan : des centaines et des centaines d'heures bloquées sur les écrits des autres, tenir à jour le courrier, relancer les abonnés oublieux…. Sa revue, Simonomis la voulait, dès l'éditorial du n° 1, "modeste mais fervente". Cependant, il ne perdait jamais sa belle lucidité puisqu'il écrivait : "Je ne veux pas mourir dans la peau d'un revuiste mais dans celle d'un poète indépendant". On voit bien en cela qu'il avait su rester fidèle à ses convictions de jeunesse, à ses passions, à ses amours et au grand amour de sa vie : Yvette.

"Ma balise de survie est un couple uni" : c'est à partir de cette solide fondation affective que Simonomis a réussi tout ce qu'il a entrepris. Sa seule inquiétude, disait-il, était la peur de laisser Yvette seule, démunie face à la dureté de la vie. Il savait à quel point il lui était redevable et que, sans sa présence fervente et rassurante, il n'aurait jamais pu aller jusqu'au bout de ses folles entreprises. Yvette, c'était pour lui bien plus que l'épouse patiente et attentionnée. Yvette, surnommée le Colibri, c'était toute sa vie, celle, disait-il, "sans laquelle je ne serais pas tout à fait".

*

Le dernier courrier qu'il m'avait adressé, en date du22 janvier 2005, était rempli d'ombres et de non-dits. Toujours actif et généreux, il me remerciait pour un article sur "Claudication du monde", article paru dans le n° 99 de Rétro-Viseur. Un peu plus loin, il poursuivait :"J'ai frôlé la camarde après mon opération du 30/11. Je continue le combat. J'aimerais encore vivre quelques années." Ces paroles résonnent désormais dans un terrible silence.

Georges Cathalo - octobre 2005
 
 
(in Casse n° 4)

Les buffets
Nos buffets littéraires étaient toujours pleins : vétérans d'antichambres, placeurs de romans tsé-tsé, quêteurs d'araignée du soir, etc.
Soumis aux toasts à l'anaconda et aux gâteries au pili-pili, arrosés de tafia "Légionnaire", "5 sur 5" ou "Marche ou crève", j'observais les amis sincères.
On apportait les fourmis rouges, les mygales, les papillons. Les indiens Alphabêtas (inventeurs de l'Eldorado) chantaient nos louanges pendant que les aras chipaient les cacahuètes. Il y avait des scènes atroces.
A l'aube, nous entassions les survivants dans un grand pousse-pousse rose qui ne prend pas cher.

 

Le tatoué

Bébert était tatoué de la tête aux pieds. (Les ports sont durs pour les matafs bourrés). Un dragon logeait sur son torse. Un serpent lui ceignait les reins. Des filles offraient leurs croupes aux lazzis des collègues de douche. Sur ses fesses, deux diables tiraient la langue, prouvant par A+B les visions de madame Mac'Miche.
On ramassa son écorché dans une crique. Les filles s'éclaboussaient sous l'oeil du serpent tendre. Le dragon les couvait de ses membranes bleues et les diables pétaient pour éloigner les squales.

 

Les cabinets

Maintenant que la tempête avait arraché la porte des cabinets, il fallait profiter d'une accalmie sur l'avenue pour "aller", un journal déplié tenant lieu de pudeur.
On n'entend pas les gens en espadrilles... Un couple de retraités commentait les nouvelles... Je toussotai, remuai, tournai les pages... Ils se plièrent, penchèrent le chef, tordirent le col, attendant mieux. Je leur opposai les petites annonces, les avis nécrologiques, les assassinats du quartier. Rien n'y fit !
Comment mener son affaire dans ces conditions, surtout en province ? Brusquement, je retournai les deux pans du journal ! qui les bouscula, les cogna, les coinça, les lécha, les mordilla, les trouva miam, les dévora, rota, les digéra le ventre plat, avec une grande simplicité pour une ville moyenne.

in Casse n° 4

 
Pour Yvette

Le cheval blond qui caracole
au crépuscule pour moi tout seul
m'explique une légende

Attelé à la calèche
des mariés du jour
tu es plus beau que de raison
cheval simple de la passion

Ton profil sur le pré
signe le pourquoi de mon tremblement

 
 
La maison du monde
 

Dans la maison du monde

il y a des enfants

avec ou sans parents

des blancs des noirs des jaunes

des rouges

dans la maison qui bouge.

Autour rôdent les ennemis

la faim la soif la maladie

le chômage et les bombes.

Il faut lutter pour la beauté du monde.

Pour toi ton voisin le mien

le sien

pour les enfants qui naîtront demain

très loin et qui parlent autrement

dans la maison du monde

dont nous sommes les grains

de sable
responsables

blancs noirs jaunes rouges

dans la maison qui bouge

autour du soleil commun.

 
Jacques Simonomis
 
 
 
 

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Paroles indiennes

Publié le par la freniere

The earth does not belong to man ; man belongs to the earth. This we know. All things are connected. Whatever befalls the earth, befalls the sons of the earth. Man did not weave the web of life, he is merely a strand in it. Whatever he does to the web he does to himself.

Chief Seattle, Suquamish, USA

 

Publié dans Paroles indiennes

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Le temps n’existe pas mais il insiste.
 
Théodore Koening
 

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La prière

Publié le par la freniere


Les combats ont repris en Irak. On parle d'une guerre plus humaine. La haine et la mort sont les mêmes.


1

La prière n'a plus de mots.
Elle éclate en rafales
et coule des blessures.
Le pain s'émiette en poudre noire.

Il y a trop d'épines
dans le pollen et les pétales.
Les abeilles s'égarent
et butinent la cendre.
Les chiens n'aboient plus
que d'une patte
et c'est celle qui manque.

L'enfant monte en tremblant
l'escalier de la vie.
Il n' y a plus de marches
mais du fil barbelé
qui lui blesse les pieds.

Chaque voisin est une cible
s'il parle une autre langue.
On meurt même deux fois
pour la télévision
sans revenir à la vie
après les commerciaux.

À l'autre bout du monde
l'ordinateur détecte
le moindre grain de blé
mais les avions fantômes
arrachent de vrais bras
sur les champs de bataille.

L'homme a l'espoir têtu.
Terré dans un abri
il écoute encore
les prévisions du temps.
La lune pendille sur sa tige
comme une fleur de sang.
Les oiseaux déplumés
ne portent plus de lettres
mais des avis de décès.

Une voix frêle se lève
au bord de mon stylo
de l'encre sur les dents.
Le miel est trop amer
pour dorer la pilule.
Nuage noir sur un ciel noir
la prière s'élève
sans amour et sans mots.


2.

On a beau vivre dans les mots
on ne peut oublier
ceux qui vivent dans la mort.
Un même sang coule en nous.
Une vieille femme habite
dans le cœur des enfants
et le plus vieux berger
garde encore à la main
l'orgueil d'un jouet.

Le cri du premier homme
est le même qu'on lit
sur les ordinateurs.
Certains écrans du web
sont des grottes de Lascaux.
Des nuages de poussière
voyagent vers le texte,
ce sont les mots qu'on a brûlés
dans les bibliothèques,
des signes pleins d'éclats
ou trop lourds de sens.

Des balles à la parole
les oreilles pourfendues d'explosions
continuent d'écouter
pour entendre chanter.
Dans l'âtre de l'espoir
c'est l'argent de la mort
qu'il nous faudra brûler.


 

 


Publié dans Poésie

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Dès l'enfance

Publié le par la freniere

Dès l’enfance
les livres étaient mes cerfs-volants
Je m’envolais
au fil des mots
les pages tournaient
d’un battement d’ailes
et le chant coulait en moi
me submergeait
me ramenait le monde
comme un oiseau tombé du nid.
Je savais déjà qu¹il était fragile
le monde
- mortellement déplumé -
et que la fureur des hommes
pouvait le briser comme un oeuf.
Mais aussi fragiles que soient les livres
malgré le fer et le feu
aucun fléau n’anéantira l¹obstination
de l’homme à résister de tout son sang
de toutes ses encres.
Et même s’il faut en passer par le hublot
de l’ordinateur
par la buée des logiciels
par la volonté mégalomédiatique
dans les ténèbres du labyrinthe
il y aura encore une petite étincelle
pour enrayer la norme
l’ivresse d’Icare
un petit mot de trop
pour vivre encore à livre ouverts

Ménaché

Publié dans Glanures

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Collage de Jean Rousselot

Publié le par la freniere

Les dents serrées l'oeil sur le saule
Dont l'agonie suit son cours
On écoute distraitement
Aristote raconter
Les noces de la substance et de la forme.

Jean Rousselot

Publié dans Glanures

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Repeindre le moteur (France)

Publié le par la freniere

Allons repeindre l’horizon d’un mouvement lent des mâchoires, ruminants que nous sommes. Un chemin de mousse serpente sur ce versant. C’est une belle promenade en compagnie des vaches. On rumine, on se lave la mémoire à grandes eaux. On germe dans un petit couloir, on maquille la douleur, on lessive l’espérance. L’abîme cogne contre le château des évidences, je dresse mes soirs de brume, les chaussures de ma pesanteur, l’alcool des nuits illisibles, le balancement des squelettes, la fleur d’ennui qui poétise le tourment. Mon chant casse la croûte dans la bouche des ruminants, s’imbrique à l’œuf sidéral. A chaque ligne c’est comme si je dictais mes dernières volontés. Je remplis le petit cochon rose, la tirelire d’instants à paître. Le moteur tourne en harmonie avec le désir. On a bien oublié un sac ou deux dans une chambre passée mais... Les jours s’en vont toujours sur un chemin pavé d’amphores.

Yves Artufel 
 

Publié dans Poésie du monde

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Yves Peyré

Publié le par la freniere


Yves Peyré, né à Châteauroux en 1952, a animé de 1978 à 1987 la revue L’Ire des Vents. Il est actuellement conservateur de la Bibliothèque Jacques Doucet à Paris, où il vit. Il a publié une œuvre qui, pour discrète qu’elle soit, s’avère extrêmement séminale et riche.

 
Récits

Venise réfléchie
La Bibliothèque de Belmont, Champ Vallon, 1989
Le voyageur et les méandres du rêve, Le Temps qu’il fait, 1991
La distance essentielle
 
Poésie
 
Par delà vents et riens, Le Temps qu’il fait, 1987
À même les voix du jour, Champ Vallon, 1990
De vive lumière ou d’agonie
L’Évidence de la nuit
Récit d’une simple saison, Velin D’Arches, 1995
Dans l’attraction des légendes
Chroniques de la neige, Galilée, 1997
L’Horizon du monde, Fata Morgana
Lieux dits et moments, Tarabuste, 2000
 
Essais
 
En appel de visages, Verdier, 1983
Fautrier ou les visages de l’impossible
L’espace de l’immédiat
Les leçons de la lumière
D’un accès de vision
À hauteur d’oubli, Fata Morgana
Rémanence de l’ailleurs, José Corti, 1999
Peinture et poésie, Gallimard, 2001
 
 
*
 

Nul ne dira si c’est la main, nul ne dira si c’est la face.
     Fébrilité de doigts qui cherchent à agripper la moindre saillie du solide pour affermir la force d’un regard qui s’est établi dans la précarité d’un mouvement de mains.
     Regard-visage qui s’est allongé en mains, s’efforçant de gagner l’impossible d’une horizontalité.
     Visage e mains quand il est amplitude du regard. Se voulant le centre d’un regard regardant que tant de regards adventifs informent. Se sentant regard jusqu’au bout des doigts.
     De crise de mains en tentation larvaire cette figure qui rampe. Abolir toute distance de vision à préhension. Considérer que la vision n’est qu’un mode du tactile.
     Manière aussi de se faufiler, d’être là tout en intensifiant sa propre ombre.
     L’horizontalité comme un premier pas vers la désagrégation de la présence faciale.
     Soupirs de l’informe.
     L’été tiré de sa nuit fantomale par l’à-peu-près d’un visage.
     Regard serpentin qui s’abandonne.

 
*
 

Je rêve de racines retrouvées dans le miracle
D’un regard,
J’oublie, je n’oublie pas et mon rêve
Et ma soif, je biffe au crayon maints paysages
Que leur manque
De dévotion rend intolérables,
Je sursaute
Au moindre appel de pierres, le bâti
Réinvente
La colonne de l’être, je suis acquis
À la ferveur.

J’erre, je vais et viens,
J’oscille
Au gré de ma mémoire et des relances

De l’instant,

Je veux vivre, je repousse les limites,
J’imagine
L’enclos de ma fantaisie, un feu vif

Brûle dans la cheminée.

J’accueille cet ailleurs qui me sauvera,
J’élimine
Les distances, je revendique un temps
D’homme
Où la mesure sera altière et paisible,

Un vent balaie le réel et les songes,
Demain
S’éclaire, il est près d’un seuil
Indistinct
Que j’aperçois et qui m’accepte.
 

*

Aujourd’hui (…) tous et toutes semblent avoir perdu le sens et la mesure dans l’acte de bâtir : c’est que, lorsqu’on élève un mur, l’on n’engage plus l’équilibre même du monde, cette incapacité à se doter d’un logis esthétiquement probant et métaphysiquement juste dépasse de beaucoup et la question de l’architecture et celle des moyens réduits avec lesquels on doit compter; comment des êtres ballottés en tout, n’arrivant à rien dominer ni d’eux-mêmes ni du monde, parviendraient-ils en effet à échapper à la nullité dès qu’ils construisent ? Tant d’hommes et de femmes privés d’individualités propres, et qui rêvent et qui pensent à travers les stéréotypes d’une société passablement fatiguée, tant d’hommes et de femmes dont, bien que mieux préservés des fadeurs du social, nous sommes encore si proches que c’est à peine si nous osons formuler une réserve, alors même que nous nous arc-boutons de toutes nos forces pour échapper à la vanité moutonnière (…), je sais qu’un monde est mort (…) je sais trop bien que ce monde était dur, pénible et franchement mesquin, pour ne pas dire sordide. C’était le prix à payer en hommage à la beauté qui n’était du reste que la pure adéquation de chaque chose à son usage.
 
Yves Peyré
 
 
 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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