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Le labour

Publié le par la freniere

 

Je vis sur le crédit

sur le bras sur l’amour

ma table des matières

offerte aux quatre vents

le rêve toujours tendu

au-dessus de ses forces

et l’âme se hissant

au-dessus de ses moyens

 

Quand je mourrai dans le trou

sans un sous sans un rond

je porterai ma vie

comme un soc de misère

labourant la lumière

 


Publié dans Poésie

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Un verre complice

Publié le par la freniere


Où allons-nous après le générique, l’enfer automobile, les voix radiophoniques, les silences plaqués or, les yeux publicitaires, les embolies urbaines, les autoroutes abstraites, les doigts mégalomanes et les dieux du commerce ? Bien dressés, bien tondus, bien lobotomisés, les pauvres se soumettent aux riches, les acheteurs aux vendeurs, les spectateurs aux stars, les croyants à la guerre ? Il ne suffit pas de ronger les balustres, les murailles, les mangeoires, les médailles, il nous faut vivre comme un fauve. Ce n’est plus le cœur qui alimente l’espérance. Les banquiers y ont percé des trous. Chaque partie prend soin du tout mais l’homme a fait main basse sur le tout de ses doigts d’usurier. Les mots, parfois, on dirait des phalanges, des gestes, mille langues de feu chatouillant le papier. Ils m’encombrent quand ils visitent ma tête sans même laisser aux yeux le pourboire d’un rêve. Ils dressent en partant une pellicule de silence. On perd de vue les phrases dans la foule des voyelles. Je retourne à ma langue avant de perdre pied.


La mémoire saigne. Tout se consume en consommant. Du fond des favelas aux sunlights des palaces, on joue à l’Amérique. C’est à la roulette russe qu’on joue sans le savoir. Trop de caissières en cage nous empêchent de voler. Partout dans les collines surplombant quelque lac, même dans les montagnes, on ouvre d’immenses brèches sans rien pour les remplir qu’un cauchemar climatisé. À chaque déversement de mazout, la mer compte ses larmes. Les pétrels font de même. La vie se perd au téléphone. On s’habille comme on peut avec la peau d’autrui, le faux cuir des autres. La terre n’est plus ronde mais prend la forme des écrans.


Il n’y a rien de plus à l’autre bout du monde qu’on ne retrouve en soi. Chacun est un pays visité par la mort. Du soubassement de l’homme au grenier des étoiles, je monte un à un les étages de clarté. Quand je rate une marche, écrire prend le relais. Je grappille dans les mots comme j’ai pillé dans les gènes ancestraux. Ma mère, mon grand-père versent leur voix en moi comme une source d’eau pure. Je m’offre à tous comme un verre complice. J’aurai passé ma vie à déjouer les mots du froid. J’ai frette au fond du cœur. J’ai frette en sacrament. Il nous faudra passer de l’imaginaire à l’imaginable, de l’image à l’ami, de la marge à la table, de l’univers virtuel à la mémoire des pierres. Les fleurs sauvages poussent partout, aussi belles que rebelles, dans les trous de bombes, les lézardes des murs, les ornières, les plâtras, offrant à nos regards éteints la persistance de l’espoir. La vie repousse et saigne sous le pansement des façades.


L’espace et le temps se confondent au milieu de la route. Si je mets souvent mes souvenirs par devers, je ne quitte pas la vie à reculons, je m’y enfonce plus avant. Je délace le cœur de ses cordons lyriques et j’ouvre la fenêtre. Là où je mène mon livre, il y a déjà des traces laissées par les vers, les coquillages, les algues, les fossiles, les grands tyrannosaures. À ces phrases tranquilles, j’ajoute à ma façon un peu de l’encre humaine. Je fais un livre avec le sang, le pollen, la cendre. Dans la rumeur du monde, le bruit confus des hommes, je m’accroche au stylo comme à la main de ma mère. Je ne suis qu’un enfant qui traverse la rue.


Publié dans Prose

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Au fil de la plume

Publié le par la freniere


Publié dans Glanures

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere


La terre n’est plus ronde mais prend la forme des écrans.


Publié dans Aphorisme du jour

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Hier est mort (U.S.A.)

Publié le par la freniere


Hier s’est évaporé. Nous accrochons nos yeux à des yeux de neuf ans, une salle de classe avec ses trente élèves, le regard de l’enfance sous la frange de brume.

Nous scrutons le regard des amies d’autrefois, en espérant entendre dans l’étroit carton pâle l’écho d’un triple rire croulant en roucoulade. Les trois inséparables, et nous riions beaucoup.
Hier est mort quelque part, silencieux, loin de nous. Entre rue et trottoir, entre classe et solfège, entre petits chaussons de danse et aquarelle, entre rires aigués et cinéma refuge.
Hier s’est enfui sauvage derrière l’écran bleu d’un chalet d’altitude au sommet de l’alpage, entre les roseaux gris au bord de l’océan. Il ne reste qu’un rire, une larme, un parfum. Un nom, gravé en soi, plus fort que tous les âges.

Ne reste rien d’hier, hormis le souvenir, brulant encore et chaud et vibrant de souffrance, au milieu de ma joue, de la gifle reçue, comme ces d’enfants blonds rougissants sous l’insulte. Hier s’est bien effacé au long des mois passés. La brulure est toujours vibrante sur ma joue.

On en tremble, on en meurt, on se croyait souffrants, transis, de vents vêtus, et d’herbes odorantes. On se voulait superbes, pétris de souvenirs, et de mots, et de sons, amants des amours mortes, compagnons d’infortunes, amis des longs chemins.

On se croyait insaisissable, on est saisis en voyant ce qui nous a fait tant de mal. On en rit.

On pense avec mépris à cette petitesse, à ces impérieux besoins d’eux, qu’on avait. On ne se comprend plus. On hoche un peu la tête, on retient nos mots tendres. Qui fuseraient encore par un dernier réflexe, un sourire amical, un geste d’amitié. On se voulait d’hier quand on n’est qu’aujourd’hui. L’aujourd’hui sans tes mots résonne dans les creux.

Dans l’enfer de l’hier hurlent les souvenirs. Je ne crois plus en rien, ni aux lois, ni aux hommes. Aux chiens encore, peut-être, et aux chats de gouttière passants majestueux de l’ombre au clair-obscur.

Dans l’enfer de l’hier, la mémoire vacille. Les mots sont là, écrits, et ne s’effacent pas. La gifle sur la joue garde son importance. Les lèvres de demain n’en effaceront rien. On n’oublie pas, vois-tu, dans l’enfer de l’hier.

N’est pas Judas qui veut. Et pour la rédemption il faudrait un Jésus courbé sur la croix noire. A force de jouer sans fin au roi des rois, il arrive qu’on meure, n’étant pas fils de dieu.

Dans la folie d’hier, là-haut, sur l’Acropole, comme aussi dans l’Olympe, les dieux se faisaient forts d’être sages et sans haine. Ils régnaient sur les hommes, et de leurs punitions, on a fait des poèmes au pays des chansons.

Dans l’amour de l’hier la joie était vibrante, couronnée de mots riches entrelacés en phrases. Elle est tendre, la nuit ; et fragile l’aurore, au pays des langages. Dans l’horreur de l’hier, les mots se sont enfuis.

Dans la joie d’aujourd’hui, ils sont tous revenus.


Lise Genz

Publié dans Poésie du monde

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Ballade pour les enfants de tous les mondes

Publié le par la freniere


Les enfants sont les papyrus intacts du futur
Puis enfants devenus ils jouent dans des cours
plus ou moins étroites sales
et inventent des parcours du combattant
du bonheur
du malheur
de l'avenir
avec des acteurs de papier-journal
ils jouent à saute-mouton avec les périls du temps
et souvent tombent par terre
et se relèvent nez rouge
qu'ils soient blanc ou blacks

Les enfants de carreaux cassés de doigt à la tempe
"il est fou celui-là"
sont toujours propres comme des rêves toujours
recommencés
mais hiver comme été
à l'occasion la neige dort sur leurs lèvres
qu'elle berce et protège.

 

André Laude



Publié dans André Laude

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Les mots pour aller où

Publié le par la freniere


Les mots pour aller où ? Les routes pour dire quoi ? Et l’horizon devant est-il aussi derrière ? Écrire, ça ressemble à jouer. Un tas de mots qu’on assemble. Ils vous mordent parfois. Ils chatouillent. Ils se moquent de vous. Les voyelles s’empilent comme des fanes de mais. On dirait que le sens vient toujours comme en plus, comme le temps ou l’espace. Les pieds aveugles sont vivants. Ils inventent la route. Écrire comme un oiseau qui ramasse le vent, une pierre qui roule, un ruisseau où l’eau court toute nue, la bouette d’un grenier qui s’ouvre sur la lune. Un mot posé de travers et tout devient silence. Un autre qui s’égare et l’on voit l’invisible. Quand le soleil se couche, on l’a encore dans les yeux. Quand la pluie cesse, on en garde la peau.


Les étoiles chantent pour les sourds. Le matin, c’est encore le rêve, puis c’est le cœur qui s’éveille et respire la vie. Le corps est une barque qui cherche le courant. Sur sa coque inventée, je rame avec des mots, des avirons d’images. La lumière appelle la nuit et la repousse tout autant. Qui apprend à compter perd toujours quelque chose. Toutes les routes ont deux sens, tous les fleuves deux rives. Seuls les mots les englobent. Qui apprend à conter ajoute des cerises aux branches déjà nues. Il redresse d’un mot toutes les fleurs cassées. Tout au bout de grandir, je resterai l’enfant qui apprend à marcher.


Tout le corps est dans la main. Tout l’univers bouge nos doigts. Ce que l’on voit n’est jamais qu’une parcelle. Ce que l’on rêve est encore en-deçà du possible. L’amour est préalable à tout. On l’entrevoit parfois dans les yeux d’une femme, le rire d’un enfant, les phrases qu’on souligne dans un livre bancal, un brin d’herbe qu’on mâche assis sur une pierre. À qui sont destinés les cœurs qu’on grave sur l’écorce, les phrases qu’on gribouille avec un bout de bois, les bonhommes de neige qui nous tendent leurs bras, les ponts sur le néant, les signes sur le vent, les mots sur du papier ? Le pont qui traverse le fleuve est plus fragile que ses rives et le réel plus éphémère que le rêve.


Malgré ma peur du vide, j’avance en funambule sur le fil des mots, sans l’équilibre d’un récit, sans table des matières. Toute phrase qui commence veut s’éloigner de la fin. Peu importe les montres, le temps échappe aux chiffres. L’âme est cette part toujours inachevée de l’homme. Quand tout le reste disparaît, il ne demeure que cette part. Tant de lumière attend sous la cicatrice des paupières. J’écris pour défendre la vie, lui rendre son visage qu’on a défiguré. Je ne crois pas ce que je vois mais ce que j’imagine. J’attends le feu assis tout près des cendres, le rire après les larmes. Je ne m’arrête pas à l’écriture, je continue par elle. On manque toujours de mots pour dire je t’aime, de pain à partager, de mains pour caresser, de bras pour l’accolade, de larmes pour pleurer. Sur la dernière marche, l’escalier recommence.


Chaque page n’est qu’un bruit de pas, chaque livre une route. Parfois, sur la table des mots, un lecteur secoue la nappe et garde quelques miettes. La terre n’humilie pas les illettrés. Tout le monde peut la lire. Elle ouvre pour chacun de grandes pages de fleurs, tout un lexique de beautés, la grammaire du ciel, des arbres tout en muscles, des motels d’oiseaux, des ruisseaux d’aubépines. Des pissenlits aux tournesols, tout un chapitre s’élabore. Un autre fait danser les feuilles avec le vent. Une histoire d’insectes se trame sous l’écorce. La sagesse des tortues côtoie la naïveté des éphémères. Le soleil est une encre vitale pour chacun d’entre nous. Il faut lire ses pages avec des yeux d’enfant.


Je n’ai jamais compris le système des monnaies, les ventes, les achats, la mainmise des uns sur les besoins de chacun. Nous ne possédons rien. Tout nous est prêté, la faim avec le pain, la terre avec la pluie, la mer avec le ciel. Le pouvoir, le savoir, l’avoir écrasent la goutte d’eau, le brin d’herbe, l’enfant. On dresse des églises, des frontières, des banques. On tisse des drapeaux avec la peau du cœur arrachée à la vie. En Afrique, les enfants meurent de soif tant la terre est stérile. Chez les Amérindiens, ils sniffent de l’essence et de la colle d’avion. En Amérique, même les pauvres sont obèses à manger du néant. Nous sommes à la croisée des choses. Nous avançons maintenant un doigt sur la gâchette, un autre sur la bombe, un pied sur le bitume, un autre qui se perd. Que reste-t-il entre la chair et le métal ?


Les mots se lèvent toujours une minute avant moi et viennent m’éveiller. J’écris du bout de la main, du bout du corps, du fond du cœur. J’écris de porte en porte, entre deux embolies, avec de grandes aiguilles dans les arbres de laine. J’écris comme un enfant poussé dans le noir, un chien flairant sa nourriture, un oisillon qui découvre ses ailes. Je remercie la pluie aux longues jambes, la musique, la mer. Les moments les plus pauvres sont souvent les plus riches. On est seul. On regarde la pluie. Les battements du cœur nourrissent le silence. On sent bouger en nous quelque chose de plus, un frottement d’âme sur la chair. Il faut apprendre à lire comme une main plonge dans l’eau. Les moments les plus pauvres sont souvent les plus riches. On est seul. On regarde la pluie. Les battements du cœur nourrissent le silence. On sent bouger en nous quelque chose de plus, un frottement d’âme sur la chair. Si l’homme n’est pas naturellement bon, il devrait passer sa vie à tenter de le devenir. Il faut naître à la lumière de ce but.

 


Publié dans Prose

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On a la rédemption qu'on mérite

Publié le par la freniere

 

ça m'étonnerait fort

qu'un Dieu ou qu'un Diable

vienne à ma rescousse

par contre pas plus tard

qu'il y a un quart d'heure

j'ai été sauvé

par une petite culotte

sur une corde à linge

 

Thomas Vinau

 


Publié dans Prose

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Comme on caresse un loup

Publié le par la freniere


Nous manquons tellement d’impossible, d’audace, d’attention. La présence d’un enfant nous fait tenir debout. Il faut tendre nos bras vers l’amour mais sans baisser les yeux devant l’injustice. Je vais le cœur à nu sous la poussière du corps mais je le vêts de pluie, de paroles, de pollen. On perd sa vie à la gagner. L’âme surnage sur le flot des choses, nous indiquant la route. Toute ma vie j’écrirai, un éclair, une joie, un paragraphe mangé par les insectes, une page écornée, le reflet d’un visage, un bourgeon d’encre bleue dans la forêt des livres, un galet qui rutile dans le ruisseau des songes. C’est ma façon à moi de soulever la pierre et de tendre la main. J’écris pour essayer d’entendre ce qu’on n’écoute plus, tenir la vie par-devers moi. J’écris comme on caresse un loup. Je me cherche un pays dans ma propre parole.

           

Presque tout, presque rien, c’est presque la même chose. C’est presque rien d’écrire. C’est presque tout d’aimer. J’écoute Mozart dans la nuit. La musique s’infiltre partout, entre les lignes, entre les signes, entre les bras d’un arbre. La musique, c’est comme l’eau des oreilles. Les notes caressent les tympans en vagues minuscules. L’âme remonte à la surface. Le champ désert se remplit. Les violons secouent leurs cordes. Les violoncelles tressaillent. Les flûtes jouent de l’anche. Les bémols clignent des yeux. Je n’entrerai pas dans les affaires, la carrière, les rôles, les fonctions. Je rentre dans les bois comme entraient à l’église les premiers pèlerins. Ma blonde se tient debout entre mes os comme une colonne d’eau vive. Elle recueille avec moi la beauté qui s’échappe. Nos enfants nous soulèvent jusqu’à l’éternité.

          

Debout devant ma vie, je la connais à peine. Elle ne répond jamais ce que je veux entendre. L’herbe rare des mots me sert d’énergie. Je me laisse porter par elle avec l’espoir comme un feu dans mes cahiers de neige. La main qui écrit est un oiseau qui s’apprête à voler. Il n’y a pas de route mais des pas que l’on sème dans la terre des routes, la vie qu’on serre contre la peau de l’âme, la main dressée vers les étoiles, la chair de poule sur les chevilles du rêve. Je peuple ma parole de tout ce qui se tait. Je survis avec un peu de blé, le pain des images pour la faim des yeux, l’eau des paroles pour la soif du cœur, la ligne des forêts pour l’appel des loups. Le poète est un homme debout dans sa solitude. Il apprend à regarder les choses, les choses les plus simples. À l’âge où tout le monde sait tout, il ne sait rien encore. Il apprend sans cesse à regarder. Chaque mot est un cocon qui s’ouvre sur le ciel.

 


Publié dans Prose

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Pierres gravées (Espagne)

Publié le par la freniere

 

J’ai vu l’ombre poursuivie par les fouets jaunes,

 


acides jusqu’aux bords du souvenir,

 


des linges devant les portes de l’indignation.

 


J’ai vu les stigmates de l’éclair sur des eaux immobiles, 

     dans des étendues visitées par les présages ;

 


 j’ai vu les matières fertiles et d’autres qui vivent dans tes

     yeux;

 


j’ai vu les résidus de l’acier et les grandes fenêtres pour

     la contemplation de l’injustice (ces ovales où se cache

     la phosphorescence) :

 


c’était la géométrie, c’était la douleur.

 


J’ai vu des têtes absorbées dans les cendres industrielles;

 


j’ai vu la lassitude et l’ébriété bleue

 


et ta bonté comme une grande main avançant vers mon

     cœur.

 


J’ai vu les miroirs face aux visages qui ont refusé d’exister :

 


c’était le temps, c’était la mer, la lumière, la colère.

 


Antonio Gamoneda

 

Traduit par Jacques Ancet


 

Publié dans Poésie du monde

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