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La Frenière au pays de VLB

Publié le par la freniere

 

Victoriaville, le 26 novembre 2010L’auteur Jean-Marc La Frenière présente au public son plus récent ouvrage intitulé « La langue est mon pays » publié aux Éditions Trois-Pistoles. Le lancement aura lieu le 5 décembre prochain, à 13 h 30, au café Méridien situé au 505, boul. Jutras Est à Victoriaville, dans les nouveaux locaux de Buropro.

 

L’événement propose une entrevue et une lecture publique suivie d’une séance de signature, avec ce poète coloré qui déclare élever des poules pour pondre des poèmes! « À défaut d’un pays, il nous reste la langue », écrit-il en préface de son ouvrage. Il parlera également de sa récente tournée européenne, de son passage au Salon du Livre de Montréal et de son prochain recueil à paraître en janvier aux Éditions Chemins de Plume à Nice.

 

Cet écrivain de Saint-Ferdinand, révélé en France par les Éditions Chemins de Plume qui ont publié ses trois premiers ouvrages de prose poétique « L'autre versant » en 2005, « Parce que » en 2007 et « Manquablement » en 2009, a reçu le Prix Voix Nouvelle du Salon du Livre de Trois-Rivières en 2010 pour son livre « Un feu me hante », publié par les Éditions d’art Le Sabord.

 

Mentionnons que le café Méridien entend ainsi offrir de beaux dimanches littéraires au cours de la prochaine année, en collaboration avec l’animatrice Danielle LeBlanc. Une première dans notre région qui saura plaire au public car de belles rencontres sont prévues au programme; à noter que l’entrée est gratuite.

 

Source :

Danielle LeBlanc

LeBlanc Jazz Communications

819 260-1164

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Petits vers presque écologiques

Publié le par la freniere

 

Ne tuez pas la mer,

la libellule, le vent.

N’étouffez pas le gémissement

(le chant !) du lamantin.

Le galagon, le pin :

l’homme est fait de cela aussi.

Et qui par vil profit

foudroie un poisson, un fleuve,

ne le faites pas chevalier

du mérite. L’amour

finit où l’herbe finit,

où l’eau meurt. Où disparaissant, la forêt

et l’air vert, ceux qui restent

soupirent dans le toujours plus vaste

pays dévasté : « Comment

l’homme disparu,

la terre pourrait redevenir belle. »

 

Giorgio Caproni 

 

Traduit par Philippe di Meo


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Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

C’est l’herbe des champs, fragile d’entre les choses fragiles, qui, de toute éternité, soutient partout la vie. S’il n’y avait l’herbe verte, aucun empire ne verrait le jour, et nul pain pour l’homme – car le grain, c’est l’herbe ; et pas plus Hercule que Napoléon ou Henry Ford n’eussent pu accéder à l’existence. La force brute écrase de nombreuses plantes. Et pourtant ces plantes repoussent. Les pyramides ne durent qu’un instant, comparées à la pâquerette. Avant que Bouddha ou Jésus aient commencé à parler le rossignol chantait, et bien après que les paroles de Jésus ou de Bouddha seront tombées dans l’oubli, le rossignol continuera de chanter. Point de prêche ni d’enseignement, ni de commandement ou d’intimation : juste le chant. Au commencement n’était pas le Verbe, mais le pépiement.

 

D.H. Lawrence


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Non aux éoliennes industrielles en milieu habité

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La MRC de plus en plus isolée

 

Plessisville, 24 novembre 2010 :  

 

Une trentaine de manifestants se sont de nouveau présentés à la séance des maires pour exprimer leur colère face au projet éolien de L’Érable devenu, selon eux, un véritable désastre social.

D’emblée, le président du Regroupement pour le développement durable des Appalaches,  Pierre Séguin, a exigé la démission du préfet de la MRC de L’Érable, Donald Langlois, qui s’obstine à faire la promotion d’un projet dont la majorité ne veut pas, sondage à l’appui. « Sur le terrain, à part quelques propriétaires qui recevraient des éoliennes et dont la grande majorité n’habite même pas le territoire, il est clair que ça ne passe pas. Le préfet ferme les yeux sur la destruction du tissu social et reste insensible à la détresse des gens, il contribue ainsi à la division et à la dégradation de la communauté. Nous avons un besoin urgent de leadership pour tenter de limiter les dégâts. M. Langlois est totalement en retrait de la réalité et a perdu toute crédibilité. Les nombreux conflits d’intérêts et irrégularités qui pèsent sur le projet nous incitent à en saisir la Commission municipale du Québec et même l’escouade Marteau de la Sûreté du Québec. »

 

Un porte-parole des propriétaires visés par une éventuelle ligne de transmission de 120 kV nécessitant 50 pylônes sur 13 km a brandi l’avis de la Fédération de l’UPA Lévis-Bellechasse, Lotbinière-Mégantic à l’endroit de la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ). La Fédération critique sévèrement la CPTAQ et demande : « d’orienter Hydro-Québec vers un projet d’enfouissement de ladite ligne le long des chemins publics…nous croyons que le temps est venu d’initier des changements de mentalités des promoteurs de projets dans le choix des tracés… La zone agricole doit cesser d’être perçue comme une alternative peu coûteuse pour la localisation de telles infrastructures. » On se rappellera que la presque totalité des propriétaires riverains avait signé une pétition de 210 noms s’opposant catégoriquement à l’implantation d’une telle ligne sur leurs terres. M. Jean-Pierre Baril, présent à la séance des maires et propriétaire d’une ferme de 1000 acres, a d’ailleurs écrit au premier ministre pour lui demander de ne pas autoriser le projet.

 

Le Mouvement Solidarité, un groupe distinct de quelques 25 propriétaires terriens, a également laissé savoir aux élus qu’ils avaient installé des affiches interdisant l’accès à leurs terres aux sentiers de motoneige et de quad. Les propriétaires sont furieux de l’appui de ces clubs au projet éolien en échange de subventions du promoteur. La position du Mouvement Solidarité est claire, telle qu’énoncée lors d’un point de presse le mois dernier à St-Ferdinand : « notre décision pourrait être reconsidérée si le conseil des ministres retirait ou basculait ce projet hors des milieux habités. » Plusieurs commerçants sont inquiets de la perte de revenus anticipée dont le Manoir du Lac William, principal employeur de St-Ferdinand, dont 75 % des revenus en hiver proviennent de ces activités récréotouristiques.

« L’intégrité du territoire et du paysage, le bien-être physique et mental de la population ne sont pas à vendre pour quelques bouchées de pain. Nous défendons les principes de la Loi sur le développement durable dont celui de l’amélioration de la qualité de vie. Il est urgent de dégager une vision stratégique sur cet enjeu important qu’est l’occupation du territoire au Québec dans une perspective de développement viable. En attendant pas question pour les communautés touchées d’être les cobayes d’une implantation forcée et inacceptable socialement » de conclure le président du RDDA.

 

   charron.claude@xplornet




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Tout entier (France)

Publié le par la freniere

 

Je le tiens tout entier contre moi. Je le tiens tout entier dans mes bras. Il se rendort. Sa respiration sur mon épaule. C'est comme consoler un petit soleil. C'est comme tenir entre ses doigts la nuque tremblante d'un oiseau. Il tient contre mon torse. Sa tête sur mon épaule. Je suis sa couverture. Je chasse sa frayeur. J'ai encore ce pouvoir d'effrayer sa frayeur. J'ai encore ce pouvoir de le tenir tout entier dans mes bras. Un jour je ne pourrai plus. Il sera alors irrémédiablement seul. Connaîtra le froid, le vrai, celui de l'intérieur. Le noir dedans son coeur. Pour l'instant, je le tiens serré contre moi. J'ai mal au dos et à la nuque. Mon bras gauche est ankylosé. Je n'ai mal nulle part. J'ai le pouvoir de le consoler. Je ne connais pas de plus grand pouvoir.

 

Thomas Vinau

 


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Un mot entre les dents

Publié le par la freniere

 

Il suffit d’une ficelle pour soutenir le monde, d’un tour de plus sur le manège, d’un poil sur la main, d’un mot entre les dents, d’une bouteille à la mer. La tentation d’écrire m’agite à tout moment. Je laisse des traces de pas tachés d’encre et d’images, des cicatrices de sens, des échardes verbales. Je ne suis qu’une vague dans la cohue de l’eau. Certains matins d’hiver, je réchauffe mes mains à lire le courrier. Il faut tant de flocons pour décrire la neige, tant de fleurs, tant de plantes pour écrire la terre, tant d’étoiles éteintes pour éclairer la mer. Trop d’idées meurent de faim dans une parenthèse. Trop d’images s’embrouillent dans la brume des chiffres. À défaut d’un pays, j’habite l’alphabet. Quand deux verbes se suivent, je marche dans leurs pas.

Un nuage endormi laisse pendre sa main sur l’épaule des pins. Un arc-en-ciel de feuilles interroge l’espace. Le baiser d’une graine fait germer l’espérance. Les agapanthes en fête embaument l’air du temps. Certains oiseaux sanglotent pour un arbre qui souffre et le vent les console en caressant leurs ailes. Pendant ce temps les hommes s’entretuent pour un Dieu. L’échelle dans le pommier servait de partition à l’enfant que j’étais. Je transportais mes rêves dans une brouette en bois, ma voix dans une flûte, mon espoir en sautoir. Tant qu’il y aura de l’eau, les fleuves souriront. Tant qu’il y aura des mots, les lèvres s’ouvriront. Je cherche la lumière où d’autres font de l’ombre.

Fermant les yeux trente secondes, je reconnais l’odeur derrière le paysage, la douceur d’une main, l’appel d’une mère. Tant qu’il y aura des morts, je chanterai la vie. La terre offre son corps dans un panier de fruits. J’habille ce matin de quelques mots sonores comme l’œil écarquillé d’une fleur au soleil. J’écoute les oiseaux qui coursent les nuages et le trille des choses sous la lumière du jour. Le temps se déshabille dans le chant de l’instant. J’inverse les questions, les réponses et les doutes. À force de planter des mots, les phrases courent partout, de la cave au grenier. Les oiseaux font leur nid avec les adverbes et pondent des poèmes.

Quand les mots sont des ronces, ce sont les yeux qui saignent tout au bout de la phrase. Dans la forêt des idéologies, pour chaque homme adossé à l’arbre, il y a toujours un tireur assis. Il y a des portes qui ne savent pas s’ouvrir, des vitres sans sourire, des maisons sans amis. Je préfère habiter une mansarde en fleurs, la Bastide à Milou, le palais du facteur Cheval, une simple peau d’homme. Il y a aussi des maisons pleines de livres, des machines à pluie, des arcs-en-ciel cachés. J’écris les yeux fermés pour trouver la lumière. Quand on sème des pleurs dans une terre en fleurs, ils poussent en sourires. Qu’il pleuve ou fasse soleil, il fait toujours beau quand on sème ou qu’on s’aime.


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L'Oiseau de Dieu

Publié le par la freniere

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Revoilà l'Oiseau. Ces derniers temps, j'ai été occupé à sauver d'autres bêtes dans mon arche intime, et puis j'ai levé le menton et il était là. Toujours perché sur le plus haut mât...Où qu'on veuille voguer dans l'existence, après bien des déluges, l'Oiseau de Dieu n'abandonne pas le navire.

Tous les prétextes sont bons. Les cinquante ans de sa mort. Pourquoi pas les quatre-vingt-cinq de sa naissance ? On devrait plutôt fêter la date de chacun de ses solos : les soixante-trois ans de Lover Man, les cinquante-huit ans de Cherokee, les cinquante-deux ans de Perdido...

Qu'importe ! L'Oiseau est là, il prend le monde de haut. On dit « l'Oiseau », mais ce n'était pas un oiseau, c'était une cage à oiseau, aux mille oiseaux ! Aigle avec Gillepsie, corbeau avec Miles. Plus faucon que Coleman Hawkins ! Condor planant avec les cordes. Fou de Bassan piquant dans les vagues be-bop ! Pélican dévorant ses disciples ! Rouge-gorge tout intimidé devant Lester Young. Pigeon au début, albatros à la fin ne pouvant plus entrer nulle part à cause de ses ailes. Paon faisant la roue dans des rythmiques carrées. Poulet au ténor, et même canard quand son anche siffle !

Et puis petit moineau. C'est ainsi que la baronne Nica l'a trouvé un soir sur son paillasson, évanoui. Elle l'a ranimé doucement. Il est revenu à lui, à l'un de ses lui. Dieu qu'il était plusieurs ! Plouc obtus, maquereau à rayures, gentleman vicieux, enfant boudeur, bête de sexe, gangster sympa, clochard pensif... Ce sont tous ceux-là qui sont morts chez elle, en mars 1955. La personnalité de Parker était perpétuellement en mouvement. Il jouait des personnages différents sans arrêt comme un acteur de composition a besoin de se transformer. Sa tête, son corps changeaient. Il pouvait avoir soixante-dix ans et une heure plus tard, vingt-cinq. Il pouvait se comporter comme un petit-bourgeois américain et l'instant d'après, aucun Zoulou en rut n'aurait pu rivaliser avec sa sauvagerie. Son regard seul demeurait intact au milieu de ses métamorphoses. Un regard où l'intelligence crevait les yeux. Un regard d'amour noir qui ne se fatiguait jamais, le regard de quelqu'un qui avait tout vu, tout dévoré.

Charlie Parker parlait, il disait des choses avec son saxo, ce n'était pas que de la musique. Charlie Parker aurait très bien pu être autre chose qu'un musicien de jazz. Un coureur automobile, un chimiste, un tueur à gages...Il faut croire que les gens ne sont pas assez intelligents pour comprendre que la musique se comprend avant de s'écouter, les yeux au plafond, béatement, abstraitement, avec ce qu'ils appellent leur « goût ». Aimer Charlie Parker, mais qu'est-ce que ça veut dire ? On n'aime pas Charlie Parker. Il faut le comprendre d'abord, savoir quel homme il était, et pourquoi il était cet homme.

Vous voulez vraiment savoir pourquoi ? Parce qu'il avait pour mission sur terre d'improviser, c'est-à-dire explorer l'espace d'un seul instant, s'aventurer à la conquête du présent, ce continent effrayant. Improviser est une épopée. Un compositeur comme Monk construit en pleine jungle des châteaux, des pyramides. Parker, lui, partait ailleurs avec, pour tout bagage, son pauvre petit instrument sur le ventre, pendu à un cordon, et c'est avec ça qu'il devait s'extraire, comme avec un scalpel, toutes ses glandes, ses polypes, ses tumeurs de beauté qu'il déployait ensuite en guirlandes et qu'il accrochait aux hommes comme sur des sapins de Noël.

Pour jouer comme il jouait, il fallait être plus qu'un Noir américain de la seconde partie du vingtième siècle. Plus qu'un drogué ! Il fallait être un piqué à mort, mais par ses propres notes, millions d'abeilles jaillissant agressivement de son saxo quand il soufflait dedans, et qui lui revenaient dans la figure. Ô Bird aux milles dards.

Ah ! son chant ! Son chant de rossignol en sang ! Son chant euphorique, noir et grinçant, pur et puissant ! Spirales envolées, volutes cascadantes ! Coups de foudre à l'envers ! Tornades d'épines !

Qu'est-ce qu'il y a donc dans un solo de Charlie Parker ? Des danses d'enfants blessés, ça c'est sûr. Et aussi des luges pleines d'esquimaux fous fonçant dans la nuit polaire, et des torrents de fleurs rouges. J'y vois et j'y entends également des acrobaties d'ours aveugles qui se balancent du haut de trapèzes électriques. Et surtout des chutes du Niagara en plein salon et des tremblements de montagnes sur la Lune. Un solo de Charlie Parker, c'est un trou noir illuminé par des feux de Bengale, et des bagarres au fond de la mer entre cinq cent mille poissons pris de fou rire ! C'est un orage de larmes qui s'abat sur une seule petite fille. Un solo de Charlie Parker, c'est avant tout un duel d'araignées sur la neige et beaucoup de baisers de tigre sur votre corps crucifié.

 

Marc-Edouard Nabe

 

Jazzman n°111, Mars 2005

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Naissances

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Je t'ai aimé

Publié le par la freniere

 

Je t’ai aimée debout sachant le monde assis.
Je t’ai aimée pour toi sachant la mort au bout.
Je t’ai aimée pour tout malgré le rien autour.
Je t’ai aimée comme l’air malgré l’orage au ciel,
la mer malgré le poids de l’eau,
la terre protégeant ses racines.
Je t’ai aimée d’amour malgré la haine autour.
Je t’ai aimée par devers moi.
Je t’ai aimée ailleurs en te gardant si proche.
Je t’ai aimée ici sachant la route longue.
Je t’ai aimée pour toi.
Je t’ai aimée partout.
Je t’ai aimée pour nous.
Je t’aimerai toujours.

 


Publié dans Poésie

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Que serons-nous ?

Publié le par la freniere

 

Il n’y a pas vraiment d’écart entre la nuit et le jour, le sourire et les larmes. Chaque parcelle de vie contient les deux. Il y a un gouffre immense entre les contes et les contrats, les comptes et les contras. Le doigt sur la gâchette unit la Bible et le Coran. Les mêmes marchands de canons appuient sur la détente. En Amérique du Sud, les bêtes d’abattoir ont déplacé l’Indien. La coke et le café ont remplacé les fruits. La Banque d’Amérique égorge les péons. À vendre la tempête, la forêt, la lumière, on étouffe la vie. Je ne veux plus de chefs, plus de lois, plus de rois, ni blancs ni rouges ni noirs ni jaunes, plus de dieux, plus d’argent, plus de banques. Je ne veux que des hommes se partageant le pain. S’il faut qu’il y ait un Dieu, que ce soit un manchot, un boiteux, un aveugle, un dieu quittant l’église pour être avec les hommes, une petite fille à couettes ou un hurluberlu, pas un marchand de promesses. Il faut préserver l’âme contre les prédateurs, ménager la rivière pour que chacun puisse boire, aménager la vie comme on fait d’un jardin. Le but de la vie est d’aimer. La vie des riches est contraire à l’amour. Tout y est marchandise. La terre est une famille, la montagne un grand frère, le nuage une sœur. Les ruisseaux sont cousins, les poissons des ancêtres. La terre est l’utérus. On continue d’y être bien après être né.

Les routes n’étaient pas destinées aux voitures mais aux rites. Les routes destinées aux rites sont devenues commerce. Il n’y a plus de dates en quête d’éternité mais des horaires de travail, des échéances, des factures. Il est étonnant que l’avancée de la science ait marqué un recul dans la moralité. On a greffé des chiffres sur le chœur des enfants, des images de synthèse sur les yeux des lézards et des téléscripteurs sur les battements du cœur. L’argent ne devait jouer qu’un rôle insignifiant. Il a pris toute la place et débauché l’amour. Celui qui s’enrichit aux dépens des autres appauvrit l’univers. Autrefois, on parlait de la bouche à l’oreille. On disait des mots tendres. Aujourd’hui, on se parle par les trous du néant. On jappe au téléphone au milieu de la foule. On n’écoute pas les mots mais le bruit des consonnes. On élève la voix pour se sentir vivant.  On émiette le temps sur un téléviseur. On ne croit plus à rien qui ne soit pas à vendre. Fatigués de souffrir, les yeux du paysage iront se réfugier dans l’écorce et le fruit. Je ne suis pas venu au monde pour bâtir des murs mais réjouir la source, semer des fleurs, faire chanter les mots. La graine dans la terre alimente l’espoir. La pomme dans la bouche devient une autre chair.

Aucune pluie n’efface la colère des rides. Que faire quand la douleur du monde vient s’asseoir à ma table ? Baisser les yeux ou lui tourner la tête ? Je suis allé, je suis venu et je n’ai pas trouvé la route. On n’écrit pas sans risque. Quelques mots pour éclairer le monde, tant d’autres pour l’éteindre. Quelques lignes pour aimer, tant d’autres pour haïr. On ne compte pas les jours sans en perdre le compte. Il ne suffit pas seulement d’être con pour écrire, faire du squeege sur les nuages, la brouette sur un fil. Il faut surtout aimer la vie. Dans le cuivre des jours, je taille des trompettes. J’en épluche le son. Ne vous fiez pas à ma couleur de peau. Je suis un Peau-Rouge, un Noir, peut-être un sang mêlé à toutes les racines, de l’écorce à la pierre. Je ne suis surtout pas un Blanc aux larmes de banquiers. Nous sommes tous des Sauvages. Il y en a trop qui s’arrêtent de rêver quand ils s’éveillent. Ils s’obligent à travailler sans savoir pourquoi. Ils caressent leur char mais embrassent leur femme du bout d’un téléphone par peur des microbes ou des lèvres en cœur. Ils se vendent pour acheter ce qui cache leur manque. Malgré tous les flics avec leurs gueules de bois dont on fait les matraques, j’essaie chaque matin de me lever complet, le rêve dans une main écrasant la monnaie et quelques mots dans l’autre pour creuser jusqu’à l’âme.

Je ne sais où me mènent mes chaussures de vent dépourvues de lacet. Je marche à pas de plume au rendez-vous des errants. Je veux répandre des oiseaux dans les ruelles sales, des fleurs sous la peau, des vagues sous le chapeau, des mots faits de lumière sur les carreaux du monde. L’oiseau qui ne chante pas demain porte la voix d’un ange. Je traverse les jours à l’envers des semaines. Les dimanches succèdent aux lundis. Tous les samedis sont blancs dans la marge des livres. Ce n’est pas son habit qui tient l’homme debout ni ses souliers qui marchent. Les mots ne pleurent plus mais saignent pour de vrai. Les bombes pleuvent entre Ismaël et Israël. Si je parle des arbres, des fleurs, des oiseaux, c’est pour supporter l’homme assujetti au fric, les femmes soumises aux flics, les enfants meurtris par la trique des prêtres. Devant les goulags de Staline, j’ai changé Karl pour Groucho et les idées pour la musique. Si le passé me rend obèse, c’est par les phrases que j’ai tues et les gestes ratés. Je les porte en moi comme un pain de famine alourdissant le cœur. J’ai le couteau de Lichtenberg enfoncé dans les mots. Il ne fait pas saigner mais coupe la parole.

Que serons-nous sans contes, sans légende, sans autre voix que celles des portables ? Que serons-nous sans arbres, sans larmes, sans amour ? Que serons-nous sans mots sinon ceux du commerce ? Que serons-nous sans nous quand les monstres d’acier auront tout démoli ? S’il n’y a plus d’espoir, j’écrirai pour en faire. Le passage est étroit dans le regard des hommes. Le visage du monde tient mal dans un cadre. Même si la terre nous mord, il faut tendre la main à la moindre goutte de pluie. J’habite encore le sommeil de l’enfance. J’entends le cœur du temps faire craquer les murs. On ne sait pas trop bien ce que dit la mémoire. Le vent seul rend compte du passage des anges. Je reverrai toujours, le saule, le ruisseau, la balançoire, la peluche et le chat. Dans les jeux de ruelle, j’étais toujours l’indien, mais quand j’étais cowboy, j’échangeais mon colt pour un arc et des flèches et j’enterrais la hache de guerre. À défaut de sous blancs, je traîne dans mes poches des cailloux de ruisseaux. On n’allume pas de feu en frottant de la monnaie. Ma petite ligne de vie me sert de crayon, ma ligne de cœur de grammaire. Mes mots retroussent les iambes du poème, les jambes du décor, les jupes de la vie. Je mêle des papillons aux flocons de la neige. Je mets du vin de glace dans les flacons d’hiver, mes deux pieds dans les flaques, mes yeux sur l’horizon, mes deux bras dans l’azur.

  

Publié dans Prose

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