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La terre sous les pas

Publié le par la freniere

Le maçon, au fond de lui, sait bien que la brique envie les cailloux du ruisseau, la terre sous les pas et les châteaux de sable. Pourquoi lancer des pierres, des pavés dans la mare ? Il est si simple de s’adosser au rocher pour écouter le vent.

Pour la parole des fleurs, les mots sont des barreaux. J’essaie d’en faire des barreaux d’échelle, des branches de coudrier pour les chercheurs d’eau, des béquilles sonores pour les enfants muets, des lignes à pêche pour les marins du rêve, des attelles pour la roulotte du cœur.

Chaque matin, le ciel nous attend dehors. Trop souvent, nous changeons de trottoir pour ne pas lui parler. Le travail nous appelle. Nous écouterons les dernières nouvelles au lieu d’aimer la vie. J’appréhende le jour où le ciel, fâché, nous laissera sans lumière.

Quand je trébuche sur la route, je me raccroche à la main du vent, aux bras des arbres, à la voix des cigales. Les taches de boue sur les souliers sont des caresses de la terre. Les gouttes de pluie sont des baisers. La nature nous aime beaucoup plus qu’on ne le croit.

Quand passent les outardes, une partie de moi s’envole vers elles. Le reste continue à creuser ses racines. Le pays que j’habite à la grandeur d’une page. C’est le cœur de ceux que j’aime. Le crayon n’y laisse pas d’ornières mais des routes plus vastes, de plus en plus vastes.

Publié dans La terre sous les pas

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La terre sous les pas 2

Publié le par la freniere

Le petit matin pointe son museau sous les fougères. Il boit un lait nouveau. Un papillon s’éveille sous le poing au repos. Un oiseau chante quelque part. Malgré les taches qu’on lui laisse, la blessure des ornières, la route allège la douleur de nos pas.

Même au pire du silence, les mots me tirent par la manche. Ils m’emmènent ailleurs, me prennent pour un oiseau, me mettent en garde contre les mots qu’on nous impose. Je dois voler avec des pierres aux pieds, un arbre sur le dos, des étoiles dans les yeux. L’oiseau se cache dans son vol pour nous montrer le ciel. La bête se terre dans son trou pour nous laisser passer.

Je poursuis sans relâche le vol d’un oiseau, l’affluent d’une main dans la mer des gestes, les battements du cœur qui agitent la langue. On me reprochera toujours de ne pas travailler. Je le fais comme un arbre qui médite ses feuilles. Je garde les mains libres pour tenir un crayon.

La voix de l’ange qui surgit dans le son des guitares et le bruit des marteaux, ne laisse sur ma table qu’une poignée de mots. Je dois sans cesse faire le tri, départager le centre de la périphérie et l’arc-en-ciel de la pluie. Lorsque les mots se touchent, ils forment une main.

Ça prend beaucoup de mots pour bâtir un silence, beaucoup plus qu’un poème. Je dois avoir l’air d’un idiot à me parler tout seul, à faire les cent pas dans ma voix. Je sais bien pourtant que les pierres m’écoutent. Elles me répondent quelque fois. Familier des orties, j’écris avec du sang et des épines, de la sève et du bleu. Je crois aux miracles, celui de boire de l’eau ou de manger une pomme, celui d’aimer et de le dire.

Il y a tout dans la voix d’une mère : une maison, du lait, du pain, du rêve, des berceuses, des bruits utiles, des pas d’enfant, des mots venus de loin. Les herbes tout autour ont fini par m’adopter. Je me suis fait une famille végétale. J’apprends le thym et le lilas. J’ai pris le parti des ombelles contre celui des parapluies. Là où les saisons alternent sans même se consulter, la vie des éphémères se conjugue à l’entêtement du lierre.

 

Publié dans La terre sous les pas

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Pour un peintre les problèmes qui se posent ne précèdent pas les solutions. Ils naissent de l’œuvre, avec elle.

Pierre Soulages

Publié dans Ils ont dit

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Index des travaux du vent (Arabe)

Publié le par la freniere

J'ai écrit mon identité
A la face du vent
Et j'ai oublié d'écrire mon nom.

Le temps ne s'arrête pas sur l'écriture
Mais il signe avec les doigts de l'eau

Les arbres de mon village sont poètes
Ils trempent leur pied
Dans les encriers du ciel.

Se fatigue le vent
Et le ciel déroule une natte pour s'y étendre.

La mémoire est ton ultime demeure
Mais tu ne peux l'y habiter
Qu'avec un corps devenu lui même mémoire.

Dans le désert de la langue
L'écriture est une ombre
Où l'on s'y abrite.

Le plus beau tombeau pour un poète
C'est le vide de ses mots.

Peut être que la lumière
T'induira en erreur
Si cela arrive
Ne craint rien, la faute est au soleil

Adonis


Publié dans L'Orient - Le Jour du 12 mars 1998 et traduit de l'arabe par Francois Xavier

 

Publié dans Poésie du monde

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Bohuslav Reynek

Publié le par la freniere


Bohuslav Reynek est inconnu en France, et seul le livre fervent et vibrant de Sylvie Germain " Bohuslav Reynek à Petrkov" et la longue contemplation de ses gravures sur des sites tchèques, nous aurons amené vers ce poète secret et fondamental, à jamais fusionné avec sa Bohême des hautes terres, celles de Vysocina. Il était aussi comme Bruno Schulz un graveur, et également un traducteur émérite des poètes français (Claudel, Corbière, La Fontaine, Hugo, Verlaine, Bernanos, Giono, Francis Jammes,...) et allemands (Trakl surtout, pourtant si éloigné de son paysage mental, et Georg Heym). Il aura également mis en images et traduit sa femme Suzanne Renaud (Lyon, 1889 — Havlíckuv Brod, 1964).

 


les dernières oies
ont laissé leurs empreintes
sur la première neige

le dernier arbre roux
suspend ses anneaux
sur la rive blanche

la face du couchant
s'empourpre d'angoisse

l'ange de l'avent
emporte dans la nuit
les griffes de la forêt

(traduction Xavier Galmiche)
 
L'idiot (version numéro 2)
 

dans mon village, je suis l'andouille,
les chiens tristes savent qui je suis:
les chiens blancs dormants;
divaguant loin des autres;
jamais les enfants ne passent par la trame
ils me demandent de rester à distance,
ils sont des nuages-chien,
ils courent et ne geignent pas.

C'est ainsi pour nous la tristesse nous avale,
là où nous sommes en train d'aller, anonymes;
bénissez mon âme,
Vous l'ancien Berger,
par les dons inexplorés
par la lune et le sommeil dérangés
avec des épines sur votre tête,
votre tête si lourde, frappée et encore frappée
juste comme un coeur.

Amen.

Dans une émission de Radio Prague on posa cette question : Pourquoi avez-vous choisi Bohuslav Reynek, ce personnage bizarre, un homme solitaire, qui vivait loin du monde dans une ferme perdue au milieu du Plateau tchéco-morave ?

A cette question Sylvie Germain a répondu ceci :
Mais pour toutes ces raisons. Je trouve que ce sont déjà de très bonnes raisons. Mais surtout pour son oeuvre que je trouve magnifique et très originale. C'est l' oeuvre de quelqu'un d'une totale intégrité, d'un immense courage. C'est cela que j'aime finalement. Je trouve que les plus belles formes de courage et d'héroïsme, ce ne sont pas les flonflons militaires ou des grandes expositions de la bravoure, mais c'est souvent ce qui se joue dans l'ombre. Et Reynek était un homme de l'ombre, c'était un homme infiniment discret, qui portait, comme illuminé, toute sa vie une foi profonde; il y avait une dimension mystique dans la foi de Reynek. Il a traversé une des pires périodes qui soit, la guerre, l'occupation des nazis et puis le communisme. Il a vécu cette période avec sa femme, la poétesse française Suzanne Renaud qui a été assez brisée par tout cela. Je trouve que l'oeuvre qu'il a créée, à l'aube, avant d'aller nourrir ses cochons, assis près de sa grande poêle en train de graver avec vraiment les moyens du bord, il n'avait presque pas de matériel, il était assez autodidacte dans ce domaine-là, c'était vraiment une manière chez lui de traduire ce qu'il y avait de plus profond en lui, donc une oeuvre extraordinaire, que ce soit le cycle de « La Passion », que ce soit le cycle de « Don Quichotte de Cervantes », ou sa poésie. Pour moi, il y a beaucoup de ce que l'on peut appeler, je me méfie des grands mots comme l'âme tchèque, mais disons de l'esprit de ce pays, peut-être. En tout cas, j'ai été extrêmement touchée par cette oeuvre. Alors même que mon niveau de tchèque était misérable, un jour en lisant un livre de Reynek, quand j'habitais encore Prague, dans les samizdats à l'époque parce qu'il était interdit de publication, j'ai été extrêmement touchée, j'ai même senti qu'il y avait une sorte de consonance avec l'oeuvre d'un autre poète que j'adore, le poète autrichien Georg Trakl. J'ai appris après d'ailleurs qu'il avait traduit Trakl. Donc, vous voyez, c'était comme s'il y avait une force qui permettait par la douceur même de la musique de Reynek à une étrangère comme moi avec une connaissance minime de la langue, d'y être sensible."

Alors pourquoi Reynek maintenant ? Parce qu'hélas la situation de Reynek en France ne s'est pas améliorée et sans le travail entrepris par sa femme Susanne Renaud et de ses fils, plus rien ne subsisterait en langue française. Il importe donc de parler de Reynek, Reynek le poète, l'écrivain, le graveur. On trouve une hauteur mystique qui rappelle les films d'Andreï Tarkovski.

 
 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

On se découd comme on se coud, avec du fil à retordre. 

Publié dans Aphorisme du jour

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Savoir

Publié le par la freniere

Prendre conscience collectivement que nous sommes des humains vivant sur une sphère qui tourne dans le vide intersidéral, ce que nous font sans cesse oublier les constructions, les organisations hypersophistiquées, les différents conforts liés aux mégapoles dans lesquelles nous vivons et vivrons de plus en plus, et qui nous masquent littéralement notre condition réelle, au point que nous nous étonnons des cyclones, tremblements de terre, éruptions volcaniques, trombes d’eaux et sécheresses. Savoir que nous ne sommes nullement maîtres et possesseurs de la nature mais posés dans sa grande main qui fait de nous ce qu’elle veut. Accepter une fois pour toutes que nous représentons une espèce vivante parmi les autres espèces dont nous sont venues notre langue et notre musique. Aimer ces autres espèces, les respecter, ce qui nous fera nous aimer de surcroît.


Jocelyne François
 La nourriture de Jupiter, Mercure de France

Publié dans Glanures

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Les arbres que l’on coupe nous pardonnent en nous donnant du feu.

 

Publié dans Aphorisme du jour

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Esprits nomades

Publié le par la freniere

Beaucoup des commentaires de la rubrique Marcheurs de rêves sont extraits du blog de Gil Pressnitzer, Esprits nomades.

C’est l’un des plus riches sur le net. Je vous invite fortement à le consulter.

 
 
 

Publié dans Glanures

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Paroles indiennes

Publié le par la freniere

Bien des peuples méprisent les nomades. Pourtant, ils sont nomades eux aussi, car, à l'heure de sa naissance, le nouveau-né ne sait pas d'où il vient, et à l'heure de sa mort le vieillard non plus ne sait pas où il va.

Jean-Marie Kerwich
poète gitan

Publié dans Paroles indiennes

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