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Un bon jardinier

Publié le par la freniere

Le paysagiste Gilles Clément explique qu'il annule ses engagements avec l'État. Décision dictée par l'élection de Sarkozy, qu'il juge porteur d'un projet néfaste pour la planète.

Sa radicalité détonne dans le paysage français, où les frontières politiques s'amollissent jusqu'à faner.  Le théoricien du «jardin planétaire», créateur du parc André-Citroën ou du jardin du musée du Quai-Branly, annonce qu'il annule «la totalité des engagements pris auprès des services publics et privés sur le territoire français, à l'exception des instances officielles ou non officielles où, de façon avérée, s'établit la résistance». Explications du jardinier-écrivain, dont le dernier livre s'intitule Une écologie humaniste

Pourquoi cette prise de position publique ?
Je refuse de cautionner un projet qui va dans le sens d'une destruction de la planète et n'est pas conforme à ce que j'estime humainement acceptable.

Pour en savoir plus allez sur le site de Clément :
www.gillesclement.com/

Publié dans Glanures

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Être ? (Bretagne)

Publié le par la freniere

Dans le jardin de ton visage
dans la rivière de tes mots
dans l'échancrure de la nuit
dans le silence de la peau
dans l'oubli des raisons fortes
dans la lumière du cristal
dans le fatras de l'existence
dans la pénombre d'une flamme
dans le tourment de la nature
dans la chanson dans la prière
dans les pensées que tu nourris
dans le séisme de nos drames
dans la verdure entre les tombes
dans le sang des coquelicots
dans la saison d'une autre vie
dans le tissu de nos entrailles
dans la parole des chevaux
dans la musique de la pluie
dans la compote des nuages
dans les rues les caniveaux
Dans la façon d'être une rose .
 
Extrait de Grains de lune, éditions J. Ouaknine

Corinne Cornec Orieska

Publié dans Poésie du monde

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Pourquoi serait-il absurde de vouloir être heureux ? Je hais dans une certaine forme de dandysme cette idée que la recherche du bonheur serait d'une insigne vulgarité.
Il faut du talent pour être heureux. Du talent, et du courage.
Ce n'est pas seulement, comme le croient certains, une question de chance.

Le malheur, en revanche, est à la portée de n'importe qui.


Louise L. Lambrichs

Publié dans Ils ont dit

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Les Citadelles

Publié le par la freniere

les-citadelles.jpg
Le douzième numéro de la revue annuelle Les Citadelles vient tout juste de sortir (160 pages au prix de 15 euros). Cette revue « à tête chercheuse » fondée par les poètes Philippe Démeron (Paris) et Roger Lecomte (Nice) s’applique à faire découvrir des poètes étrangers. Cette année elle nous propose une excursion au Mexique avec un dossier sur la poésie nahualt ancienne et, juste après, nous entraîne dans le monde imagé du très présent Mauricio Hernàndez (Ecrivain, poète, journaliste, photographe et cinéastre.) : « Nous, iconophages de ce nouveau siècle, nous avons traversé un seuil où la parole, ancienne porteuse d’images, semble se dissoudre face aux lois de ce nouvel empire qui inflige le joug de l’aliénation ou octroie la liberté primordiale… » De leur dernier voyage à Bratislava au festival international Arspoetica, Armelle Leclercq et Roger Lecomte ont ramené une moisson de poésie passée au crible de l’intelligence et de l’amitié : Ken Cockburn (Ecosse), Katarina Kuchelovà (Slovaquie), et une des figure majeure de la poésie slovaque contemporaine : Niko Grafenauer, présenté par Antonia Bernard. Nous y retrouvons les compagnons de route : Edith Summer (Autriche), John Montague (Irlande), Christina Onofre (Roumanie) et les français Patrice Blanc, Bruno Tomera, Elisabeth Stockhausen, Valence Rouzaud…sans oublier un bon approvisionnement de la région niçoise : Ile Eniger, Colette Muyard, Victor Varjac, Roger Lecomte, André Chenet… Pour se procurer Les Citadelles écrire à : Philippe Démeron, 85 rue de Turbigo, 75 003 Paris

Publié dans Prose

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Casse-tête

Publié le par la freniere


Nous sommes un casse-tête
encore tout mélangé.
On cherche l'impossible
sur la pointe des pieds.
On marche sur des oeufs
sans apprendre à voler.

Nous sommes une larme
tombée sur une page
qui se relève en mots.
On cherche la musique
dans le fouillis des bruits.
On écarte les ans
comme un noyé les vagues.

Nous sommes une marée
qui a le mal de mer,
une girouette folle
qui déteste le vent.
On cherche dans nos mains
les lignes évadées.

Nous sommes une maison
avec un lac dedans
plus vaste que le ciel.
On se cherche des rames
pour le canot du cœur.

Nous sommes un corps en location,
un cœur hypothéqué jusqu'au sang,
une âme à la consigne
qui a perdu la clef.
On cherche la sortie
avant même d'entrer.
On ne sait pas où commencer
mais la fin nous poursuit.

Nous sommes un tableau
qui veut sortir du cadre,
une soif d'absolu
sur un fétu de paille.
Appuyés sur l'abîme
nous remontons le temps
du silex aux écrous,
de la grotte aux écrans.

Nous sommes la douleur
dans les draps d'un lépreux,
la bohémienne enceinte
qui perd ses tarots
quand elle perd ses eaux.
On paie de vraie misère
la fausseté du fric
et du sang des enfants
l'adoration des dieux.

Nous sommes l'espérance
qu'on transforme en loterie.
On donne sans compter
tant de foutre au néant
et l'éclat du tonnerre
au murmure des choses.

Nous sommes un écho
qui a perdu la voix.
Nous ne partageons plus
à la fortune du pot
mais les balles dans le canon,
le linceul et la trique.
Les enfants brûlent eux-mêmes
leurs derniers cerfs-volants.

Nous butinons en vain
le pollen solaire
dans le champ des aveugles.
Il n'y a que du sang
sous la peau et les mots.
On traverse nos pas
sans toucher l'invisible.

Dans la prairie des pierres
on broute le désert
Nous questionnons le sel
en ignorant la mer.
Nous prenons du soleil
sans remercier le ciel.
Les mots que l'on retient
ne sont plus que des ombres.

On se lève au matin
surpris d'être vivants.

 




Publié dans Poésie

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Espérer (France)

Publié le par la freniere

Espérer, encore
Espérer, malgré
 
S'emparer de la lumière
comme d'un gouvernail
et appareiller pour l'autre
 
Nous avons tellement besoin
d'une grande fenêtre,
de mots évasés,
de gestes scintillants
 
Quand la ronde s'allume,
nous sommes tous là,
à éparpiller les doutes,
à tamiser la nuit
 
D'innombrables ressacs
battent sous nos paupières
 
Avant et après
sont enfin lisibles
 
Maintenant nous unit

Publié dans Poésie du monde

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À tous les reconduits (Guadeloupe)

Publié le par la freniere

Fils des murailles

Nous avons transporté les bosses du désert

Jusqu’aux portes du refus

La terre sous nos pieds déroulait ses frontières

Hissait des barbelés

Et refusait nos mains de pèlerins

Les passeurs cassaient nos âmes

Nos corps marqués au fer du soleil

Nos langues sèches de barbares errants

Et froidement tétaient l’argent de nos exils

C’est l’heure d’une folie douce

Nos genoux ont balisé l’enfer

Notre faim a mangé la poussière

Et nos silences ont grimpé la tour de Babel

C’est l’heure d’une folie douce

Là-bas

La ville amarre la misère

Le visage de l’épouse allume une feuille morte

L’enfant qui naît enjambe l’avenir

Là-bas la mort embarque les jours

Et les nuits dévorent la chair des étoiles

Nous sommes d’un long voyage

Un voyage d’ancêtres au cœur maigre

Un voyage de sauterelles affamées

Un voyage de pays sous perfusion

Un voyage d’ombres sans corps

Nous sommes de ce voyage

Où les nuits font contrebande de chair

Où les jours ont honte de leur soleil

Où les hommes quémandent le droit de respirer

Nous sommes de ce voyage

Nos yeux chavirent comme des pirogues blessées

Nos mains dénouent le nombril des vents

Et nul arbre n’accueille l’ombre de nos rêves

Partir n’est pas partir

Quand les murs sont vivants

Partir n’est pas partir

Quand l’oiseau est sans nid

Partir n’est pas partir

Quand la terre se cloisonne

Dans la peur des peuples

Nos pas effraient la tour Eiffel

Les capitales repues du sel des colonies

Les usines à chômage

Les bourreaux d’arc-en-ciel

Les bourses mondialisées

Et les marchands de peau

Nos pas dérangent la marche du monde

Nos pas vont en fraude supplier l’horizon

Ils ne savent pas ouvrir les monnaies de l’accueil

Et ils s’en retournent humiliés

D’avoir à retourner

Au seuil de nous-mêmes

Est-ce la peau qui refoule

Est-ce l’homme qui dit non

Nous sommes les arpenteurs du refus

Les déserteurs sans papiers

Les capitales ont tissé nos douleurs

Et leurs lumières sont des flocons de sang

Des feux rouges sans paupières

Des enseignes interdites

Insectes saisonniers

Nous jouons

A recoudre l’espace

Derrière l’incendie

Nous jouons des jeux de prisonniers

Le monde entier est notre prison

Et nous jouons nos vies

Au casino des riches

Voici venue la saison des fleuves vides

Voici venue la saison des barbelés

Voici venue la saison des marées humaines

Voici venue la saison des esclaves volontaires

Même le village a mangé son midi

Et nos villes drapées dans la poussière

Sortent des seins maigres comme des aiguilles

Ô pays !

Nous avions rendez-vous avec les pays du rêve

Avec une autre géographie

Avec les grandes puissances de l’or et de l’euro

Leurs villes sont des vallées de miel

Des cornes d’abondance

Et leur pain quotidien récite sa prière

A l’ombre des cathédrales

Nous n’avons rien à déclarer sinon la faim

la faim n’a pas de passeport

Nous n’avons rien à déclarer sinon la vie

la vie n’est pas une marchandise

Nous n’avons rien à déclarer sinon l’humanité

L’humanité n’est pas une nationalité

La misère ne passe pas

Passager clandestin

Elle retourne au pays

Nos sandales ont usé les nuits

Nos pieds nus ont écorché les dunes

La rosée pleurait une terre inhumaine

Et nos mains mendiaient une autre main

Les drapeaux ont peur de leurs promesses

Ils se sont enroulés comme des scolopendres

Notre soif est retournée au feu de notre gorge

Et la vie nous a tourné son dos

Tout homme qui s’en va défie l’entour

Dessouche une nation

Et lézarde une étoile

Et dans ses yeux grésillent une autre vie

Son feuillage est d’outre-mer

Quand tout au loin luit son désastre

Il fait troupeau vers les quatre saisons

Il fait tombeau aux bornages

O nègres marrons !

Ce sont forêts de béton et d’arbres chauves

Souviens-toi de l’enfant mort d’atterrir

En un seul bloc de froidure

Dessous le ventre de l’avion

Souviens-toi de sa mort d’oiseau gelé

Souviens-toi

Et toi reconduit

Econduit
Déviré

Jeté par-dessus bord

Taureau d’herbe sèche

Regarde toi passer sur ta terre

Les yeux baissés

Et sur la joue le crachat des nations

Ils ont faim du soleil

Mais le soleil a faim aussi

(Parole de poète)

Demande-toi où est ton lieu

Ton seul lieu d’accueil

Tu inventeras ta terre

 

Lamentin le 29 octobre 2006

 
Ernest Pépin
 

Publié dans Poésie du monde

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Le parfum d'être deux

Publié le par la freniere

Il manquait à ma vie ce que la tienne apporte. L’étrange odeur d’être seul a fait place au parfum d’être deux. Avec toi pour traverser l’hiver, la neige tombe en flocons de musique. Tu es une page d’eau dans un livre de soif. Ta voix qui veille dans mon rêve est celle qui m’éveille. Je ne trace plus de routes. Tout l’espace mène à toi. Nous embrassons la vie sur les lèvres. Nous caressons l’invisible du bout des yeux. Il faut être en amour pour voir ses couleurs. Toutes les routes semblent mener à toi. Tu es au cœur du monde. La tête contre ton sein, j’écoute la vie qui bat.


Je ne penche plus vers les ténèbres, je penche vers la vie comme une fleur de lumière. Tu es si belle. Laisse-moi rire dans ton cou. Laisse-moi chasser les vilains bruits du monde. Tu m’apportes la mer dans un panier de mots, la grammaire des vagues, l’alphabet des poissons. Je t’apporte l’automne dans le grain de ma voix, le rouge des érables, le pépiement des merles, l’accent des bûcherons. Je t’apporte la source en vélo de montagne. Nous habitons l’amour, une barque à l’envers, une tente invisible, un appentis d’oiseaux. Quand la musique est belle, je t’apporte les notes enveloppées de caresses. Ainsi font les sourciers qui sondent les portées.

Nous sommes ensemble malgré les kilomètres et là est l’essentiel. Les mots que je t’écris, j’ai hâte de les traduire en gestes. Je soulèverai ta robe au lieu de tourner les pages. Laisse-moi effacer les nuages noirs dans tes yeux, les anciennes blessures Je t’envoie la chaleur de mes mains parmi ces courtes phrases, les battements de mon cœur. Je t’envoie mon amour oblitérant l’espace, ma tendresse et ma joie. Quand tu m’appelles, même le vent s’arrête pour écouter ta voix. Mon loup gratte à la porte. Jalouse comme elle est, ma chatte fait la gueule. Les oiseaux t’accompagnent sur le rebord des branches.

J’irai vers toi à la nage, s’il le faut, à voyelles et à pieds, à cheval sur un nuage.
Yep! Yep! Nimbus. Galope sur tes sabots de pluie. Je m’en vais voir ma blonde. Je vais si loin quand je parle avec toi. Même le quotidien ouvre ses ailes. Ça sent le bonheur entre nos mots. Ça sent le sourire comme un bonbon au miel. Nos mots conduisent à la rivière, aux montagnes, aux étoiles. Aujourd’hui, j’ai dessiné tes bras sur un cahier de pivoines. J’ai copié tes mots sur un carnet de pierres, des galets bleus et blancs. J’ai peigné tes cheveux à même le ruisseau. Je t’aime en mangeant une pomme, en arrosant mes fleurs, en sciant mon bois, en écrivant ces mots. Je t’aimerai toujours dans chacun de mes gestes.

Le rêve tourne sur sa tige. Il regarde vers toi. Je frôle sur ta hanche l’arrondi de l’amour, la courbe du bonheur, l’arc-en-ciel des frissons, le mouvement des marées. Ta présence est remplie de tout ce que je veux. Tu es là où je suis. Je suis là où tu es. Tu as les yeux ouverts sur l’inconnu du monde. J’y regarde avec toi. L’eau coule entre tes cuisses comme une caresse. L’eau coule jusqu’au cœur. L’eau coule jusqu’au cri. Je suis une vague sur ta peau, une langue de mer léchant le corps de la plage. Je glisse sous ta porte ma silhouette de papier pour qu’elle devienne chair. J’ai plié sous ta peau tous les noms de caresse. Tu pourras les porter selon le temps qu’il fait.

Ta peau est douce comme le ventre des chats. Tu as des seins de jour au milieu de la nuit. J’aime qu’ils me courtisent. Entre deux phrases d’amour, je t’envoie des mots blancs enveloppés de baisers. Tu laisseras la chatte s’y faire les griffes, les olives y mûrir. Ma main cherche la sève sous l’écorce, ton ventre sous l’étoffe. Tu me demandes souvent :
À quoi tu penses ? Je te réponds : Je pense à toi. Je ne pense qu’à toi. Je touche avec tes yeux les couleurs invisibles. Toutes tes images ont un vent de fraîcheur. J’entends les fleurs boire dans tes mains. J’ai hâte de te revoir, te toucher pour vrai, embrasser ta chaleur. Ici, les arbres me crient des noms. Où as-tu mis ta blonde ? On s’ennuie d’elle, me disent-ils en colère. Mon loup te cherche dans mes yeux.


Tu as vu les étourneaux. Il y a du soleil dans leurs yeux. Il y a du bonheur sur ta joue, un léger courant d’air sur ta peau. Je le sens jusqu’ici. Toutes mes images sortent du cadre. Mes mots sautent par-dessus les antennes pour aller te rejoindre. Il y en a qui s’habillent en oiseaux, avec un goût d’érable, des fleurs avec des ailes, des consonnes en concert. Je rejoins la naissance du monde dans les vagues de ton corps. Nous nous accompagnons sans fin comme des inséparables, si bien qu’on ne sait plus quels pas sont les tiens, quels pieds sont les miens. Tu détiens plus de moi que ce que j’en possède.

Je prends ta main comme la branche prend la sève, comme la flamme s’allume, comme la graine s’étale en corolles odorantes. Je pense à toi avec les doigts d’un musicien, la caresse des vagues, la transparence de l’aube. Lorsque la chatte me regarde, je te cherche dans ses yeux. Tu m’indiques le chemin de la source. L’eau et la terre m’ouvrent leurs sens. Je me transforme en vagues pour être de la noce. Je fais briller mes mots comme des poissons de lune. Tu as détricoté retricoté mon cœur pour le rendre plus juste. Ses mailles s’assortissent aux couleurs du ciel. Ses battements s’accordent aux pulsations de l’eau.

Ta main nourrit la mienne comme un long pain d’amour. Laisse tes doigts de rosée sur mon écorce brune. Je te dirai ce oui qui colore la vie. Laisse-moi toucher tes mots. Ils sentent la menthe et le thé vert. Il fait tiède sans toi. Les petits suisses te cherchent le long des noisetiers. Je te tiens dans mes bras. Tu es légère comme un fil et pourtant je tiens tout l’univers. Je t’écris en caresses les pages qui manquaient au livre de ma vie. Mon sang, je le veux semblable au tien, ma tendresse et ma colère aussi. Laisse-moi soigner ton âme dont la mienne est la tige. C’est en cherchant la source que les ruisseaux se forment. L’amour est cette ligne mouvante où nos corps se rencontrent.

Publié dans Prose

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Anthony Phelps

Publié le par la freniere

Anthony Phelps, poète, romancier et diseur, est né à Port-au-Prince, Haïti, le 25 août 1928. Après des études de chimie et de céramique aux États-Unis et au Canada, il se consacre surtout à la littérature.

En 1961 il fonde – avec les poètes Davertige, Serge Legagneur, Roland Morisseau, René Philoctète et Auguste Thénor – le groupe Haïti Littéraire et la revue Semences. Il met sur pied et anime la troupe de comédiens, Prisme, et réalise des émissions hebdomadaires de poésie et de théâtre à Radio Cacique, dont il est cofondateur.

Il publie trois recueils de poèmes, et collabore à divers journaux et revues.

Après un séjour dans les prisons du docteur-dictateur-à-vie, Anthony Phelps est contraint de s'exiler.

Établi à Montréal en mai 1964, il y fait du théâtre – scène, radio et télé – puis du journalisme. Il participe à la narration de plusieurs films.

Il réalise et produit une dizaine de disques de poésie de poètes haïtiens et québécois.

Plusieurs fois boursier du Conseil des Arts du Canada (bourse de création libre), il a obtenu, deux fois, le Prix de Poésie Casa de las Américas, Cuba.

Le 2 février 2001, Anthony Phelps reçoit du Ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration (du gouvernement du Québec) une plaque en hommage, à l'occasion du forum « Encre noire, littérature et communautés noires ».

Son œuvre, soit une vingtaine de titres, est traduite en espagnol, anglais, russe, ukrainien, allemand, italien, japonais et certains de ses livres figurent au programme des études françaises de plusieurs universités des États-Unis dont : Princeton, Saint Michael's College (Vermont) et Iowa State University.

En 1985, après vingt ans de service à la Salle des nouvelles TV de Radio Canada, il prends une retraite anticipée pour se consacrer entièrement à l'écriture.


pour écouter: real.webnext.com/ramgen/ileenile/audio/phelps_monpays02.rm

Bibliographie:
Poésie:

Été. Couverture et illustrations de Grace Phelps en collaboration avec l'auteur. Port-au-Prince: Impr. N. A. Théodore (Collection "Samba"), 1960.

Présence; poème. Illustrations de Luckner Lazard. Port-au-Prince: Haïti-Littéraire,1961.

Éclats de silence. Port-au-Prince: Art Graphique Presse (Collection Haïti-Littéraire), 1962.

Points cardinaux. Montréal: Holt, Rinehart et Winston, 1966.

Mon pays que voici. Suivi de: les Dits du fou-aux-cailloux. Honfleur: P.J. Oswald, 1968. Mon pays que voici (nouvelle édition : introduction de l'auteur, album photos et annexe). Montréal: Mémoire d'encrier, 2007.

Motifs pour le temps saisonnier. Paris: P. J. Oswald, 1976.

La Bélière caraïbe. La Habana, Cuba: Casa de las Américas, 1980; Montréal: Nouvelle Optique, 1980.

Même le soleil est nu. Montréal: Nouvelle Optique, 1983.

Orchidée nègre. Montréal: Triptyque, 1987.

Les doubles quatrains mauves. Port-au-Prince: Éditions Mémoire, 1995.

Immobile Voyageuse de Picas et autres silences. Montréal: CIDIHCA, 2000.

Femme Amérique. Trois-Rivières / Marseille: Écrits des Forges / Autres Temps, 2004.

Une phrase lente de violoncelle. Montréal: Éditions du Noroît, 2005.

Romans:

Moins l'infini, roman haïtien. Paris: Les Éditeurs Français Réunis, 1973; Montréal: CIDIHCA, 2001.

Mémoire en colin-maillard. Montréal: Éditions Nouvelle Optique, 1976; Montréal: CIDIHCA, 2001.

Haïti ! Haïti ! (avec Gary Klang). Montréal: Libre Expression, 1985.

La Contrainte de l'inachevé. Montréal: Leméac: 2006 ; La Roque d'Anthéron (France): Vents d'Ailleurs (à paraître).

Théâtre:

Le conditionnel. Montréal: Holt, Reinhart et Winston, 1968.

Une quinzaine de pièces radiophoniques. Radio Cacique, Haïti, 1961-64.

Contes pour enfants:

Et moi, je suis une île. ("Moly, le petit poisson rouge"; "La poupée à la chevelure de soleil"; "Et moi, je suis une île"; "La roue vagabonde.") Montréal: Leméac (Collection Francophonie vivante), 1973.

Autres publications:

Paul Laraque, vingt ans sous les drapeaux entre Marx et Breton. (Entretiens) Montréal: Productions Caliban, 2004.

Image et verbe. (Trente collages de Irène Chiasson, accompagnés de poèmes de François Piazza, Anthony Phelps, Yves Leclerc, Raymond Charland. Préface de Robert Klein.). Longueil: Image et verbe éditions, 1966.

D'une lettre à l'autre. Abécédaire. Poèmes et illustrations de 28 poètes et 28 peintres. Trois-Rivières: Presse Papier et Écrits des Forges, 2005.

Joutes internationales Pixel. Coffret de poèmes et dessins réalisés par 10 poètes et 10 peintres lors du Festival international de poésie de Trois Rivières 2003. Trois Rivières: Presse Papier, 2005.

Discographie:

Réalisation et interprétation sous étiquettes: Les Disques Coumbite et Les Productions Caliban

Mon Pays que voici, poème d'Anthony Phelps dit par l'auteur. Montréal, 1966; disque CD 2000, 2005.

Les araignées du soir, poème d'Anthony Phelps dit par l'auteur. Montréal, 1967.

Terre-Québec. Poèmes de Paul Chamberland. Montréal, 1968.

Pierrot le Noir. Poèmes de Jean-Richard Laforest, Émile Ollivier, Anthony Phelps. Avec des chansons de transition de Toto Bissainthe. Montréal, 1968; disque CD 2005.

Motifs pour le temps saisonnier. Textes d'Anthony Phelps. Montréal, 1975.

Raymond Chassagne dit par Anthony Phelps. Musique de transition: Claude Dauphin. Montréal, 1975.

Anthony Phelps. Poésie/Poesia. Palabra de esta América. La Havane: Casa de las Américas, 1979.

Poètes d'Haïti. Raymond Chassagne & René Philoctète. Montréal, 1982.

Quatre Poètes d'Haïti: Davertige, Legagneur, Morisseau, Phelps. Montréal, 1982.

Orchidée nègre. Textes d'Anthony Phelps. (Cassette) Montréal, 1992.

Paroles vives. Textes de Georges Castera. (Cassette) Montréal, 1993.

Les beaux poèmes d'amour d'Haïti-littéraire dits par Anthony Phelps (Davertige, Legagneur, Morisseau, Philoctète, Phelps). CD. Pétion-Ville, Haïti, 1997.

La poésie contemporaine d'Haïti. Trente-quatre poètes. CD. Pétion-Ville, Haïti, 1998.

Incantatoire, poèmes de Raymond Chassagne dits par Anthony Phelps et Boris Chassagne. Musique d'Oswald Durand. Montréal, 2003.

Films et vidéos:

Aube noire. film, 20 min. Montréal: InformAction, 1980.

Planète créole. Vidéo, 30 minutes. (Série 1366 N° 004) Montréal: Radio Québec, 1980.

Planète créole. Vidéo, 30 minutes. (Série 1366. N° 006) Montréal: Radio Québec, 1980.

Et négriers d'eux-mêmes. Film, 57 minutes. Montréal: Productions Pierre Nadeau, 1981.

Mercenaires en quête d'auteurs. Film. 87 minutes. Montréal: Productions InformAction, 1981.

Zone de turbulence. Film, 80 minutes. Montréal: Productions InformAction, 1985.

Spécial Anthony Phelps. Vidéo, 60 minutes. Télé nationale d'Haïti. Septembre 1986.

Les îles ont une âme. Film, 29 minutes Montréal: Productions InformAction, 1988.

L'homme qui plantait des arbres. Film d'animation de Frédéric Bach. 29 minutes. Productions ONF/Radio Canada. Version créole: Montréal: InformAction, 1990.

 
 

Ne révèle pas nos mots de passe

(À Claudia, merveilleuse guide)

Je suis Venise blanche Venise.
Ô blonde oblongue femme
chroniqueuse de silhouettes
en trompe l'œil et attrapes.
Aucun dit mensonger
ne transmutera mes ors
en cuivre
algue ou calcaire.

Tu circules innocente et cendrée
dans mes blanches ruelles
ravives de tes lèvres
rotules et crânes
tessons prisons
de très ancienne barbarie.
Ta main gantée recueille flocons
et dessine sur mes pierres des noms de lieux.

Garde-toi bien de révéler nos mots de passe.
Ne traduis point pour étrangères oreilles
les soupirs de mes ponts.
Brouille les traces de tes pas
bien que la neige bavarde ne garde aucun secret.

Femme blonde
détentrice du mystère des asphodèles
la parole de l'aîné caraïbe
se refait gamme nouvelle.
Se mêlera-t-elle
aux dits de mes nombreux poètes ?
Portera-t-elle plus loin le couchant de l'Histoire ?

Quand tu t'avances consciente de ton rythme
et le berçant de la mathématique
du professeur critique
quand tu procèdes sur ma mémoire
et la lissant de ton talon
les regards s'illuminent sous le pont des voyeurs.

Femme blonde
guide de mes beautés
sous la boiterie de mon hiver
si tu es corde non pour te pendre
je suis archet pour te jouer.

Et chaque fois
que l'affection coule ses notes
dans la rousseur de Vivaldi
je t'inscris dans le silence
où ma musique refait sa pause.
Venise suis-je.
Blanche de neige.
Blanche tu es sous ton blond vénitien.

 
Mon pays que voici

Je continue ô mon Pays ma lente marche de Poète
à travers les forêts de ta nuit
et le reflet de la Polaire
parmi l'essence et la sève
dénombrant sous l'écorce les cercles de l'aubier
Entre la liane des racines
tout un peuple affligé de silence
se déplace dans l'argileux mutisme des abîmes
et s'inscrivant dans les rétines
le mouvement ouateux a remplacé le verbe
La vie partout est en veilleuse

Le ciel s'est oxydé l'amour passé au laminoir
Il a poussé des champignons sur les étoiles
et la nuit sent le renfermé
Et nos doigts sont tranchants comme des lames
coupant le geste au ras de l'épiderme

En nous : nos veines au sang tourné
Sur nous : le cataplasme de la peur
et sa tiédeur gluante
et notre peau fanée doublée de crainte
comme un habit trop ample
bâille sur des vestiges d'homme

Semaine sans dimanche
Le maïs : sec comme la pierre
Le pain : tout en croûtons qui blessent
Les maisons closes les rues les places
livrées au vent
Et les fidèles de la résignation
agenouillés dans les églises

La vie partout est en veilleuse
La vie vécue à la campagne
La vie vécue à la grand'ville
La vie au bord des tables
Le long des sources
La vie vécue à l'ombre des églises
La vie vécue à l'ombre des houmforts
dans le mystère et la fumée des rites
La vie dans les chaumières
la vie dans les villas
la vie entre les draps
ou sur la paille humide
la vie vivante
la vie présente
partout la même
la vie partout est en veilleuse

Ô mon Pays si triste est la saison
qu'il est venu le temps de se parler par signes
Le langage des yeux s'enrichit chaque jour
un geste de la main dit plus long qu'un discours
et pour rêver ma vie au tranchant du sommeil
à la doublure de ma taie
j'aurais cousu mes épisodes les plus beaux
mais l'amour même est triste
les escarres de la souffrance écailleraient le rêve

Immobile comme un pieu enfoncé dans le sable
je porte en moi la densité de la nuit
et les insectes font l'amour sur mes mains inutiles

Ah!... quand éclatera le bourgeon sous le poids de
l'abeille
Je veux entendre le sang de ma Terre
marcher dans les caféiers aux fleurs blanches
Je veux entendre geindre le vent blessé dans les cannaies
coupantes sont les feuilles de la canne à sucre
Quand donc viendra cette heure
où nous irons amorcer le soleil
où le baiser justifiera nos lèvres

Ô mon Pays si triste est la saison
qu'il est venu le temps de se parler par signe

Anthony Phelps

Publié dans Les marcheurs de rêve

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La langue au chat

Publié le par la freniere


Je suis resté l'enfant

à la recherche de l'homme.
Je n'ai trouvé qu'une ombre.

Ne donne pas l'heure au temps
au milieu des décombres.Donne ta langue au chat,
au plaisir et aux choses.

Donne la faim aux riches

et le bonheur aux pauvres.

Laisse aux feuilles d'automne

le vertige des arbres.

Laisse aux morts la mémoire

de ceux qui vivent encore.

Laisse la corde au pendu,

son espoir à l'enfant,

àl'homme son enfance.


Donne à boire à la source.




Publié dans Poésie

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