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Un calice

Publié le par la freniere

Seul un calice rempli de larmes
a l’éloquence du discours
quand il parle de la grandeur humaine.

 


 

Qui donc encore a conscience
de l'opulence indécente
quand des enfants meurent de faim?

 

Je sais que "beauté" est un mot païen
qui se décline en cris de cœur.

 

Je viens de la lumière intérieure du verbe et des choses.
Je viens d’une lumière originelle
que la matière cache
à l’insignifiance de l’œil humain.

 

Je viens de la lumière matrice
qui articule l’atome pour donner la vie.
Je viens d’un seigneur de sang lointain.
Je viens de mes pères et du chemin.

 

Je sais l’impertinence de la conscience
dans un monde de calcul.
Je sais l’indispensable mutation
et le retour à la lumière.

 

Je sais que la Beauté
est toujours une prière.

 

Jean-Michel Sananès

 

 

Publié dans Jean-Michel Sananès

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Les poupées russes de l'imaginaire

Publié le par la freniere

(...)

À l'arrivée des pesticides, des milliers d'insectes sont morts, des espèces entières d'animaux. Avec la disparition des abeilles, les hommes aussi disparaîtrons. Aveugle comme une taupe dans la boue sémantique, je cherche la lumière. Je m'accroche au papier griffonné à la hâte, aux pages gribouillées à l'encre pathétique, à ce léger pincement dans la cage thoracique. Il faut écrire plus près du cœur de l'homme que des effets de manche et des éructations médiatiques. La parole, parfois, s'avère être la bouche même des blessures, l'ourlet des cicatrices, les petites lèvres du pubis s'ouvrant avec la vie. L'embonpoint de la prose fait craquer toutes les coutures du texte dans l'étoffe des êtres.

Lorsque tout se déglingue dans ce monde de merde, on se dispute les restes: divers détritus, déchets nucléaires, pistons rouillés, tripes éventrées, guenilles souillées d'essence, affiches décolorées, cadavres de chat, fœtus avortés, pantins cassés, chevaux de bois, cerveaux patraques, simulacres en plastique... Toutes les vitrines reflètent la même viduité. Les chiens sont mieux traités que les pauvres, les sans nom, les sans papiers. Mon écriture vit d'imperfection. Mes phrases boitent de plus en plus. Écrasé par le temps, je suis comme un insecte dans une foule obèse. J'ai laissé toutes mes billes dans le grand sac de l'enfance. Je vois jaillir le sang sur les cendres encore chaudes. Nous sommes toujours à quelques jours avant la fin du monde. La mort penche du côté des vivants comme une ombre portée. Les rêves se mêlent aux cauchemars comme les pneus à la boue, y creusant des ornières, arrachant les œillères, mordant la chair du temps. La mémoire et l'oubli se sont donné la main. On est si peu de chose face à l'ubiquité. Elle a bonne mine l'espérance avec ses loques de pantin. L'obsolescence des choses entraîne celle des hommes. Il faut du temps pour vivre.

Dans la maison du corps ou les maisons hantées, des fantômes éternuent, probablement les mêmes. Les morts survivent aux vivants. La pluie ressemble à une lettre ouverte dont les mots tombent en vrille. Chaque paragraphe est une peau greffée sur la page, chaque phrase une cicatrice de mémoire. À toutes les questions, les mots cherchent à répondre. Dans quelle terre de malheur mon crayon fouaille-t-il, quel cendrier trop petit pour l'incendie du monde? Combien faut-il de verres pour digérer la haine? Combien de miettes pour les oiseaux? Je ne suis pas un romancier. Mes textes n'ont ni début ni fin, ni personnages ni histoires. J'écris dans le présent des émotions et des images. J'avance sur des sables mouvants avec des phrases aux pieds pour ne pas m'enliser.

Certains jours, un sac en papier kraft peut contenir le monde. Certains autres, un rien suffit pour le remplir. Certains jours, le monde apporte son démenti à l'espérance. Certains autres, notre attente se nourrit de la vie. Les bêtes sucent des pierre chargées de magnésie. L'homme tète le fer des épinards pour fortifier son corps. On cherche tous des remèdes à la mort. La vie nous quitte cent fois par jour et nous revient plus amochée, traînant ses pieds dans un bourbier, les mains pleines de cambouis, une balafre sur la joue. Les ordures quelque fois infectent mon langage semant des sacres, des injures et des hosties toastées des deux bords émaillant la parlure. On ne retient du monde qu'un passé dérisoire. On rêve d'amadouer la mort avec des bouts de ficelle, prendre la vie à bras le corps, embrasser l'infini sur une bouche aimée.

Je me suis lancé dans l'écriture de ces carnets sans la moindre idée d'en faire un livre, pour le simple plaisir de voir diminuer la blancheur des pages. J'espérais trouver des mots qui fassent corps avec ma vie. Je n'ai trouvé que des phrases amputées du réel. Contre la violence qui nous entoure et nous cerne de partout, je n'ai trouvé que des pattes de mouche à opposer, des ratures, des biffures, des pâtés d'encre noire, des lambeaux d'alphabet, le goût syllabique des phrases dans la bouche, les poupées russes de l'imaginaire.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Quand un enfant...

Publié le par la freniere

quand un enfant blessé se prend pour un navire
et regarde la mer de son lit de poussière
quand le filin des jours vous glisse entre les doigts
quand le vent tient ouverts même les yeux des morts
quand les pierres se détachent de nos années perdues
quand la douleur ressemble à quelqu'un qui approche
alors on aimerait bien pour mourir l'un à l'autre
trouver une maison où l'on oserait vieillir

Tristan Cabral

Publié dans Tristan Cabral

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Le pont

Publié le par la freniere

Hier, en roulant vers Montréal
sur le pont Champlain,
je pensais à mon grand-père Robert qui,
à l'époque où l'on a construit ce pont,
avait le même âge que moi actuellement,
et je regardais les piliers du nouveau pont
qui émergent du fleuve
dans la rencontre fertile
entre l'ingénierie humaine
et la force ouvrière d'un peuple,
et je réfléchissais au fait qu'un jour,
un de mes petits-enfants
allait pouvoir se dire:
"Grand-papa a été témoin
de la construction de ce pont;
il l'a vue, de ses yeux vue",
et cette simple pensée,
cette perspective en apparence si banale,
a suffi à me nouer la gorge
et à me mouiller les yeux,
et c'est une goutte du Saint-Laurent
que j'ai essuyée sur ma joue,
une goutte de cette même eau
qui a si souvent connu le gel et le dégel
au fil des siècles,
cette même eau qui a coulé
et qui coulera encore
sous les ponts,
cette eau qui a abreuvé mes ancêtres
autant qu'elle abreuve aujourd'hui
mes contemporains,
et tandis que j'arrivais sur l'île,
je me suis dit qu'en fait,
un pont ne reliait pas que les rives
mais aussi les générations,
et qu'en le traversant,
on ne franchissait pas qu'un cours d'eau,
mais aussi
le cours du temps...

 

Jean-François Carrier

Publié dans Poésie du monde

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Sur le fil du temps

Publié le par la freniere

à Tristan Cabral, poète funambule

L'homme tu ne le connaîtras
qu'au bord du chemin
en partageant un repas de mûres
ou bien en titubant d'ivresse
le long de ce même chemin
qui semble n'avoir pas de fin
l'homme jamais comblé
qui t'appelle et te presse
te défie et t'envie
te trahit et t'oublie
il se courbe l'homme
quand il est triste
parfois il demande pardon
mais il est presque toujours trop tard

L'homme tu ne le connaîtras
qu'au bord d'un précipice
acculé par un ennemi invisible
qui n'est autre que lui-même
ou plutôt tu ne le reconnaîtras
qu'après avoir traversé sa nuit
comme une étoile filante
révélant rêves et désirs inavoués
il a mal à sa vie l'homme
son silence pèse lourd parfois
et les questions qu'il ressasse
finissent par former des noeuds
dans sa gorge serrée de solitude
où les mots d'amour ne coulent plus …

André Chenet, mars 2018

 

Publié dans Poésie du monde

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Je m'interroge

Publié le par la freniere

Ce matin, je lisais dans un journal qu'une personne du Conseil Européen avait été dispensée de sa peine bien qu'impliquée dans une affaire d'escroquerie, alors qu'un homme qui mendiait dans le métro a eu une amende de 200 Euros à payer !

Le gouvernement allège les impôts des riches, organise des passe-droits, se nourrit grassement, commerce des armes, et ponctionne les pauvres !

Une personne aide une migrante à accoucher, d'autres donnent des couvertures et de la nourriture aux sdf par des températures négatives et, taxés d'illégalité, finissent en garde à vue !

Hier soir, aux informations télévisées j'apprenais avec stupeur qu'il suffisait de se servir d'un tutoriel trouvé sur le net pour apprendre à écrire et devenir un auteur reconnu, et cet auteur était le seul dont parlait le Journal pour représenter l'ensemble du Salon du Livre qui se tient actuellement à Paris !

Deux personnes sont mortes aux Urgences par manque de lits et de prise en charge sans que cela provoque une plus vive émotion que ça… Des écoles de campagne vont être fermées sans que la population ne s'en émeuve vraiment…  

Et, parlant de ces choses-là glanées au hasard de ce que la Presse veut bien relater, sans doute suis-je encore bien en deça d'une réalité abjecte dans laquelle nous baignons et que nous acceptons chaque jour argent comptant comme des oies bien gavées.

En sommes-nous donc arrivés à ce point de débilité mentale, d'absence d'humanité et de mort des consciences qui fait de l'humain un imbécile et un indifférent ? "Est-ce ainsi que les hommes vivent ?", disait déjà Aragon et chantait Léo.

Et, "Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront noir ou blanc" annonçait déjà Jean de La Fontaine…

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Nord

Publié le par la freniere

Levant ni betterave
ni sang,
rouge rose-de-mer.

J’ai amplifié mes battements de cœur
mille fois,
les bêtes au départ intriguées
ont ensuite convenu que j’étais
un autre tonnerre humain.

Tandis que je parlais direct à dieu
mon attention a lentement décru.
J’ai tant de choses en tête.

Je me suis entraîné
à me faire aussi fort
que l’eau.

Après toutes ces années
à retenir le monde entier
je le laisse maintenant rouler à flanc de colline
et sombrer dans le fleuve.

Un arbre en appelle
toujours un autre,
lorsque je foule encore
cette terre non dite.

Je me suis rêvé
de longtemps
à l’endroit
où je suis.

Par une journée froide
ours, coyote, grues.
Par une nuit de pluie
un loup aux yeux jaunes.
Par un jour de vent
onze faucons crécerelles
me regardant de haut.
Par un après-midi brûlant
les corbeaux flottaient au-dessus
du fleuve, là, où je me suis
laissé noyer.

En pays inconnu
au loin tout là-bas
j’ai marché la nuit
pour me terroriser.

Quel est cet autre,
partageur de secret,
celui qui dirige la main
qui vient tordre le cœur,
et la voix qui m’appelle
entre plume et pierre
l’heure d’avant l’aurore ?

De quelque façon
j’ai pris la forme
d’un vieil homme brun
dans un manteau vert.

Ayant rempli toutes
mes obligations
mon cœur s’en va léger
dans la danse descendre.

*

North

The rising sun not beet,
or blood,
but sea-rose red.

I amplified my heartbeat
one thousand times,
the animals at first confused
then decided I was another
thunder being.

While talking directly to god
my attention waxed and waned.
I have a lot on my mind.

I worked out
to make myself as strong
as water.

After all these years
of holding the world together
I let it roll down the hill
into the river.

One tree leads
to another,
walking on
this undescribed earth.

I have dreamed
myself back
to where
I already am.

On a cold day
bear, coyote, cranes.
On a rainy night
a wolf with yellow eyes.
On a windy day
eleven kestrels looking
down at me.
On a hot afternoon
the ravens floated over
where I sunk
myself in the river.

Way out there
in unknown country
I walked at night
to scare myself.

Who is the other,
the secret sharer
who directs the hand
that twists the heart,
the voice calling out to me
between feather and stone
the hour before dawn?

Somehow
I have turned into
an old brown man
in a green coat.

Having fulfilled
my obligations
my heart moves lightly
to this downward dance.

***

Jim Harrison (1937–2016)

Traduit de l’américain par Jean-Luc Piningre.

Publié dans Poésie du monde

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Les caribous de Val d'Or

Publié le par la freniere

photo: Rock Arsenault

photo: Rock Arsenault

Voici un texte que je publiais il y a quelques années dans Québec Science. En voyant les dernières nouvelles à propos des caribous de Val d'Or, on constate que plus ça change, plus c'est pareil.

REQUIEM POUR RANGIFER TARANDUS CARIBOU

Il y a quelques années, sur la route 117 près de Val-d’Or, un panneau routier aussi saisissant qu’attachant avertissait les automobilistes de la présence de caribous dans les parages. La silhouette dessinée sur fond jaune était bel et bien celle d’un caribou, pas celle d’un orignal. Quelle magnifique entrée dans le subarctique, quelle belle occasion de remarquer la présence des pessières à cladonie, des pinèdes grises et des peuplements d’épinettes noires adultes bien pourvus en réserves de lichens arboricoles. Bienvenue dans le Nord, bienvenue en Abitibi, voilà la petite harde des caribous de Val-d’Or !

Le rangifer tarandus caribou aime la paix sacrée des solitudes conifériennes. Son maître mythique, Pappakasik, réside dans les montagnes blanches, en plein coeur nordique du Québec. Ce maître algonquien est capricieux et il s’offusque du moindre sacrilège commis envers lui. Avant 1970, il restait encore des pays et des paysages sauvages dans la grande boréalie québécoise. Mais depuis, le calme s’est défait et tout le monde sacré des caribous des bois s’est écroulé. L’espèce est d’ailleurs en voie de disparaître dans tout le Canada. Contrairement à son frère, le caribou de la toundra, celui des bois ne se regroupe pas dans des hardes innombrables et spectaculaires. Il est plus discret, occupant par petits groupes les grandes forêts du subarctique. Nous ne connaissons pas ses habitudes, ses goûts et ses dégoûts. Mais nous savons qu’il ne supporte pas le bruit des hommes. La motoneige, les VTT, les opérations forestières agressives vers le Nord, les nouveaux chemins forestiers, les camps de chasse et de pêche, les pourvoiries, le trafic des camions pick-up, le bruit de la machinerie lourde, tout a défloré ces terres vierges. Le Maître des caribous réagit : il retire aux humains cette espèce patrimoniale qu’ils ne méritent pas.

Les caribous de Val-d’Or ne sont plus que vingt individus, ils touchent au seuil du non-retour. Un peu plus il faudra une agence de rencontre pour croiser les mâles et les femelles et des pouponnières pour protéger les faons lors des mises à bas. Étudier la harde, la sauver de l’extinction, tout cela coûterait bien trop cher. Les caribous de Val-d’Or ne valent pas le bois dans lequel ils vivent, ils ne seront jamais la fierté du lieu. Ils vont vivoter et probablement mourir, semble-t-il, dans l’indifférence générale, comme les hardes des monts Otish au nord de Chibougamau et du lac Magpie sur la Côte-Nord. Qu’en est-il de ceux du lac des Coeurs en haut d’Essipit, tout près du lac Gorgoton?

Aucun gouvernement n’aura pris des mesures draconiennes pour sauvegarder le caribou des bois, tout comme nous n’aurons jamais su protéger nos territoires pour sauver la notion même de terres vierges. Les impératifs très ostentatoires de l’économie de croissance respectent rarement la sacralité des lieux. La religion du dollar n’est pas une religion subtile. Que sont vingt caribous du pléistocène − à part vingt pièces de vingt-cinq cennes ! − dans le projet financier de la société avide qui juge son bonheur à la qualité de l’asphalte dans le stationnement du Canadian Tire ?

Le panneau nous annonçant ces caribous sur la route 117 a été enlevé. C’est comme un constat de décès. Et l’an prochain nous verrons émus, au Canal D, un documentaire européen sur la sauvegarde du dernier léopard des neiges ou du dernier toucan verbeux…

Serge Bouchard

Publié dans Glanures

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Émile Proulx-Cloutier

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Sucre amer

Publié le par la freniere

Bonjour à tous,

J'ai le plaisir de vous annoncer la finalisation d'un livre à paraître sur la décennie 68 dont la spécificité est de s'intéresser à la chanson humaniste et protestataire de cette époque  et de la considérer comme le moteur d'une idéologie subliminale qui, sans être le fruit d'une revendication construite et structurée, s'est substituée au discours des partis politiques.
 

Sucre Amer

1968

 Chronique d'une révolution

en chansons et musique


Synopsis :

Le narrateur, jeune homme suicidaire au lendemain de la guerre d'Algérie, devenu disquaire en 1965 et compagnon d'une chanteuse folk, rencontre en France un nouvel humaniste porté par les chansons d'une jeunesse américaine opposée à la guerre du Vietnam et engagée pour les droits civiques et le respect de la nature. Ce nouvel humanisme va enflammer la jeunesse mondiale, de Los Angeles à Tokyo en passant par Mexico, Prague, Berlin... et bien sûr Paris et Nice. C'est en adhérant à ce message que le narrateur découvre l'espoir et l'envie de vivre et de se battre pour un monde meilleur.

D'extraits de chansons en réflexions, nous découvrons avec lui, les mots, les musiques et les hommes qui, hors des partis politiques, ont construit l'idéologie subliminale de cette décennie 68 qui a changé les consciences et aurait pu modifier le monde.

 Dans cette exploration du temps, l'auteur nous invite à revisiter l'ambiance d'une époque où les protagonistes du roman croisent l'amour, la poésie, la musique, la drogue et la descente aux enfers de certains, les événements politiques, les brutalités de l'Histoire, l'arrivée des grandes ONG, l’espoir et, finalement, la désillusion.


Ce livre qui veut commémorer l'anniversaire de Mai 1968, sera disponible début mai 2018.

Très cordialement,

 

Jean-Michel Sananès

Publié dans Glanures

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