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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere


Le bon droit n'est jamais du côté de la loi.

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Des contes pour grandir

Publié le par la freniere


Quatre contes traditionnels ramenés de Palestine, traduits en France et réunis ici sous la couverture des "contes pour grandir" des éditions du Petit Pavé.

A lire dès 8ans

La note de l'éditeur :Pascal Pratz nous livre ici 4 contes traditionnels de Palestine, de ceux qui ont bercé de nombreuses générations de Palestiniens. Des contes ancestraux qui transmettent jusqu'à nous, au delà du temps et de l'espace, ces décors orientaux, ces personnages fantastiques, ces valeurs fraternelles et humanistes. Superbement illustrés par Emilie Alenda, ces contes entraîneront grands et petits dans le monde des rêves en compagnie de l'Oiseau Vert, du petit Ness Nessisse et du sage Hassan...

En vente directe sur le site du Petit Pavé .... 14,50€


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Scribulations 2 est parue

Publié le par la freniere

Publié dans Prose

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La nuit de la substance

Publié le par la freniere


La poésie est selon moi, un ensemble verbal complexe où interviennent simultanément le tout de l'expérience d'un homme et le tout de l'exigence d'une langue. Il faut à la fois exprimer les sentiments, les sensations, les idées s'il y a lieu et, par la même occasion, faire briller les mots de tout leur éclat, même et surtout si ces mots sont parmi les plus simples, ce qui est souvent mon cas, compte tenu cependant de tous les tours et détours de la syntaxe épousant le labyrinthe de intérieur et, aussi bien, les ruses de celui-ci.

           

De fait et dès l'abord, j'ai recours aux seuls mots qui désignent les permanences : ciel, terre, amour, désir, arbre, herbe, étoile, sable, mort, etc, peut-être dix mille mots en tout qui reviennent chez moi de façon récurrente, un peu à la manière des jeux de l'arabesque.

           

Il faut noter que ces mots sont utilisés selon mon approche personnelle de la vie et de la mort et en fonction de ma propre expérience aventurée, de ma propre traversée des apparences, se colorant ainsi à mes propres couleurs et formulant mon itinéraire le plus intime.

           

C'est là sans doute la fonction des mots d'un poète : le signifier comme être singulier dont les mots, pour personnels qu'ils soient, sont partageables avec autrui au sein d'une même communauté de destin.


Salah Stetié

 


Publié dans Glanures

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Dans les trous du passé

Publié le par la freniere


On ne peut voir le ciel sans regarder la terre. Chaque étoile se reflète quelque part. Chaque langue se parle d'un même souffle d'air. L'acupuncture des doigts touche les mêmes points sur les corps étrangers, qu'ils parlent charabia ou bien géométrie. Quand les jours cessent de raccourcir, on s'élève d'un pas pour toucher le soleil. Le cœur prend son élan dans le vol des oiseaux. Une ombre de ruisseau accompagne la soif. Quand je ne peux pas voir, je me laisse traverser. Ma mère chante encore dans mon oreille interne. À chaque pleine lune, comme un estropié a mal au membre qu'il n'a plus, j'entends hurler mon loup. Dans le brouillard où j'avance, je m'accroche au crayon comme à une canne blanche. Ses coups sur le papier sont les pas d'un enfant gribouillant l'inconnu. D'une poussée de main, les mots m'ouvrent la route et recentrent ma vie. Le temps se creuse à l'infini comme une poupée russe qui n'aurait pas de fin. L'histoire n'est qu'une mise en abyme. On n'arrive jamais qu'à un nouveau départ. Dans les trous du passé surgissent des images venues de l'avenir.


Il ne faut pas marcher plus vite que la route. Il faut vivre sans équerre, sans compas, sans boussole, sans loi, sans horaire, sans balance ni compte, prendre le temps pour ce qu'il est. La chair suffoque dans un organigramme. La tendresse d'Éros n'a pas besoin des yeux crevés d'Œdipe. L'érection des villes aboutit au désert. La mauvaise herbe fuit les routes bétonnées. La vie nous glisse entre les doigts. Elle jaillit où elle veut. Qu'on l'harnache, elle s'évade. La liberté est son domaine, pas la norme. Dans chaque instant, des millions d'actes sont possibles. Seule la bonté devrait faire office de loi, la générosité baliser l'imprévu.


Si les fleurs n'étaient que belles*, elles ne seraient que fleurs mais elles parlent aussi par la voix des abeilles, le vrombissement des colibris, l'odorat de la faune. Poussant sur les débris, la sphaigne et l'espérance, leur humble satiété transfigure la terre. Quand elles ouvrent leur bouche d'aromates, j'entends «voilà la pluie» ou bien «merci, monsieur soleil». J'entends l'air frémir dans la fragrance du sourire. Peut-être qu'en fin de compte la vie est une chose toute simple. Les mots sont des outils de jardinier. Le poète remue l'air avec une bêche sonore. C'est parfois une écope dans la crue qui jaillit et l'encre qui s'étale. Il s'arrête parfois quand le manche est en feu. Les phrases font des sillons dans la tourbe du cœur. Je refais dans leurs courbes la transhumance du sens. Les fleurs boivent en mourant comme elles ont vécu. Quand j'entends les oiseaux, j'ouvre la porte pour rêver. Je laisse mon cœur voler hors de sa propre vie. Il y a toujours entre les ombres une ombre qui éclaire comme il y a entre les hommes des mots qui les unissent, ne serait-ce que «merci» ou simplement «prend garde». J'écris comme la truite, en remontant le courant. Je reviens à la source. Toute la misère humaine remue la queue quand on la touche avec la main d'un ange. Elle frissonne comme une bête réclamant des caresses.


Après le froid, la neige, le grésil, les nuages entrebâillent la porte et se tiennent en retrait. Les outardes reviennent et tracent dans le ciel une vague sonore. Elles apportent avec elles le réconfort de l'été. Assis sur ma galerie, allant revenant sur la berçante grise, je les regarde s'égailler et plonger dans l'avoine inondée par la crue. Le réel est parfois aussi troublant qu'un rêve. Par quelle tige les mots tiennent-ils à la terre ? Même portés par le vent, les miens sentent l'humus et le musc des bêtes, le foin d'odeur et le cerfeuil. Je couche mes images sur la paille ou la boue, une rampe d'escalier ou les dernières feuilles, un nœud de vipères ou une boite à clous. Selon l'heure et le lieu, le rêve ou le réel, je porte mon crayon comme un hochet d'enfant, une pelle, un silex, un calumet de paix, un canif ou une loupe. Les mots redonnent aux cendres la mémoire du feu. C'est par le souvenir que les étoiles mortes éclairent jusqu'à nous.


En regardant les veinures du marbre, les ailes des papillons aux aquarelles si diverses, les zébrures du quartz, les brindilles des nids, le fretin des insectes, une tache d'eau mauve au milieu d'un ravin, je me sens happé par un lieu où je n'irai jamais, et qui peut-être, en fait, n'existera jamais que dans l'étrange géographie des mots. Les alphabets voyagent d'un continent à l'autre, d'une langue à l'autre, de phonème en phonème. Le traducteur est le passeur du bac, le chauffeur du train, le pilote de ligne et le lecteur qui voyage avec lui poinçonne les tickets. Le regard du poète s'apparente au radar des oiseaux. Il se lance au-delà de sa propre vision et griffe l'inconnu d'un coup de bec ou de plume. Il redonne aux objets une âme qui les crée.


* Senoncour


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Ils ont dit

Publié le par la freniere


Il faudrait ajouter aux corbeaux noirs d'Hitchcock les colombes de Magritte.

Jean Gagné, cinéaste québécois

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Preuves un peu trop lourdes de la dégénérescence humaine

Publié le par la freniere

     Il m'est parvenu que de singuliers citoyens français m'ont dénoncé à vous comme n'étant pas du tout au nombre de vos approbateurs.

    Je ne puis, messieurs, que confirmer ces propos et ces tristes écrits. Il est très exact que je vous désapprouve d'une désapprobation pour laquelle il n'est point de nom dans aucune des langues que je connaisse (ni même sans doute dans la langue hébraïque que vous me donnez envie d'étudier). Vous êtes des tueurs, messieurs ; et j'ajouterai même (c'est un point de vue auquel je tiens beaucoup) que vous êtes des tueurs ridicules. Vous n'êtes pas sans ignorer que je me suis spécialisé dans l'écoute des radios étrangères ; j'apprends ainsi de précieux détails sur vos agissements ; mais, le propre des criminels étant surtout d'être ignorants, me faudra-t-il perdre du temps à vous signaler les chambres à gaz motorisées que vous faites circuler dans les villes russes ? Ou les camps où, avec un art achevé, vous faites mourir des millions d'innocents en Pologne ?

    Si je vous écris directement, messieurs, c'est pour remédier au manque de talent de mes dénonciateurs ; cette variété de l'espèce humaine, particulièrement fréquente sous les régimes vertueux, manque de subtilité et de perfection ; je suis persuadé qu'elle ne m'a pas dénoncé à vous avec le savoir-faire qui s'impose dans cette profession. Vous avouerai-je qu'il y a dans ce manque d'achèvement quelque chose qui me choque et que je tiens à corriger ? Je voudrais, par simple goût du fini, suppléer aux déficiences de ceux qui veulent ma mort.

    Je suis las des menaces vagues, des dangers imprécis, des avertissements renouvelés, des inquiétudes non portées à l'extrême. Vous créez, messieurs, un monde tel qu'on ne sait plus s'il ne vaut pas mieux être immédiatement arrêté plutôt que de s'entendre dire chaque matin : « Prends garde à tes regards, prends garde à tes pas, prends garde à tes doigts, à tes épaules, à tes orteils, car tout en toi est fort dangereux ! ». On veut, messieurs, m'empêcher de faire le moindre pas, car, me dit-on, votre courroux s'étend au-dessus de moi ; eh bien ! messieurs, non seulement j'ai décidé de continuer à faire des pas, mais encore j'ai décidé de courir.

    La Renommée, cette déesse présentement bien florissante, répand par toute la ville que je suis un fou. Sans doute est-ce cela qui vous retient ; je voudrais détruire en vous ce scrupule qui m'est profitable ; je puis vous assurer : je suis le contraire d'un fou et j'ai une conscience fort exacte de tout ce que je fais. Ce n'est pas être fou que de dire en toute circonstance la vérité ; la vérité est toujours bonne à dire, et singulièrement lorsqu'elle est sûre d'être châtiée. La somme de délectation que j'éprouve à vous dire directement : « TUEURS, VOUS ÊTES DES TUEURS » dépasse les délectations que vous aurez à me tuer.

    Je voudrais être menacé avec précision. Et d'autre part ce serait mal respecter l'ordre de l'assassinat, qui devient l'ordre coutumier de ces temps, que de contraindre les candidats à mon assassinat à fouiller toute la ville pour me trouver ; mon adresse actuelle, messieurs, est ignorée de presque tous ; la voici. Venez ! Je ne m'en irai pas ! Je laisserai même la porte ouverte. Vous m'y trouverez sans fatigue en ces heures très matinales où, jeannots lapins d'un nouveau genre, vous vous plaisez à commencer vos inédits ébats.

    Messieurs, vous aurez été sans doute quelque peu surpris qu'en tête de cette lettre je vous aie nommés : « Preuves un peu trop lourdes de la dégénérescence humaine » ; il est peu probable que les singuliers citoyens français qui vous fréquentent soient à même de vous expliquer le sens de cette appellation ; je suis enclin à croire qu'ils ne doivent guère comprendre le français ; je dois donc perdre encore un peu de temps à vous préciser que cette appellation m'a été suggérée par la pesanteur bien connue de vos pas et le bruit également très connu de vos bottes.

    Vous avez de singuliers arguments, messieurs, pour propager l'idée que votre race est l'excellente : ce sont des arguments de cuir.

    Vous ajouterai-je, messieurs, pour me tourner enfin vers cette Allemagne que vous prétendez représenter, que je ressens tous les jours une très grande pitié pour mon frère, le travailleur allemand en uniforme. Vous avez assassiné, messieurs, mon frère, le travailleur allemand ; je ne refuse pas, ainsi que vous le voyez, d'être assassiné à côté de lui.


Armand Robin
(Lettre adressée le 5 octobre 1943 à la Gestapo, avenue Foch, Paris)


 

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Les vendredis du TAP

Publié le par la freniere

Les conduits de l'éveil

 

Vendredi 3 avril, 20 h 30, au Tam Tam Café

(421, boul. Langelier - à l'angle du boul. Charest est, à Québec)
Entrée libre, sortie gratuite, poésie dégelée.*

Comme le veut la coutume aux Vendredis de poésie du TAP, la scène libre suivra une première partie avec des poètes invités.

Quel autre mois que celui d'avril aurait pu inspirer la notion de l'éveil ? D'autant qu'il s'agit du mois anniversaire des Vendredis de poésie, qui atteindront leur onzième année d'existence. La poésie est éveil. La poésie nous rappelle que souvent nous dormons en nous, à propos d'innombrables aspects de la vie et de ses réalités. En même temps, elle nous éveille à certains de ces aspects... La poésie agit alors comme un conduit que l'on emprunte pour se rendre à l'éveil. Finalement, elle nous rappelle que toute chose peut nous conduire à l'éveil. La poésie nous propose autant de conduits qu'il y a de poètes, de recueils, de voix, de poèmes et de vers... Quatre poètes sont invités en première partie et constitueront autant de conduits de l'éveil.

Invités : Isabelle Forest, Normand Génois, Richard Sage, Julie Stanton

Avis aux poètes : scène libre ! Venez donner vie à la scène dans vos mots et par votre présence (en lecture, en interprétation ou en performance) ! Inscription à compter de 20 h 00.
Animateur : André Marceau.
Présentés par le Tremplin d'actualisation de poésie (TAP), en partenariat avec le Centre communautaire Jacques-Cartier (CJC) et le Tam Tam Café, ainsi qu'avec l'aide du Conseil des arts et des lettres du Québec (Calq), puis la commandite de la radio des découvertes CKRL (89,1), les Vendredis de poésie ont lieu chaque second vendredi du mois depuis 1998.
* « Entrée libre, sortie gratuite, poésie dégelée, » disait le communiqué du tout premier Vendredi de poésie, dont le thème était : « Dans les plates-bandes du dégel », avril 1998.

-30-

Pour infos : Claude Marcotte, Tam Tam Café et Centre Jacques-Cartier ; tél.: 523-6021

Organisation et communications (source) : André Marceau (TAP) ; tél.: 523-1174 ;

courriel : tapoesie@hotmail.com

Les invités du mois, et leurs dernières publications...

Isabelle Forest : Les chambres orphelines, poésie, Écrits des Forges, 2003 ;

Normand Génois : Va-nu-pieds, éditions du Noroît, 2009 ;

Richard Sage : J'avance dans le temps, poésie, Écrits des Forges, 2001.

Julie Stanton : Requiem pour rêves assassinés Hommage à Pablo Neruda, avec des photographiese Régis Mathieu, Les Heures bleues, 2004.


Tremplin d'actualisation de poésie (TAP)

http://www.culture-quebec.qc.ca/tapoesie/tap/index.html

Voyez également le blogue de SLAM cap, pour de plus amples infos sur nos activités
http://slamcap.blogspot.com/


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Pour commencer

Publié le par la freniere


L'histoire des roses est plus vieille que l'histoire des hommes. Qu'importe les victoires ou les défaites, la gloire ou la pénombre, je ne suis pas venu conclure. Je viens pour commencer. Je suis venu grimper, sans guide, sans appui, sans marche s'il le faut. Je voudrais m'insérer dans la rumeur du monde mais je navigue au large de mes yeux. La parole ouvre en moi l'énorme plaie des hommes. Nulle part le chemin ne débouche mais il ouvre sur tout. Le soupir d'un brin d'herbe réveille les oiseaux. La terre avec ses couleurs, ses feuilles à l'intérieur de l'arbre, ses graines dans la cosse, ses foulards fleuris, ses cartes infinies, ses lapins, ses colombes, est un immense prestidigitateur. Elle se surprend elle-même à chaque tour solaire, à chaque chair nouvelle. L'enfant poussé trop vite grimpe encore dans les arbres et s'attarde en route. Il veut rester dehors quand tout le monde s'enferme. Les bras en balancier, l'espoir dans une main et la peur dans l'autre, il avance sur un fil. Pour toucher l'essentiel dans les os de la terre, il nous faut des mots tendres qui ont appris à mordre.


Le rêve se replie comme un mouchoir de poche qu'on trouve démodé. On a préféré la couleur des roses à leur odeur, leur vitesse de croissance à la rusticité. Bientôt les arbres pousseront avec des clous, en planches bien serrées, les légumes en purée, les raisins en vinier, les fleurs en papier et les plantes en panier. Les couleurs s'écaillent sur le fusain des fleurs. Si quelques têtes surnagent dans le naufrage ambiant, c'est pour rejoindre leur portable. Elles signalent leur présence avant la catastrophe. La nature se dressera-t-elle de nouveau comme la baguette brisée d'un magicien ? Pourrons-nous soutenir encore longtemps le regard d'un œillet, le rire des groseilles ou celui d'un enfant ? Le vent est une porte ouverte dans la maison de l'air. Les mots qui la franchissent se transforment en pollen comme le feu cicatrisant la cendre, le sang guérissant la blessure, la glace du grand nord vénérant la lumière ou ce grain de silence qui lève en poème, paroles pour redresser le dos, à défaut de comprendre et de ne pas pouvoir.


Il y a dans ma voix un pays qui veut naître, un grand espace blanc dont on veut taire les arbres, une entaille d'érable dont le sucre se perd dans le drapeau d'un autre. Quand tu es grand, le monde est trop petit. Quand tu es petit, le monde est grand. Je vois les arbres comme des géants et les trottoirs comme un étang où les grenouilles sautent à la corde. Dans ce pays si vaste, j'aime le presque rien, le peu de chose, l'ébauche, le bourgeon, les petites dents pointues des fleurs minuscules. Pour qui sait l'écouter, le plus insignifiant, le parfum du pollen, la lumière d'un caillou, la poussière de l'air, l'églantine si brève, est un silence rempli d'or. Quand l'oiseau tient la plume, l'écriture s'allège.


Les frontières laissent passer les excédents de bagages mais refusent les mains nues. Les bagnes se multiplient sans enrayer le crime. Tant de mots s'accumulent mais l'homme n'entend plus que le cri des marchands. Les statistiques sans visage oblitèrent la vie. Les jours passent comme des lettres lues d'avance. Lorsque les mots se détournent du sens pour apprendre à se vendre, même le silence ment. L'œuf bleu de l'horizon n'est plus qu'une coquille vide. Nous flottons au milieu d'un réel incertain. Nous nous perdons de vue dans des couloirs d'images et mille portes tournantes. La bulle bleue des écrans aspire peu à peu l'oxygène des yeux. J'essaie d'écrire avec des mots plus près du corps, décrire un habit avec des cris de laine, éclabousser la page avec des lettres d'eau ou dépeindre le ciel avec les plumes d'Icare. J'essaie d'écrire comme une amande amère dans un paquet de voix salées, l'odeur bleue du moisi dans les blancs du poème, le violon infime dans les trilles d'un merle ou le bruit d'un vélo traversant l'arc-en-ciel. À voir le monde par-dessous, on finit par s'élever. Un peu plus chaque jour, je rejoins l'âge de ma vie en ressassant les mots que je n'ai pas compris.


Publié dans Prose

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À ma fenêtre (Allemagne)

Publié le par la freniere


Rester à ma fenêtre et ne pas en démordre, lire, lever les yeux, regarder, me souvenir, recueillir, rêver l'avenir, respirer, accueillir l'air, jusqu'à ce que la joie arrive, s'ouvre, m'effleure, me soulève, l'espace d'un instant, joie sans pensée pour mon enfant ou mon œuvre, rien qu'une participation joyeuse au maintenant, par exemple aux mouvements de pilote des feuilles du frêne là dans le vent mêlé de pluie; prêt pour la mort.


Peter Handke

 


Publié dans Poésie du monde

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