Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Ils ont dit

Publié le par la freniere

Ce qui nage a l'âge de l'eau.

Ce qui respire a l'âge de l'air.

Ce qui s'estompe a l'âge du temps.

 

Edmond Jabès

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost 0

État des lieux

Publié le par la freniere

que reste il?

trois milliards de dettes payer cash à crédit   stock

options

plus value sur le prochain désastre

 

ET QUE RESTE IL?

trois pièces de cuivre pour se remplir la panse  de la

graisse qui sort des gencives   le pus d'un abcès

jamais rassasié d'un compte en banque malade

 

QUE RESTE IL?

 

soupente

un deux pièces coin douche trois télés sans écran pour

calmer les nuits blanches

une boite a cigare en or   carte postale de la riviera

Espagnole sur un mur de crasse

le sol couvert de marbre, le sol couvert de merde!

dose de codéine  un lit de poudre aux yeux sur le cul

d'une princesse

dose de dépression   les murs se rapprochent   des

calmants en cachet

comme cartouches dans barillet

 

QUE RESTE IL?

la lune glauque sur les immeubles  la pleine

décomposition morale

bière champagne   sang  parasites  sourires et coups

de botte  commande une autre bouteille  donne moi deux

balles , j'suis raide

fais moi crédit pour une canette

lequel prendra un coup de pied?

lequel se fera descendre?

qui te dira "tu est un frère"?

qui le pensera en réalité??

qui dormira dans tes draps?

quand sort ton prochain film?

ou allons nous traîner....

 

QUE RESTE IL?

une assurance  la tôle froissée  moteur shooté

la liberté sous les ailes de fer

l'acier qui brille et la rouille brûlante

mécanisme d'horlogerie et pourriture sauvée de la casse

rouler trompe le mal de vivre

on fait semblant d'exister

 

ET QUOI D AUTRE?

ton âme? vendue

ton cul? a prendre

ton bonheur? chié pour quelques pièces

ton crédit  le train sale et l'usine crasseuse

compte en Suisse vie privée sécurisée animal en cage!

 

ET QUOI D'AUTRE?

ta merde

ton foie malade

ton cancer du larynx

ta démence précoce

un p38 une balle dans la culasse

une fenêtre sombre au dessous : douze étages

des rêves avortés quelques mots  des dettes en guise

d'adieu

prend la crosse dans ta main  enjambe le parapet

la guerre se livre contre soi même  pari perdu

d'avance

 

QUE FAIRE?

décide  fais vite

t'a pas gagné ta vie  tu a loupé le coche...

perdu ton billet au casino des dégénérés

ne manques pas le dernier coup

tu a raté ta vie

réussis donc ta mort!!

 

ET ENSUITE?

ne devine tu pas mon nom???

 

Philippe Léger


 

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Article publié depuis Overblog

Publié le par la freniere

 

Chet Baker est le trompettiste le plus émouvant du monde. Chet Baker est né l'année de la grande dépression à Yale, et meurt en 1988 à Amsterdam. Aux pieds du Prins Hendrik Hotel, un matin de printemps, on trouve un homme étendu mort à côté d'une trompette. Deux étages plus haut la fenêtre est ouverte. Il s'est cassé sa gueule cassée d'ange cassé. Il a consacré beaucoup de temps dans sa vie à casser sa gueule cassée d'ange cassé. Et quand c'était pas lui c'était les autres, comme en 66 lorsque des dealers de San Francisco laissent sur le trottoir la moitié de sa mâchoire. Pas facile de jouer de la trompette sans dent. Chet Baker a traversé beaucoup de vide, beaucoup d'amour, et beaucoup de couchers de soleil. Chet baker aimait le "prez" Lester Young, les grosses voitures américaines, les femmes de tous les pays et les chansons d'amour. Chet Baker aimait le buggle, Charlie Parker, son pote Dizzi, l'Italie, les standards et les chambres d'hôtel. Chet Baker aimait un peu trop le speedball aussi. Il n'a jamais retrouvé le nuage d'où il est tombé. Il a fait pas mal de peine et pas mal de belles chansons d'amour. Il chante la douleur nue et c'est du sang d'enfant qui coule de sa trompette. Un enfant éternellement seul et déçu. Qui chantonne pour ne pas pleurer. Qui se réveille, perdu, chaque jour. Il faut voir ses yeux d'oiseau usé dans Let's get lost de Bruce Weber. Il faut écouter la douceur avec laquelle cet homme a brûlé.

Thomas Vinau

Publié dans Les marcheurs de rêve

Partager cet article

Repost 0

Il me reste l'écriture

Publié le par la freniere

Aujourd'hui, dernière chance, dead line, dernier appel, S.O.S., may day, à l'aide, pour la campagne de socio-financement du projet Collectif métis en Art et Artisanat dans la région de la Mitis, à coté de Mont-Jolie, je ferme les livres du quêteur, ce vendredi 27 Mars à midi. Je suis écoeuré de quêter, j'arrête ça, je me sens comme un petit chinois de la Ste-Enfance, un tronc d'églises, un pélerin de Ste-Anne-de-Beaupré, un quêteux de la rue Mt-Royal, un portier du métro Berri, j'ai l'impression de vendre des indulgences plénières, d'être le dernier arrivée à la Cour des Miracles, la quêteuse du Monastère N.D.duT.S.Sacrement, la pute du coin Ontario-Papineau, le témoin de Jéhovah, le dimanche matin, je me sens comme le panier-à-messe, le dimanche pendant la grand-messe, le jeune scout qui ramasse les vides, je me sens comme la gang d'Inuits souriants tendant la main devant la Binerie, je me sens comme Paul Rose déguisé en fille avec son bas de nylon sur la face préparant des hold-ups dans le Bas-St-Laurent, je me sens comme le dernier secrétaire de Louis Riel quêtant dans les rues de New-York, lorsqu'il fut abandonné par les Mohawks, je me sens comme un bac vert-de-gris, une gang de punk qui font du Food-Diving dans le Nouveau Plateau, comme un détritus, un étron, un sac de plastique vivevoltant dans le Parc La Fontaine, comme une mouette cherchant sa patate frite rue Ste-Catherine, le gros écureuil dodu quémandant sa peanut à la fontaine de n'importe quel parc, l'image de Jean Narrache me revient en mémoire, les misérables, Jambe-de-Bois, des juifs avec leurs gamelles au camp de la mort, je me sens comme le dernier des derniers, un rien de rien, une loque, un laisser pour compte dans la grande Babylone, par chance il me reste l'écriture qui n'intéresse personne ou presque, et ma pratique culturelle de pauvres artistes, artistes pauvres, la même chose, je me sens comme les peuples du moyen-orient expulsés, exfoliés, contaminés, emprisonnés, poussés au pire atrocité, je me sens comme nos peuples autochtones, expropriés, contaminés, enfermés dans des pensionnats, éliminés, ostracisés servant d'expériences d'éradication systématique d'assimilation. Porteurs d'eau, locataires et chômeurs dans son propre pays disait Félix à son retour d'exil, pauvres québécois! 40 ans de bénévolat dans le milieu artistique, quelle merde! Ça fait longtemps qu'on aurait du prendre les chemins de l'exil, comme Herman Hesse, Polansky et Charlie Chaplin en Suisse! Kriss! Et Guy Laliberté va vendre le Cirque du Soleil 2 milliards! F_ _ _ Y _ _! Voyou!
Salutations Clandestines! AAP
P.S. Je ferme la case postale à St-Ferdinand, mardi le 31 Mars et je retourne à Mtl quelques jours, avant d'aller donner un coup de main à Bûche-Art à Matane si vous voulez aidez l'amie France Bouchard Créations Bûche-Art l'adresse pour envoyer vos dons est le 613 Rang 2 Cabot, Ste-Jeanne d'Arc la Mitis G0J 2T0 1-418-776-2544.

Alain-Arthur Painchaud

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Les petites heures

Publié le par la freniere

C'est un coin de par ici, c’est-à-dire de n’importe où, où l’on a perdu l’air et l’heure des saisons. C’est un temps d’hiver et de lointain après-guerre. Parfois, la neige recouvre notre enfance et nous voile les yeux. On joue par les ruelles, on se cache au fond des salles de cafés perdus où sentent bon le tabac, l’ennui, la joie et la lassitude. Les foins sont au sec dans les granges. On envoie les enfants, à la nuit tombée, tirer le vin au tonneau dans les caves après qu’ils ont rangé leurs cahiers pour l’école du lendemain. Sur les tables des cuisines, on aperçoit les ratures d’encre noire, toutes les hésitations d’une époque. C’est un temps tout près de nous, à peine une poignée d’années, un temps, une sorte de jeu entre enfance et vieillesse. On grandit comme des herbes sauvages, dans l’insouciance des campagnes et des bois. On grandit vaille que vaille, du vent plein les cheveux. On aime à la folie ces journées de soleil et de brume quand dorment encore les bêtes dans le silence des étables, que les premiers corps s’ébrouent entre les draps froids.

 

Joël Vernet

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Le mal des fantômes

Publié le par la freniere

C’est à vous que je parle, hommes des antipodes,
je parle d’homme à homme,
avec le peu en moi qui demeure de l’homme,
avec le peu de voix qui me reste au gosier,
mon sang est sur les routes, puisse-t-il, puisse-t-il
ne pas crier vengeance !
L’hallali est donné, les bêtes sont traquées,
laissez-moi vous parler avec ces mêmes mots
que nous eûmes en partage –
il reste peu d’intelligibles !

Un jour viendra, c’est sûr, de la soif apaisée,
nous serons au-delà du souvenir, la mort
aura parachevé les travaux de la haine,
je serai un bouquet d’orties sous vos pieds,
– alors, eh bien, sachez que j’avais un visage
comme vous. Une bouche qui priait, comme vous.

Quand une poussière entrait, ou bien un songe,
dans l’œil, cet œil pleurait un peu de sel. Et quand
une épine mauvaise égratignait ma peau,
il y coulait un sang aussi rouge que le vôtre !
Certes, tout comme vous j’étais cruel, j’avais
soif de tendresse, de puissance,
d’or, de plaisir et de douleur.
Tout comme vous j’étais méchant et angoissé
solide dans la paix, ivre dans la victoire,
et titubant, hagard, à l’heure de l’échec !

Oui, j’ai été un homme comme les autres hommes,
nourri de pain, de rêve, de désespoir. Eh oui,
j’ai aimé, j’ai pleuré, j’ai haï, j’ai souffert,
j’ai acheté des fleurs et je n’ai pas toujours
payé mon terme. Le dimanche j’allais à la campagne
pêcher, sous l’œil de Dieu, des poissons irréels,
je me baignais dans la rivière
qui chantait dans les joncs et je mangeais des frites
le soir. Après, après, je rentrais me coucher
fatigué, le cœur las et plein de solitude,
plein de pitié pour moi, plein de pitié pour l’homme,
cherchant, cherchant en vain sur un ventre de femme
cette paix impossible que nous avions perdue
naguère, dans un grand verger où fleurissait
au centre, l’arbre de la vie...

J’ai lu comme vous tous les journaux tous les bouquins,
et je n’ai rien compris au monde
et je n’ai rien compris à l’homme,
bien qu’il me soit souvent arrivé d’affirmer
le contraire. Et quand la mort, la mort est venue, peut-être
ai-je prétendu savoir ce qu’elle était, mais vrai,
je puis vous le dire à cette heure, elle est entrée toute en mes yeux étonnés,
étonnés de si peu comprendre
– avez-vous mieux compris que moi ?

Et pourtant, non !
je n’étais pas un homme comme vous.
Vous n’êtes pas nés sur les routes,
personne n’a jeté à l’égout vos petits
comme des chats encor sans yeux,
vous n’avez pas erré de cité en cité
traqués par les polices,
vous n’avez pas connu les désastres à l’aube,
les wagons de bestiaux
et le sanglot amer de l’humiliation,
accusés d’un délit que vous n’avez pas fait,
d’un meurtre dont il manque encore le cadavre,
changeant de nom et de visage,
pour ne pas emporter un nom qu’on a hué
un visage qui avait servi à tout le monde
de crachoir !

Un jour viendra, sans doute, quand le poème lu
se trouvera devant vos yeux.
Il ne demande
rien ! Oubliez-le, oubliez-le ! Ce n’est
qu’un cri, qu’on ne peut pas mettre dans un poème
parfait, avais-je donc le temps de le finir ?
Mais quand vous foulerez ce bouquet d’orties
qui avait été moi, dans un autre siècle,
en une histoire qui vous sera périmée,
souvenez-vous seulement que j’étais innocent
et que, tout comme vous, mortels de ce jour-là,
j’avais eu, moi aussi, un visage marqué
par la colère, par la pitié et la joie,

un visage d’homme, tout simplement.

 

Benjamin Fondane

 

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

Trouver ce qu’on ne cherche pas
finalement on pourrait juste
appeler ça "vivre"
 

Marie Tissot

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost 0

Aux échecs (photo de Marie Eddo)

Publié le par la freniere

Aux échecs (photo de Marie Eddo)

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Mon enfance

Publié le par la freniere

Mon enfance laine douce
comme une pomme douce
qu'on croque au bout des dents
mon enfance farine de lait
comme une mûre au bout du sein
qu'on mâche au bout des lèvres

Mon enfance cheveux fous
courant les landes et les ravines
au galop de son cheval de bois
Mon enfance Robinson
dans sa forêt d'acajous
épiant des peaux-rouges
aux grands yeux de hiboux
sous des totems d'ogres

Mon enfance aux doigts de sucre
cinq ans à peine
et pas plus haute qu'une oreille de souris
mais déjà malicieuse
un jour elle me dit
c'est fini, je m'en vais
et elle s'en alla
au petit trot de ses jambes grêles
sans même se retourner


Bernard Nègre

 

 

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Testament

Publié le par la freniere

Lorsque mes yeux cesseront de guetter
La première hirondelle
Qu’ils seront impuissants à reconnaître
Le printemps fidèle

Lorsque mes mains ne pourront plus toucher le vent
Et que je perdrai de vue le fleuve
Laissez-moi quitter mes eaux
Avant qu’il ne pleuve
Sur mon lit de roseaux

Si je deviens trop frêle 
Pour mordre dans votre chair
Trop pâle pour rougir
Encore de vos mots d’amour

Relisez-moi vos serments des anciens jours
Et lorsque je serai éteinte 
Remettez-moi dans mes plumes
Que je puisse pleurer les ombres

Quand je serai enfin morte
Laissez-moi enterrée en moi-même
Nourrissez mes oiseaux tendrement
Et jugez-moi mêmement

 

 

Christiane Loubier

 

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 4 5 > >>