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45 articles avec tristan cabral

Fidèles à nos blessures

Publié le par la freniere

Fidèles à nos blessures

"Restons fidèles à nos blessures"

Menacé de naissance
collectionneur d'abîmes
j'en appelle à toutes les peuplades des mots
pour résister à la blessure du monde
et sur les grandes pierres
je dépose mon habit de noyé.

Tristan Cabral
Poème inédit extrait de “N'abusons pas de notre mort”

D'autres poèmes inédits de Tristan Cabral paraîtront prochainement sur le magazine en ligne DANGER POESIE.

 

Publié dans Tristan Cabral

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Quand je mourrai

Publié le par la freniere

Quand je mourrai

ne le dites à personne

je ne veux pas de leurs mains jaunes

et de leur voiture noire

vous me mettrez debout

les bras sur vos épaules

et vous me conduirez tout au bord de la mer

où le sable est si fin

et j'attendrai la marée haute

si vous ne pouvez pas

montez-moi en Cévennes

et puis couchez-moi seul

au milieu des genêts

la tête dans le ciel

 

Si je meurs seul

s'il n'y a personne pour me conduire en mer

ou me coucher dans les genêts

s'il faut que j'aille au cimetière

je voudrai que ce soit dans celui d'Arcachon

sur une dune ensoleillée

près de la ville d'hiver

je voudrai qu'on m'habille avec ce velours noir

que je garde en lieu sûr

d'une chemise blanche avec un foulard rouge

qu'on mette dans ma poche une pipe d'Irlande

avec du tabac blond

le Rimbaud bleu de poche 491

sans oublier un sac marin

et une paire de rames

 

j'attends la vague immense qui m'ouvrira les yeux

 

Tristan Cabral

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A l'auberge du passeur d'hommes

Publié le par la freniere

ce soir à l'auberge du passeur d'hommes

une pitié me vient pour mes bras mutilés

ce soir j'ai découvert sur le chemin de ronde

deux jeunes fiancés une plaie rouge au front

et j'ai conduit l'enfant vers les barques cachées

revêtu pour la route d'un manteau de phalènes

ce soir je ne suis plus que le veilleur de sable

ce soir je ne sais plus à quelle mort me donner

et qu'importe après tout si mes doigts sont en sang

j'écris pour que le monde devienne un grand poème

 

Tristan Cabral

Publié dans Tristan Cabral

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La légende de Tristan Cabral

Publié le par la freniere

Photo par André Chenet

Photo par André Chenet

Extrait d'un poème à paraître : "La légende de Tristan Cabral"

.../...
Funambule ivre bateleur inspiré
il n'aimait rien tant que les petits vins de terroir
"rouge comme le sang des ouvriers"
A Montpellier où il vivait au sommet d'une tour prolétaire
au lieu dit "Le Florian" Route de Mande
il préférait fréquenter la nuit les bars sordides
où des miséreux écumaient des océans inconnus
plutôt que les savantes institutions
il lui arrivait de discuter des heures entières
à une terrasse de café en face de la Fac de Lettres
avec des étudiants un peu ivres en mal de vivre
parmi eux c'était lui le plus alerte le plus juvénile
les escholiers riaient aux éclats
lorsqu'il faisait le clown sur la voie publique
ils n'en revenaient pas de voir danser et chanter ce vieux fou de Leila
C'était comme si Don Quichotte de la Mancha
avait jailli des pages du livre de Cervantès
accroché par la culotte à l'aile d'un moulin blanc
.../...

André Chenet


 

Publié dans Tristan Cabral

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Le veilleur de silence

Publié le par la freniere

Je connais des pays qui s’endorment debout
D’étranges femmes seules y passent les mystères
J’y ai longtemps vécu de lentes agonies
Et je veillais les morts avec des armes blanches

Je connais des pays qui s’endorment debout
Où des aveugles marchent vers de fausses fontaines
Souvent des étudiants jouent à tirer au sort
Celui qui ira seul se brûler sur les places

Je connais des pays qui s’enterrent en silence
Les yeux éteints des loups y laissent des échardes
Et des villes sont rangées au plus profond des fleuves

Des visages s’y heurtent dans mon dernier visage
Et de grands enfants tristes plus vieux que le malheur
Brûlent avant de mourir leurs vêtements d’hiver…

Praha,
Janvier 1969
Après le suicide par le feu
de Jan Palach

 

Tristan Cabral

Publié dans Tristan Cabral

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Le somnambule

Publié le par la freniere

Je garde sous la peau mon costume de mort

avec à l'intérieur le long poignard de l'aube

ma voix se couvre mon ombre et moi nous sommes seuls

et je laisse sur l'eau des blessures insensées

 

Je suis à bout de peau je fais des métiers d'absence

je descends dans le corps des oiseaux somnambules

j'éteins les ombres blanches sur le miroir des morts

et la couleur du monde s'est perdue en chemin

 

Je vois le ciel pendu à des crochets de plomb

je vois des marées mortes dans le sang blanc des algues

et sur les seuils de pierre des bracelets d'oiseaux

 

Dans un désert de peau je guette un enfant fou

je vois dans les bûchers des émeutes de miroirs

et le même visage à toutes les fenêtres....

 

Tristan Cabral

 

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La légende de Tristan Cabral

Publié le par la freniere

La légende de Tristan Cabral

L'ami Tristan Cabral me manque; sa folie contagieuse; ses visions sur l'échelle de Jacob et ses larmes qui explosent comme des éclats de rire contre tout ce qui nous sépare et nous expose au règne des assassins. Il est depuis des mois dans un hôpital de Montpellier. Il n'en dit guère plus à part peut-être "une opération de l'oesophage sans gravité". Il me demande des nouvelles du pays; se souvient de l'Avenue Florida à Buenos Aires où jadis il avait croisé Borgès en compagnie de son compagnon de l'époque. Comme j'aimerais aujourd'hui lui faire découvrir ces univers polyphoniques où je rajeunis de jours en jours; sommeils brefs, yeux et sens en alerte. Les voyous sont beaux à Buenos Aires, les poètes s'adressent au peuple;, au ciel et à la terre. Les femmes brûlent d'une beauté intérieure sans affectation, elles ne font rien pour séduire sinon vous transpercer d'un regard aiguisé. 
Mon ami, ta dernière lettre m'a tellement réjoui mais aussi empli d'une tristesse profonde. Le poème est un pont; un rendez-vous certain où ne manquons jamais de rien.


 

La légende de Tristan Cabral (extrait) :

.../...
Tristan Cabral tout de noir vêtu de la tête aux pieds
sous un ciel d'apocalypse flamboyant
ouvre le livre des Heures de de la nuit profonde 
lui seul sait déchiffrer les ouvrages du sang 
les hautes dérives dévorantes du temps 
Chevrier des Cévennes dans les maquis de l'âme humaine
prophète halluciné au milieu des bûchers de Montségur 
je l'ai rencontré sur mon chemin ardent de Palestine, 
moi-aussi je n'étais qu'un enfant complètement déboussolé

Dans une autre vie je l'ai retrouvé à Istanbul 
en compagnie de Nazim Hikmet
ils fumaient assis côte à côte un narguilé parfumé 
sous les poutres de métal du pont de Galata 
en se saoulant de poésie et de thé fort

Il me donnait des rendez-vous fabuleux 
parmi les ruines de la vieille Europe 
Partout où des victimes se tordaient de douleur
il n'avait de cesse de dénoncer les crimes
au bord des charniers des Balkans 
où pleuvaient des pétales de roses folles
dans la Grèce épouvantée des colonels 
contre lesquelles Yannis Ritsos arma "le premier mot"

.../...

 

André Chenet

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Ce n'est pas moi

Publié le par la freniere

Tristan ce n'est pas moi
ce n'est plus moi
ce n'est pas encore moi
c'est un nom à venir
un nom à rassembler en pain
à rassembler en pierre
un nom à convertir en peuple
c'est la fin des poètes qui se sodomisent
avec leurs droigts d'auteur
dans les bourreau-cratie du sexe
c'est un jeune homme qui se pend aux marées
et qui marche vers moi le long d'une autre vie
c'est ce jeune homme qu'on brûle sur le Gange
dans un drap de soie rouge
c'est Alain Liévin, 23 ans, qui s'est pendu
parce qu'il ne trouvait plus de travail
c'est Alexandre Panagoulis
le sexe traversé d'une aiguille de feu
c'est Tautin, Jarra, Enriquez, Puig Antich,
Otaégui, Meinhof
c'est moi demain toi aujourd'hui un autre après-midi
c'est tous ceux qui refusent qui se lèvent et qui crient
pour ceux qui sont sans voix
pour ceux qui sont sans mains
pour les enfants de Kafr'Kassem
pour ces poètes qu'on retrouve
un matin
pendus
au coeur de leur corps difficile
ou une balle dans la bouche ou les veines vidées
comme Arthur Cravan, Jacques Rigaut, Jacques Vaché,
comme Sophie Podolski, Marc Ichall, Philippe Abou ...
c'est l'écriture en marche que le sang rend visible
qui ouvre par le feu des routes insoumises
qui ouvre par le feu d'immenses coïncidences ...


 

Tristan Cabral

 

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Si vaste d'être seul

Publié le par la freniere


«Fais-toi une arche en bois de Gopher»

(Génèse. 6.v I.4 )


Si vaste d’être seul, j’ai toujours aimé les cendres.
Surtout les cendres de la Nuit. Et surtout quand la nuit
est partout !

Écoutez-moi : je suis né au couteau sous des cendres
De loups !
Exilé dans le miroir d’un mort, comme si un inconnu
Marchait à mes côtés.

Privé de visage, je n’ai jamais pleuré. Si j’avais eu un père,
J’aurais eu un visage.
Loin du Grand Jardin, les roses tombaient.
D’épuisement en épuisement. Je voulais toujours
M’enfermer dans les arbres.

Ils savaient le mystère de l’eau mais l’eau que je suivais était écorchée vive.

Je ne pouvais pas boire.
Sur la Montagne sainte, je n’ai pas vu de dieu, même pas de dos !
MON NOM était IMPRONONÇABLE…
J’avais une chair obscure. À l’entaille des eaux, je rêvais à bout portant.
Je rêvais d’armes.
Des bêtes saignaient derrière mes yeux.
À genoux dans les heures, j’avançais en silence, à pas de mort.
Les eaux m’abandonnaient à chaque démesure.
Si vaste d’être seul, je n’ai pas pris ton Arche.


 

Sur une croix de bois
rejetée par la mer

On peut lire en trois langues :
en arménien, en hébreu et en grec

«SI VASTE D’ÊTRE SEUL…….. !»

Tristan Cabral

 

 

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Des mots pour l'an 01

Publié le par la freniere

à Jean-Michel Fossey
l'infatiguable patrouilleur des mots

J'aurai l'amour d'aimer et je prendrai le temps!
le temps d'un sein nu
sous une chemise;
le temps d'aimer les roses sauvages, l'abeille
et le rossignol;
le temps d'aimer les immortelles au vent du large;
et surtout, et surtout,
le temps d'aimer les Mots,
parce que la Poésie
commence et commencera toujours
là où le dernier mot n'appartient pas à la Mort!.....
et je trouverai
des mots de fiançailles et de coquelicots,
des mots pour dire l'abeille et le rossignol,
des mots pour peindre des prairies lumineuses
sur les murs de la nuit,
des mots pour enlever ses chaînes à Toussaint l'Ouverture!!!
des mots fléchés pour faire la peau de Buffalo-Bill!
des mots de foudre sur le poncho de Zapata!
des mots qui ont rêvés pour nous l'idée de l'Amour Fou!
des mots sans chaînes et sans verrous, sans barreaux, sans frontières,
sans cilice, sans contrition,et sans tortures!
sans Dieu, sans Maître, sans Rédemption,
des mots à bout portant!
des mots qui déclouent toutes les mains,
des mots de fiançailles insensées avec les sources, avec le feu,
avec la mer, des mots de pain pour partager et de pierres
pour les lancer à la figure des Assassins!
des mots pour aimer une Terre,
qui est si belle, qui pleure, qui est promise à tous!!!!!
je trouverai les mots
pour marcher sur la mer,
pour aller jusqu'aux phares avec Virginia Woolf!
des mots qui changent le Monde et chantent le Monde changé
des mots pour dire avec Machado:
"el crimen fue a Granada"!
des mots pour dire avec Mahmoud Darwich et pour crier
qu'il n'y a pas de terre promise
et pour dire aux Hommes-suicides de Palestine
qu'il n'y a pas de Paradis!

Terre Promise, Nulle Part!
Terre Promise à tous, pour tous, Partout!

je vous lancerai des mots, les mots-tocsins de Wladimir!
les mots qui tiennent tête aux révélations! aux fous de Dieu!
aux assassins de la Splendeur Naturelle!
je trouverai
les mots d'insurrection et de marées toujours aux équinoxes!
des mots de blé, de vigne, de figuiers, et d'arbres millénaires!
des mots de source dans le Matin des Cerises,
des mots pour le matin féminin des Béatitudes!!!
des mots pour dire
le pain indicible des Anges!!!!!
et j'aimerai jusqu'au Bout
le sein blanc entrevu sous la chemise douce

Voici que je vous donne des mots-de-passe pour l'an 01!
les mots-passereaux,
les mots inespérés,
les mots de prairies pures et de saisons neuves,
les mots de marées hautes, des mots vêtus de mille mondes,
de toutes les douleurs,
les mots de violoncelles insensés,
où pleure Rostropovitch!
les mots de ventres doux au creux humain du Temps!!!
et j'entendrai
les mots des corps désirants et solaires, les mots
sans faute et sans péché,
les mots des amantes au corps parfait,
des mots de roses des sables, des mots de louves magnifiques
tracés dans la neige
par des Peuples de Beauté!

et je prendrai le temps!
de démentir le faux Sacré, les règlements, les messes,
les clôtures, les papamobiles, les derviches tueurs,
les fous de Dieu, la sainteté des échafauds, les catéchismes,
les bûchers de Montségur, les leçons de Ténèbres,
la grande peur du buisson noir des femmes
et des cheveux défaits
la Grande Peur du Matin féminin des Béatitudes!
et je prendrai le temps!

le temps de démentir le Grand Soporifique!
qui ne voyait ni les cheminées, ni les fumées,
qui n'entendait ni les cris, ni les trains, ni les chiens!
NI LA VOIX SOUS LA CENDRE
de David et Sarah!
c'est pourquoi, il ne faut plus jamais,
donner de Nom au Grand Silencieux des Ténèbres!
car tant qu'il fera Dieu, le monde pleurera!
mais j'aime les mots de neige comme
un sein blanc sous une chemise, les mots de sablier
trichant sur le comte à rebours, les mots d'éternité physique!
les mots de sable rose et des roses de rêve,
des mots insoumis qui ne marchent pas entre les lignes,
impossibles à coucher!
des mots bleus et blanc comme l'oiseau de Magritte!
peints sur le Ciel par des peuples de Beauté!
Je resterai sur cette Terre, qui est si belle!!!
ni sainte, ni promise, Sol Absolu pour Tous!

Alors?
voici des mots pour marcher sur la mer
jusqu'à la fin du Monde!
DES MOTS pour l'an 01!
voici des mots de blé, de vignes et d'oliviers,
des mots désirants et solaires!
des mots miraculeux!
comme un sein nu sous une chemise.....

 

Tristan Cabral

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