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L'étang

Publié le par la freniere

Ile-et-Merveille-112.jpg

Publié dans Glanures

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Une aussi longue absence

Publié le par la freniere

Où étais-je... si je savais...

Excusez-moi, mais je sais, j´étais sorti de mes gonds, hors de moi, mais pas vraiment fâché contre moi, d´ailleurs mes colères sont sans conséquences, je ne m´en veux pas, je me pardonne tout.
Tout est arrivé à cause d´une de ces aubes livides, une de celles où tu te lèves blanc comme du papier. Le miroir ne te voit même pas, alors tu te mets à table, tu veux tout dire, tu ouvres ta tête, tu sors une plume. Pas une larme, mais ta plume saigne et tu ne sais pas pourquoi. Tu aurais voulu t´appeler Manuel, Pedro, Che Guevara, ou pourquoi pas, Picasso. Mais tu es là, coincé dans une peau trop grande pour toi, tes yeux ne sont même pas à la bonne hauteur, tu vois le monde d´en bas et tu hurles dans ton silence, tu voudrais être un loup, hanter le bois, terrifier la lune, mais tu as une peur d´enfant égaré, abandonné. Ta révolution, tu la fais devant un café froid et l´hiver arrive. La nuit coule comme une pierre ronde qui rejoint le fond du vieil  océan.
Une odeur de vide. Une balle. Un flingue. Un rire de dingue... Non une écume de mots qui dit à quoi rime, qui se fait la belle et se croit poésie. Rien que des mots. J´écris, mais la poésie a honte quand la nuit se cabre.
Je ne sais pas pourquoi, j´étais parti, j´étais hors de moi, loin d´ici, à deux pas de moi, dans deux chaussures froides.
Je me regardais passer comme le silence...

 
Jean-Michel Sananès

Publié dans Jean-Michel Sananès

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L'autre côté des choses

Publié le par la freniere

Ce ne sont pas les portes qui nous arrêtent, c’est l’invisible. Je voudrais pénétrer l’autre côté des choses, les trous noirs, les absences, les manques, ouvrir les yeux dans les ténèbres et trouver la lumière. Je suis un écolier pendant les derniers jours de vacance mais je ne retournerai pas en classe. Je ferai l’école buissonnière. J’apprendrai le langage des sourds, l’appétit des oiseaux, le langage des fleurs, une écriture en miettes où rapailler la vie. Je ne cherche pas Dieu mais une planche de salut où enfoncer le clou des mots, le monde du miracle, du merveilleux, du simple, l’endroit exact où je dois être.

La nuit n’est pas une lumière négative. Elle porte le soleil sous la doublure des ombres. La foule, ce sont des poules sans tête qui s’imaginent avoir un but. C’est la loi du nombre qui les retient de courir en tous sens. On est toujours surpris quand une mouche nettoie ses ailes. L’étonnement aide à vivre. Le satori est lié aux couleurs, à la lumière, à l’onirisme du vivant. On ne vit pas l’essentiel, c’est l’essentiel qui nous vit. On ne voit pas l’invisible, c’est l’invisible qui nous voit. Si j’arrivais à ouvrir toutes les portes, il resterait toujours une porte à ouvrir.

Les pas rangés dans le placard s’évadent vers la vie, là où les pierres du chemin font briller le soleil. Lorsque le vent se lève les bras des arbres desserrent leur étreinte. Les feuilles en profitent pour danser la samare. La sève gicle sous l’écorce jusqu’à l’ivresse des racines. Les sources se dilatent sous la peau de la terre. L’herbe discute avec les ruisseaux, les galets, les grenouilles. Les libellules se posent sur un tarmac d’eau. Je glisse quelques mots par les trous du silence. L’oiseau ouvre le vent comme une robe d’air. La table est mise pour le chant. Chaque parfum se déverse dans l’autre. Les fleurs échangent leur pollen. Éclat par éclat, éclair par éclair, tant de présences s’ouvrent l’une à l’autre à l’appel du soleil. La vie est une eucharistie qui se passe d’un Dieu.

Chaque oiseau dans son vol ajoute quelques lignes sur la page du ciel. Les couleurs des feuilles se mélangent à l’humus. Le matin fait son lit dans une rangée d’ormeaux. Les samares fugaces sont comme des ailes délivrées. Les petites lucioles émeuvent les montagnes. Dans un panier abandonné j’ai trouvé des voyelles, des ossements d’oiseau, des tiges d’encre pure pouvant encore servir. Avec les sources sous la terre, j’écris des mots humides pour accueillir la soif. Je me retrouve tout entier quand je mange une pomme. Elle remonte à si loin, du grand pommier des astres, de la terre cosmique, de l’âme des étoiles. Je suis en communion avec le moindre atome.

Publié dans Prose

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L'herbe au pied des arbres (Bretagne)

Publié le par la freniere

Il vaudrait mieux
Ne pas être né dans une ferme
Ne pas avoir grandi
Au milieu des poules et des cochons
Si tu veux écrire
Il vaudrait mieux
Ne pas être animal politique
Ne pas être anti-atomique
Ne pas avoir pour père
Un paysan de culture
Bretonnisante
Ne pas avoir pour mère
Une féministe nature
Ne pas avoir pour famille
Deux frangins
Et des proches qui te sont chers
Ni pour famille planète
Le sentiment d’être comme frère

Si tu livres en plus
De la vie
Ne cherche pas de livre
Pour la recueillir

Il vaudrait mieux
Etre atomisé
Ne pas avoir pour pays
Une contrée trop belle
Ni trop vivante
Ni trop particulière
Ni trop fière
Il vaudrait mieux
- si tu veux écrire
Ne pas être de Bretagne
Ni même de France – si ça continue
Mais n'être nulle part

Ne pas avoir pour langue
Une langue tordue de douleur
Une langue vivante
Il vaudrait mieux
Ne pas avoir de racine
Ni de sève

Avoir, l’argent
Cuillère en or dans la bouche
Avec le matériel
L'air du temps à consommer
Sans gêne
Sans souffle dans les cuivres

Ne pas avoir de matière
Ne pas être attaché à quelqu’un
N’aimer personne
Ne pas avoir de lien
Ne rien vouloir dire
Si tu veux écrire
Puisqu’écrire c’est devenu
Du vent sur le papier
Dans les journaux
Vendus au nom
De non-dits


Si malgré tout tu résistes
Tu veux écrire
Tu persistes dans les signes
Malgré tes pieds dans la glaise
Et ta tête en l’air

Malgré tes mots
Sans papier glacé
Ni reliure
Ni couverture
Pour les accueillir
Sans passer en revue
Tous tes mots non lus

Malgré toutes les anomalies de la nature
D’aujourd’hui

Ecrivain en herbe
Sur tes pauvres feuilles
C’est que – même quand tu sembles léger
Tu restes un arbre

Issu du grand arbre généalogique
D'une histoire

...

Ne te plains pas trop
D’être isolé

Tu n’es pas très haut
Mais aux beaux jours revenus du noir
Tandis les temps des cerises
Reprennent des couleurs
Trouvant espoir
Dans le coeur de l'hiver
Malgré le froid
Avec le charbon de bois

Revenus de la nuit
Réunis
Nous battrons le fer
A nouveau
Nous respirerons ensemble
Au poumon de la terre

Nous retrouverons le chemin
De la forêt

Nous irons cueillir les fruits
A la peau tendre
A la chair rouge

Les enfants viendront faire leurs cabanes
En poussant des cris et des rires
En compagnie d'oiseaux migrateurs
Nichés dans les branches

Chantant la musique familière
Du lointain
Nous nous sentirons pousser des ailes
Une autre fois...


Pour le moment
Fais comme tu peux
Plie toi mais
Je te supplie...

Ne romps pas

Nicolas Kelig

kelig.canalblog.com/


Publié dans Poésie du monde

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Du minéral au végétal

Publié le par la freniere

photo:  Mireille Barbieri

Publié dans Glanures

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Un enfant (France)

Publié le par la freniere

Je crois que je suis

vers l’âge de cinq ans

en voyant les bébés

voguer dans leur landau

j’étais un vieux bébé

privé de véhicule

et la pluie me glaçait

de son silence agile

 

ma naissance en retard

me promettait peut-être

une mort différée

mais j’ai perdu la foi

moi qui meurs chaque nuit

avec exactitude

Ah me réveiller neuf

comme un sifflet d’oiseau

 

comme un gâteau de miel

comme la pièce bleue

cousue dans un ciel gris

c’est pas demain la veille

 

Aujourd’hui j’ai laissé

la jeunesse au vestiaire

même si, belle amie,

tu me crois un enfant

Soit, je suis un enfant

hâtivement grandi

dont la barbe blanchit

 
Jean-Claude Pirotte
 

Publié dans Poésie du monde

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Sur le papier glacé

Publié le par la freniere

Sur le papier glacé et les écrans publicitaires, tout le monde est jeune et hygiénique, le sourire cool, le regard froid. Le vide autour de nous se remplit d’objets. Un encombrant déchet a pris toute la place, le cul, l’argent, le show. Des bébelles, des images, des mirages ont remplacé la main et la tendresse du jeu. La haine se consomme comme le reste qui n’est plus que nos restes. Les mains ligotés aux outils technologiques, nous produisons du vide sans distinguer les bons fruits des mauvais. On enterre le sacré sous les coquilles vides. Il n’y a plus de frères. Il n’y a plus que des rivaux agglutinés au tourniquet du paraître. Ils trahissent leur misère en endossant la mode. Ils négocient la honte sur des machines à sous. L’insignifiance a pris le stage d’assaut. Les follow spots n’éclairent plus qu’un manque. Il est temps que la colère des arbres ronge la paperasse et les bilans comptables. De quel sol germera l’onctueuse tendresse ? Aimanté par la rumeur des racines, je me tiens à l’affût. Je guette l’impossible émergeant du chaos. Je recueille les signes. Je suis l’oiseau qui chante en retrouvant la source, le pinson qui persiste au milieu des klaxons.

Ce qu’on appelle «croissance économique» n’est qu’un miroir aux alouettes. Les banquiers s’y mirent comme des paons ridicules. À bricoler des ruines, on ne sait plus bâtir à l’équerre du cœur. Les cloisons du décor empiètent sur le sens, les micros sur le chant, la surenchère sur la chair. Le corps n’est plus qu’un vêtement qu’on rafistole à coups de chirurgie. Nous tombons en morceaux l’un sans l’autre. La crête du vivant frissonne quelque part en fragments épars. Les chiens se mordent la queue et courent plus vite que leurs cris. À bûcher pour du papier, les bûcherons meurent de froid. La révolte se relève malgré tout, malgré les chars d’assaut et la fascination du fric,  les mensonges et les cotes d’écoute,  les camisoles de force, la peur et l’amnésie. Ils ont tout prévu, sauf la maille par où passent le rêve et la mémoire des ancêtres.

Je retourne dans les bois, creusés d’âge et de mousse. Je préfère être pauvre à mon compte que riche aux dépens des autres, ceux qui se graissent la patte et se remplissent la panse en détruisant la vie. J’ai tout appris par la force des choses. J’ai tout appris du feu, du verger, du lichen. Selon le cours du papier, même les bûcherons finissent par mourir de froid. Par le cantouque et la chouenne, des racines à la cime, je remonte la sève jusqu’à la tête des eaux. Que pourraient le bouleau sans le cèdre, l’érable sans le pin, le rhume des oiseaux sans la gomme d’épinette ? Je dirai donc la sève, l’humus et la colère des forêts, les cétacés enfouis sous la mémoire des glaces, le pollen courbé sur l’épaule du vent. Je lirai dans l’écorce ce que l’encre a tué.

La neige, en hiver, quand elle tombe en dansant, remplace les oiseaux. Je préfère le feu à la fumée, la parole au micro, l’écorce du bouleau à la nappe en papier, la barbe au prophète, le poète au notaire, celui qui rêve quand il neige, celui qui dort quand il vente, celui qui sort quand il pleut. On ne demande pas aux chercheurs d’or de sauver un oiseau, on le demande aux enfants. Je suis l’oiseau sans ailes qui vole dans son chant, l’arbre sans feuilles que réchauffe la sève. La neige ne va pas sans ombre ni la pluie sans soleil. En caressant du pied la bavette du poêle, je me réclame du froid, de l’espace et du vent. Je me réclame du pollen survivant au grésil, de la bannique et du portage. Je me réclame du capelan, du chevreuil, du lagopède rutilant. Mon cœur est une bête à portée de fusil.

Publié dans Prose

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Charles Mingus

Publié le par la freniere

medium-MINGUS-22.jpg

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Solo 3

Publié le par la freniere

Seigneur me voici c’est moi
je viens d’un pays de terre
les grillons chanteurs
modulaient de longues cantilènes
dans les armoires candides
et tandis que les horloges de chêne
scandaient le temps paysan allant
de tristes Tristan
harpaient des sônes d’amour
sous les tours anciennes
O les siècles et les saisons
dans les soirs embaumés de tilleuls
l’automne jaunissant de soleils
affligeait les Grands Meaulnes
en sabot
sous les préaux pleuraient les épagneuls

Seigneur me voici c’est moi
je me souviens du pays de France
Orléans Beaugency Vendôme
comptines et remembrances
assiègent les provinces fantômes
ça va très bien Madame la Marquise
c’était au temps des candeurs exquises
dans les greniers j’ai perdu mon enfance

Solo
sons
sônes
sanglots
je me souviens du pays de Bretagne
et des chants et des danses
et des transes
les fêtes de nuit
fusaient dans les campagnes
des Espagnes couraient dans les orages
il est des adieux qui valent des bonjours
et des amours violentes
comme des musiques
Rock-and-rollez moi
Dans le feeling de Dan Ar Bras
Folkez-moi
Dans la rage de Glenmor
Kan-an-diskanez-moi
Dans la joie du fest-noz

Oui
j’ai rêvé d’un peuple ébloui
de Terre Sainte revenus
les rois bretons et les bardes
paysannement
dans les bombardes
soufflaient des féeries
féeriquement
l’hydromel flambait
dans les bolées
et dansaient les villages
sur les collines

Mais pourquoi cette complainte
après tant d’allégresse ?
pourquoi cette païenne tristesse
au bout de la quête arthurienne ?
pleurez collines
pleurez vallons
sur les châteaux morts
de la Douloureuse garde
aux Bois dormants
reposent les épées et les poèmes
Seigneur Dieu
pourquoi vous cachez-vous
aux yeux de ceux qui vous aimaient
adieu les pieux errants
lierres et pierres
temps frivoles et sans pitié
temps meurtriers
ronciers
temps de mécréance
temps de médisance
dévorez-moi
dévorez-moi
car je ne saurai vivre
sans croire que les chemins
vont quelque part
en quelque ville

Seigneur Dieu c’est moi
j’ai fait un grand voyage
permettez que je retourne
en Bretagne
pour vivre encore quelques années
je n’ai pas grand âge
vous le savez
quelques printemps encore
donnez-les moi
afin que je vous loue
par l’aubépine et le laurier
accordez-moi quelques étés
afin que je vous chérisse
par la tendresse reposée
du myosotis et de la rose
Seigneur Dieu
au royaume de la terre
laissez-moi retourner
au temps d’hiver
je serai trouvère
trouvant prière
en mon âme recouvrée
Seigneur Dieu
redonnez-moi ma maisonnée
et ma femme française
qui tant patiemment
ma santé mauvaise
soigna à Botzulan
rendez-moi paroisse et commune
mes trois bouleaux
mes deux cyprès
et mon talus buissonnant
et le chêne tout frivolant
avec les tourterelles
tourterellant
rendez-moi les hirondelles
nichant
nizonnant
botzunalisant en la mémoire
des cheminées
Seigneur Dieu
ce que pour Lazare
en belle Galilée
vous avez fait
ne le ferez-vous pas
pour ma chair tant abîmée ?
Seigneur
c’est votre grâce
que je supplie
et non votre puissance
opérez ma renaissance
il suffira d’un peu de souffle
dans ma poitrine
d’un peu de salive
sur ma bouche chagrine
Seigneur maître de la vie
voici donc ma bretonne supplique
prenez mes plaies et mes peines
allégez ce fardeau que je traîne
dans les blanches cliniques
aux adieux des condamnés
comment me résignerais-je
comment dire adieu aux fontaines
aux sources aux rivières
à l’Elorn à l’Isole à l’Aven ?
Qu’il me souvienne
des bourgades humaines
du rire de l’aurore
à l’œil des fenêtres
comment quitter
tous ceux que j’aime
frères de Bretagne
amis de Seine
pourquoi faudrait-il
que m’adviennent
douleurs et précoce trépas
Seigneur Dieu
à pauvre et bonne pauvreté
votre riche palais ne convient pas
redonnez-moi ma jaune masure
et l’amour de la vie
et l’amour des hommes
car telle est la mesure
de notre seul honneur !
Seigneur
d’amour vous avez blessé Verlaine
et devant votre corps fabuleux
rue Ravignan
la chair de Max Jacob
est tombée par terre
Seigneur
par l’annonciation des poètes
je crois aux jours heureux
de votre Parousie
vous viendrez dans les vergers
par la voie lactée
et les sentiers d’ancolie
nos maisons de pierres
seront vos reposoirs
nous mettrons le pain le vin
sur la table
les colombes s’envoleront
des retables
O les ajoncs sensibles
dans la clarté du soir
amour aimant l’amour
feu brûlant le feu
incandescence
phosphorescence
brasier brassant brassée de flammes
aurore aurorant de coqs et de rosée
âmes embrasées
tendresses embrassées
phares effarés de brûlures
enluminures
Orantes illuminés de Rumengol
Piétas d’Argol pèlerinant
mers bouillonnantes
femmes fascinantes
nature fascinée
archanges et calvaires
pélegrinant
les rives chantent
s’illuminent les comètes
sur les terres bien-aimées
et s’éclatent les morts
et les croix et les tombes
dans l’enclos du soleil
O glèbe sauvée

(…)

Xavier Grall

Publié dans Prose

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Les chevaux 3

Publié le par la freniere

photo: Mireille Barbieri

Publié dans Glanures

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