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Pêle-mêle

Publié le par la freniere


Tout est pêle-mêle dans la remise du cerveau, les vieux jouets, les outils, les mots en vrac sur l'établi, les charnières des phrases accrochées sur le mur. Seules les virgules, dans des pots de verre, sont classées par ordre de grandeur. Certaines idées sont envahies par les toiles d'araignée. D'autres sont en attente sur le bord de la porte, un bras dans le plâtre et les pieds dans les plats. Il y a dans un coin des ailes à réparer, de nouvelles caresses qui attendent les mains, le mot paix qui ne sert presque plus, le mot amour dans toutes les langues, la liberté qui luit sur les chaînes arrachées, des livres de poèmes que les souris grignotent, un bâton de pèlerin, un autre de sourcier, une brouette qui a perdu sa roue, une phrase qui a perdu sa route. C'est le seul endroit que je dispute au temps comme ce fruit resté seul dans l'arbre. Même si ce n'est pas grand, il me suffit d'un pas, dans un sens ou dans l'autre, pour toucher l'horizon. Je me penche pour ramasser les métaux rares, les bontés de la vie, les écrous du silence, le chat caché derrière le bruit et les âmes en souffrance. Il pleut parfois mais le soleil passe par les trous du plafond et chauffe les neurones. Je ne trouve jamais les phrases que je cherche mais d'autres les remplacent. Quand j'invite l'océan, une montagne apparaît. La lave des volcans n'est quelque fois qu'un mot, un seul petit mot échappé de la ruine. Il faut toute une chimie du cœur pour traverser la douleur, l'eau des larmes se mêlant à la sueur du corps, le sel des blessures à la lueur du monde. Ma vie est ainsi faite, d'une phrase à l'autre. Dans un champ de fatigue, un grand cheval se lève et se met à ruer. Les broussailles prennent feu et brûlent mes images. Je dois sans cesse recoudre le bonheur dans la texture de l'instant, ajouter des étoiles sur la toile du ciel.

Publié dans Prose

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere


Il faudra bien un jour revenir au partage, remplacer le profit par la bonté des fleurs et le prix des objets par la beauté des choses.

Publié dans Aphorisme du jour

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La montée des océans

Publié le par la freniere


Le niveau des océans se situait à environ 300m au dessus du niveau actuel, il y a 95 millions d'années.

Il était à 600m au dessus du niveau actuel il ya 450 millions d'années.

Il y a 18 000 ans, pendant la dernière glaciation; il est descendu 100m en dessous du niveau actuel.

Une fonte complète des calottes glacières entraînerait une montée d'environ 70 à 80 mètres.

Publié dans Glanures

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La pensée végétale

Publié le par la freniere


Dans la montagne, en face, la cascade pose un doigt sur les lèvres de pierre. Les urubus tournoient. Quels cadavres voient-ils sous la neige qui fond ? Peut-être des chevreuils que le soleil libère de leur cercueil de glace. Il pleut des odeurs dans l'arche de la rose. Le printemps transfigure l'humus des racines et mêle sa chaleur aux fleurs oniriques. Au-delà des ombres, le merveilleux s'ébroue comme une pouliche de lumière. Après tant de nuits froides, l'attente récompense l'attente. Les paysages viennent habiter les yeux qui les regardent. Les cigales se remettent à chanter. La main grise du temps retrouve ses couleurs. Dans la maison des fleurs, un bouquet de fenêtres respire le grand air. Les vieux tilleuls endossent leurs vêtements d'été. Les ailes du papillon deviennent verticales quand il se pose sur la rose. Le vol d'un oiseau poursuit la ligne d'horizon. La pluie qui avive les ombres nourrit de sa lumière la sève des racines. Le soleil accentue la beauté des détails. Les bêtes se réveillent et font bouger la terre. Le vent du soir agite la pensée végétale.

Il ne faut jamais douter de l'espérance, oublier la beauté. Certains ont survécu aux camps en écrivant des poèmes sans crayon ni papier, en composant des symphonies sur les battements du cœur. Quand on entend passer les anges, c'est la corde d'un violon qui s'apprête à vibrer. À quoi servent mes pas, mon tumulte, mes mots ? J'ai pris refuge dans l'œil du cyclone. Je bivouaque devant toutes les mers. Il ne suffit pas de mourir pour être sûr de vivre. La terre commence où bon nous semble. Elle ne finit jamais. J'efface les frontières. Je poursuis le rêve tel un phénix d'encre renaissant des nuages. J'ai besoin des écureuils, des chevreuils, des lièvres, des grands ducs, des mélèzes, des pierres. J'ai besoin de la boue pour habiter mes pieds. J'ai besoin de la pluie pour habiller ma peau, de l'air pour sourire, du ciel pour aimer. Je ne veux pas rester aligné sur le port dans la foule des bras qui tendent leur mouchoir. Je ne veux pas rester mais me remettre en marche à travers les barreaux, faire de l'horizon une barque, un hauban, une voile. Chaque pas est un lieu d'où l'on part. Je ne suis pas la route mais le saut, l'élan qui me tire en avant, le bonheur des orteils, les mouvements du corps, les battements du cœur.


Il faut une abondance de privation pour enfanter la rose des sables. Chaque petit grain y a l'odeur de l'immensité. Seule une abeille de l'âme en perçoit le pollen. Chaque pierre a son message dont j'ignore le sens, chaque plante, chaque feuille et même chaque brin d'herbe. Il y a de la bonté dans une goutte de rosée, de la beauté chez l'homme quand il berce un enfant. Tant de voix s'entremêlent, tant d'odeurs, tant de gestes, tant de tendresse enfouie dans un livre d'images. Des milliards de soleils illuminent d'autres mondes. Dans l'immense musique des choses, chaque mot cherche sa note. Dans les intervalles du silence, le présent du passé, la mémoire du futur, la poésie complète la partition qui manque. Elle écoute et reçoit ce que l'oreille du réel n'arrive pas à entendre, les ultrasons de l'âme, les étincelles qui volètent depuis le premier feu. Elle rend étrangement intime l'éloignement des étoiles et ce qu'on ne voit pas. Les mots les plus riches restent des mendiants pour remercier le ciel. Le dernier cri n'écrit que ce qui est fini. La poésie prolonge le premier cri d'amour, le fœtus qui bouge pour la première fois.

Publié dans Prose

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J'ai dit que j'aime (Suisse)

Publié le par la freniere


J'ai dit que j'aime
voilà la promesse
à présent
il faut que je me sacrifie
pour que par moi
le mot d'amour
prenne un sens
pour qu'il y ait de l'amour
sur terre
en récompense
au terme
de cette longue entreprise
il m'arrivera d'être
celui qui aime
c'est-à-dire de mériter
enfin
le nom
que je m'étais donné

un homme
rien qu'un homme
et qui n'en vaut aucun
mais
qu'aucuns ne valent

Jean-Luc Godard

Publié dans Poésie du monde

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Poète !

Publié le par la freniere


Poète ! Je ne suis peut-être pas poète. Ce mot, plein d'ombre et de lumière, est si vaste, si lointain du genre humain enfermé dans l'étroitesse du carré de ses ambitions, si peu adapté aux compteurs de la bourse qui diversifient les dividendes, que je ne suis sûr de rien.
Poète, est un mot qui ne s'enferme pas dans une définition, qui ne réside pas dans un fait culturel. Personne ne nous apprend à rire, à regarder, à sentir, à aimer. Certains nous encouragent, ou nous découragent, voudraient faire de nous des soldats ou des littéraires, mais nul ne peut nous imposer d'être ce que nous ne sommes pas. On ne nous apprend pas à vibrer, à parler aux fleurs, aux couleurs ou aux nuages. Les dictionnaires de rimes sont, comme les précis grammaticaux, des outils pour nécessiteux. La règle et l'usage sont deux territoires étrangers. Il n'y a pas de dictionnaire de cœur, de courage, de syllabaire du sentiment, ou de cartographie des rêves. Il n'y a pas de mode d'emploi de la passion. La carte du tendre est enfermée dans le dernier soupir. La Poésie est un mot que les barreaux ne retiennent pas. Si parfois je marche à ses côtés, je reste et resterai ce que je suis, un hippie échevelé sur les routes du rêve. Un vieux rêveur qui cherche son Katmandou et le paradis des éphémères, toujours en quête de la vibration de la lumière, toujours émerveillé par les soleils intérieurs que cachent les yeux d'un chat. Si longtemps que je serai là, je chercherai des poissons qui chantent et des amis en hiver, des rires dégoupillés, des edelweiss en été. Dans les soirs embrumés de la mémoire, je chercherai à revoir Jeux Interdits, agrippé à une tendresse qui saigne. Encore, je chercherai demain dans le lit des rivières, et, si j'en suis enrhumé, soyez sans pitié : riez.


Jean-Michel Sananès

Publié dans Jean-Michel Sananès

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Transgression (France)

Publié le par la freniere

J'aime la mer vue du train. Elle est plus grande et plus belle que l'année dernière.

J'éclate avec l'ongle les petites boules lisses et fermes du goémon, si elles s'affaissent sans faire de bruit, je suis bien déçue.

Je hume la forte odeur des sardines séchant au soleil sur des claies, et celle de la colle de poisson dont on se sert pour fabriquer les cordes de chanvre et les voiles.

J'extirpe doucement la fleur mauve des luzernes pour suçoter la base blanche un peu sucrée.

J'attends le premier repas de mon père en vacances pour me gaver de langoustines.

J'ai peur des grosses araignées de mer que mon frère pose sur mon lit juste à la hauteur de mes yeux, quand je me réveille.

Un matin, je pars à la pêche en bateau avec deux vieux pêcheurs et je n'ose pas leur dire que j'ai envie de faire pipi.

Je vais en visite à l'école du village, et je suis bouleversée car les élèves écrivent avec des lettres droites tandis qu'à Paris j'ai appris à écrire en lettres penchées.

Je redoute en fin de journée le moment sur la plage où le contact de mon maillot mouillé et froid m'oblige à quitter mes copains.

Je suis enfouie dans un gros édredon rouge et je répète chaque phrase du « Notre Père » après une vieille bretonne toute ronde et très souriante.

Je ne renonce pas à goûter chaque jour les prunelles violettes dont cependant l'âpreté me paralyse l'intérieur de la bouche à chaque fois.

J'essaie de décoller les berniques sur les rochers, quelquefois j'y arrive et je les goûte, c'est bon mais tous les doigts de ma main droite sont éraflés.

Je ne dois pas franchir la petite place au bout de la rue avec mon vélo rouge, c'est l'ordre des grands,
J'obéis.
Un jour à midi, je suis seule... je roule...je roule...je suis au bout de la rue...
Sans une hésitation je traverse la place irradiée de soleil.
J'éprouve un bonheur total, absolu.
Jamais retrouvé.

Aglaé Vadet

Publié dans Poésie du monde

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Une miette de bonté

Publié le par la freniere


Il n'y a plus d'objets qui traversent le temps. L'homme se fabrique des amours en kit, des larmes virtuelles, des rires de pacotille. Il ne donne plus son corps, il le prête ou le vend. Qu'attend-il donc les yeux rivés sur l'écran lumineux ? Il va sans voir, sans savoir et prend pour des réponses les nouvelles du soir, les paroles en voix off annonçant les aubaines. Il croit saisir le temps sur des photographies. Il dilapide le rêve pour amasser des sous. Ce qui n'existe pas passe de main en main. Si la sueur est vraie, les promesses sont fausses. Le plus petit atome se marchande à la hausse. Il faut parfois fermer les yeux et voir par le cœur. L'eau intérieure s'assèche sans une épiphanie. Si la jeunesse ignore ce que c'est d'être jeune, elle ne saura pas plus ce que c'est de mourir. Nous portons tous en nous l'histoire entière de l'homme. Les pierres aussi la porte sans en faire une loi. Les étoiles ont du tact. Elles brillent mêmes mortes pour nous laisser vivants. Mon ombre est si fidèle qu'elle se couche avec moi. Elle se lève au matin comme un chien qui a soif. La vie est une brouette que je pousse en douceur, un landau d'espérance, un bateau de papier qui affronte la mer. Face aux armes braquées, aux banques détraquées, le cœur n'est qu'un bouclier de verre mais la lumière le traverse. Les mots du matin imprègnent la soupe du midi et le civet du soir. Je déplie mon regard comme une nappe d'images. Oublions pour un temps les blessures et les haines. Les gestes sont plus lents, les regards plus intimes en face d'un enfant. Il redresse le monde avec ses doigts qui sondent. Dans un million de langues, il n'y a qu'un mot pour l'amour. Il ne faut pas le dire en vain. Qu'une miette de bonté ensemence nos pas et c'est déjà mieux vivre.

Publié dans Prose

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On a beau dire

Publié le par la freniere


On a beau dire. On a beau faire. Il y a des jours. Il y a des nuits. Il y a des pour. Il y a des contre. Contre ceux qui réparent les jouets, ceux qui fabriquent les fouets. Contre ceux qui aiguisent leurs mines de crayon, ceux qui posent des mines et exploitent les mines d'or. Contre ceux qui s'aiment, ceux qui exploitent l'amour. Contre ceux qui veulent donner, ceux qui vendent et achètent. Contre ceux qui subissent les guerres, ceux qui les préparent. Toutes les villes se parodient l'une l'autre et leur centre se perd dans les périphéries.. Il y a trop de masques identiques aux visages. On ne sait plus qui croire. Un poil n'attend pas l'autre. Le crâne rasé a remplacé la barbe de deux jours chez les branchés de la mode. Ils porteraient des chaînes signées Dior et se sentiraient libres. Ceux qui s'abandonnent aux fiches d'identité perdent leur âme sur une carte comme si la mer cherchait le sel sans savoir qu'elle le porte. Quand l'homme prête main forte à celui qui chancèle, c'est le plus souvent moins pour aider que pour montrer sa force. Il lance quelques sous comme on pisse dans l'eau. Il est malheureux que la ligne de vie ne suive pas toujours la ligne de cœur. Ne me cherchez pas où je suis. Je vis ailleurs, parmi d'autres images, de ce côté du monde aux fruits incandescents. Je ramasse des restes où les bêtes se cachent. J'apporte des racines aux arbres en exil, de l'étoupe aux épaves, des groseilles au silence. Je vis près de l'écorce, les mots à fleur de lèvres. J'appuie ma chair contre le végétal. J'attable mes neurones au banquet des oiseaux. Je ne peux rien pour les agenouillés. Il faut que l'homme soit debout. En ce temps fou d'images, je m'accroche à la lettre.

Les choses aimées survivent aux années. Elles passent dans les mots. Les fantômes n'existent que si l'enfance est vraie. Le muscle des couleurs a la force des yeux. La mort existe avant la vie comme la mer avant le bateau et le bateau avant le voyage. Les ports ne sont jamais qu'un accident de parcours. Il fallait suivre le cours des rivières, le vent dans les narines, la direction des branches, les courbes de la hanche. Je n'ai rien compris mais j'aurai tout vécu, l'hostie, la seringue, la monnaie, le salaire ou la faim. Avec la chair vivante qui me donne ses veines, avec l'incertitude qui me prête ses livres, je suis parti de rien pour revenir à rien. J'ai vendangé. J'ai labouré. J'ai tracé de la main des lettres sur le vent. J'ai traqué l'amertume dans le fond des cafés. J'ai joué avec les mots et les os de la mort. J'ai traversé la ville de ruelle en ruelle. J'ai récité Rimbaud dans le bruit des moteurs. J'ai creusé des sillons dans la terre habitable. J'ai renfloué des bateaux morts. J'ai tout bu, du vinaigre à l'eau douce, de la source à la lie. J'ai chanté l'hallali. J'ai trituré des mots. J'ai raturé des chèques. J'ai transgressé des lois. J'ai voulu marcher sur le feu. J'ai couru vers chaque rêve, chaque terre, chaque pas. J'ai eu peur. J'ai eu froid. Je n'ai pas dit missié. Je suis mort sans y croire, trois fois plutôt qu'une. J'ai effacé les chiffres pour n'être pas compté. Récusant la connerie, j'ai fermé la radio pour ouvrir les yeux. J'ai fermé la télé pour écouter la vie. Refusant le venin, j'ai craché les hosties, mordu la main du prêtre qui voulait me bénir. J'ai rompu du pain noir pour ne jamais ramper. J'ai jeté sur la neige des tisons d'espérances, des jetons de colère sur la table de jeu. J'ai caressé des yeux la blessure des hommes. Les mots seuls sont restés et j'en parle aujourd'hui comme d'un autre exil. À vouloir tout dire, je n'ai jamais été qu'un témoin de mes rides sur le visage de la foule.

Publié dans Prose

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Ils est un groupe

Publié le par la freniere


Je ne suis pas certaine du ciel bleu, ou gris, ou. Quand je l'écris il a déjà changé. Comment se fier au ciel ? Ou au stylo qui court ? Ou à moi qui attend ? Le sens s'échappe. Toujours le sens échappe. Un courant d'air et tombent les feuilles. Comment se fier à l'air ? Pourtant, les coins s'appliquent, rationnels, ils équerrent leurs raisons, chacun avec son araignée. Et l'édifice monte, monte. Ils, plantent des certitudes. Ils, parlent, parlent. Le mentalement sérieux. Ils, est bien pratique pour se rassurer. Ils, est un groupe qui s'agite et tressaute au bout de la longue corde des discours. As-tu vu, le ciel change ! Ils, me regardent. C'est qui celle-là ? -une île non colonisée ? Ils, se serrent entre eux, bien plus serres qu'eux. Pauvres oiseaux. Pendant ce temps, un moineau bâtit son nid. Sur ma page, il pousse les mots pour s'installer. Il chante. Chanter, c'est peut-être bien pour vivre. Qui sait ?

Ile Eniger        Poivre bleu

Publié dans Ile Eniger

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