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À vivre sous zéro

Publié le par la freniere

 

Le rêve a les doigts si fragiles. À vivre sous zéro, je les réchauffe avec des mots. Je rapièce du cœur la laine des voyelles, les consonnes en loden, les pouces de mitaine qui agitent la voix. Je ne sais pas écrire mais j’écris. On n’apprend pas à vivre. On essaie de faire mieux à chaque nouveau pas. Je fais des métaphores comme on sort du coma. J’accompagne la pluie, la neige, l’ouragan. Le vent ne marche pas au pas. La terre n’appartient à personne. Ce que m’offre un désert, j’en dessine la source. «Il va pleuvoir» disent les feuilles. Seule la pierre les croit. Je sors avec mon parapluie, mon parapluie de mots, celui qui s’ouvre d’un coup de crayon, se ferme sous la gomme et s’ébroue sur la page. Ça court dans les rues. Des piétons cherchent leurs pieds comme je cherche mes mots. Les autos roulent en sens inverse. Les images s’embrouillent. Les bagages font la grève dans la gare de triage. Des métaphores s’égouttent au milieu de la route. Je cherche la forêt au-delà des immeubles, une parole pure entre les dents cariées. Je mets le ciel dans un panier, entre la poire et le fromage, un peu de lac dans mes yeux, quelques brins d’herbe dans ma voix. Je porte sur ma langue le sel du pays, la saveur d’un accent, la neige dans mes yeux. L’herbe s’avance vers la pluie comme une femme en chaleur. Dans l’œil qui aboie, toute une meute d’images réveille le matin. J’entrevois un verger dans le noyau d’un fruit, la vérité du ciel quand un éclair s’éteint, l’odeur de racines dans la paille d’un nid, des bulles de lumière sur la poussière des meubles, la prière des insectes dans le crottin de cheval, l’infini dans un mot. J’ajuste l’horizon à mes yeux de presbyte. Je hisse mon poème jusqu’à l’inespéré. Les mots se changent en herbe, en proverbe, en provende.


Publié dans Prose

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Coeur petit (Pologne)

Publié le par la freniere

 

Le projectile que j’avais tiré

durant la grande guerre

a fait le tour du globe

et m’a frappé dans le dos

 

au moment le moins adéquat

quand j’étais certain déjà

d’avoir tout oublié

ses fautes – les miennes

 

pourtant j’ai voulu comme les autres

effacer de ma mémoire

les visages de haine

 

l’histoire me consolait

j’avais combattu l’oppression

et le Livre avait dit

-Caïn c’était lui

tant d’années patiemment

tant d’années vainement

j’ai lavé à l’eau de pitié

la suie le sang les offenses

pour que la noble beauté

la splendeur de l’existence

et même peut-être le bien

aient en moi leur demeure

n’avais-je pas comme les autres

souhaité retourner

vers la baie de l’enfance

le pays des innocents

 

le projectile que j’avais tiré

d’une arme de petit calibre

défiant les lois de la gravitation

a fait le tour de la terre

et m’a frappé au dos

comme pour dire

– rien ni personne

ne sera pardonné

 

me voici donc assis solitaire

sur une souche d’arbre abattu

très précisément au centre

d’une bataille oubliée

 

et  je tisse araignée grisonnante

des considérations amères

 

sur la mémoire trop vaste

sur le coeur trop petit

 

Zbigniew Herbert

traduit par Jacques Burko


Publié dans Poésie du monde

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Les Grands-Pères

Publié le par la freniere

 

 

Un excellent article de Louise Langlois sur Victor-Lévy Beaulieu.

 

envapements

 

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Il voulait faire venir

la Rome nouvelle mais elle,
elle n'était pas
pour ça de venir de même,
dans une grosse Bible
toute
ramanchée
de travers

Publié dans Glanures

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

Ce qui valait pour deux un jour vaudra pour tous.

 

Georges Haldas

 


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Empreinte fossile de feuille (Vietnam)

Publié le par la freniere

 

Dans ma main un morceau de charbon.

Dans le charbon une empreinte fossile de feuille.

Nervures et pédoncule, traits d’une fraîcheur intacte.

Plus de deux cents millions d’années ont passé

et dans le charbon que je tiens en main

je sens la feuille palpiter encore

de vie en communion avec moi.

Je caresse sa tendre image

et me reviennent en mémoire

forêts, sèves des premiers printemps…

Né tard dans la spirale de l’univers,

je suis riche de l’âge de la feuille,

riche de l’âge du charbon,

riche du nouveau printemps des hommes.

Citoyen de l’univers,

Les desseins du ciel me concernent.

Le charbon palpite des ondes indélébiles de la vie :

ce matin, à la mine de Câm Pha, le cœur d’un mineur

                        explose de joie.

 

Cù Huy Cân

Traduit par Paul Schneider


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Salon du Livre de Montréal

Publié le par la freniere

 

 

Je serai au Salon du Livre de Montréal 2010

 

Jeudi, 18 novembre : 19-20.30 hres

Vendredi , 19 novembre: 15-17 hres

                                            19-20.30 hres

Samedi, 20 novembre : 20-21 hres

Dimanche, 21 novembre : 17-18 hres

 

Stand 556  Sogides Éditions Trois-Pistoles



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Mes camarades plantes

Publié le par la freniere

 

 

Je voyage avec l’eau. Je brûle avec le feu. Je souffle avec le vent. Mes camarades plantes et mes amis cailloux accompagnent ma voix. Je suis complice du lierre, de l’ortie, de l’érable. Je suis le compagnon du sable et de la neige. J’accompagne la pomme quand elle gonfle sa chair. Chaque phrase est une fleur qui s’étire, une source qui bruit, un oiseau qui s’envole, une plante qui se dresse, une pierre qui roule.  Innocent de village, je parle avec le bois dont sont faits les feuillages. Je susurre la vie à l’oreille fine de l’air. J’écris dans la blessure de l’homme. Au milieu de tant de morts, je ne veux que parler de vivant à vivant, pour les debout, les seuls, les entêtés de l’amour, les ramancheurs de rêve, les semeurs de bonté, les réclameurs de feu dans la froidure du temps. Je dors en chien de fusil sur les champs de bataille. Je dors en feu de bois au milieu de la neige. Je m’éveille en parole au milieu du silence.

Les phrases nous égarent pour mieux nous retrouver. La remontée du temps ramène la lumière sur les pépites du sens. La vie montre ses veines sur les bras d’une phrase.  À modeler des images, la langue lèche l’invisible. Je ne suis pas parti et je reviens déjà. Je ne suis pas des vôtres, commerçants de la mort, vos dieux distribués dans des gestes d’argent, vos bombes cotées en Bourse, vos prières à crédit, vos marchés de dupes, vos marche ou crève. Je ne pourrais pas vivre avec des mains mortes, un cœur en porcelaine, des trente sous dans les yeux, des secondes rassies dans le sachet du temps. Je suis avec la fraise qui saigne sous la dent, le vent qui pleure dans mon cou, la pluie qui lave le passé. J’ai trouvé dans les livres la source des fougères, les eaux calmes des yeux, l’ouragan des colères. J’ai trouvé dans l’enfance des pas pour le présent, des mains pour l’avenir. Je suis venu pour servir la rosée, caresser les chevaux, boire de plante en plante le chemin de la sève, voir plus loin que loin dans une simple brindille.

Si présent dans mes rêves, je me lève au matin sans pouvoir être là. Je me cherche partout. Je cherche les manchons de la charrue de vivre. Le vent n’efface pas ce qu’écrit la poussière. La poudre des paroles s’incruste sur la peau. Ce qui se meurt en moi doit sûrement vivre ailleurs. On veut des équations, des histoires, des sentences, des excuses. Je ne veux qu’une parole simple. Je ne veux pas d’une vie comptée par les marchands. Devant ce monde aveugle, je me ferme les yeux pour regarder devant. L’échelle de mes mots cherche un appui dans l’air. Je flotte comme une eau sur ce qui n’est pas dit. Tout un peuple de mots brise l’enveloppe du silence. Je vais de l’un à l’autre sans vraiment les connaître. Dans la maison des saisons, le temps claque la porte. Le ciel se couche au ras du sol. Je joue avec les arbres, ces animaux de sève aux jappements de feuilles. Je suis resté la boue, la bouse, la rivière. J’avance en verbivore dans l’herbe du poème. Par-delà ses ossements, il m’arrive encore de parler à mon loup. Au détour d’un mot, ma main se pose sur ses poils perdus.


Publié dans Prose

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Le Séjour invisible

Publié le par la freniere

 

L’amour que je connais aujourd’hui- pour tout, pour tous- n’impose aucune amoureuse. Je connais le grand amour en aimant dans le vide, dans la forge d’abîme. L’amour, ce tison le plus délaissé, le plus sali, le plus souillé. Ce matin, à la radio, cette parole criminelle : la femme est une marchandise. Ce coup soudain derrière la nuque. Cette très jeune fille : les artistes sont des cancres. Oui, je voudrais être un cancre jusqu’au bout, un cancre qui n’en finira jamais d’aimer le monde, d’échanger avec lui chaque jour sa plus belle part d’ignorance. Toute ma vie, je fus porté par la plus petite étoile qui soit : l’insomnie. Elle a fait entrer pour moi, dans les livres écrits à mon insu, un trop plein de lumière que le monde ne me reprendra plus. Surgit un temps où même la mort ne peut plus rien contre nous. C’est inouï. Elle bat pourtant de ces deux ailes contre nos tempes. Elle rassemble passé et avenir. Ils perdent leur vie dans des conversations insignifiantes. Ils se ruent à perdre haleine dans la vie médiocre et veulent entraîner dans leur sillage tous ceux qui vivent avec eux, auprès d’eux. Vient cependant un jour où aucune douleur ne vous déchiquète plus, ne vous embrase plus. Quelque chose, au fond de vous, est demeuré intact, pur, quelque chose qu’ils n’ont pu altérer, détruire. Dès l’enfance, par maladresse, on nous dessine un chemin sinueux. Il s’agit alors de quitter ce chemin, de s’élancer vers d’autres soleils, d’éloigner les eaux ténébreuses où la noyade est proche. Puis vous atteignez la terre de langue affolée. Qui vous appartient en propre et vous a fendu l’âme et le corps de part en part. Cette langue panique est langue de vérité, couverte de charbon et de lumière.

 

Joël Vernet


Publié dans Poésie du monde

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Ernesto Cardenal

Publié le par la freniere

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Ernesto CARDENAL est un des grands poètes de notre époque. Mystique et révolutionnaire, prêtre et ancien ministre du gouvernement sandiniste au Nicaragua, il est à l’origine de l’"extériorisme" dont il dit lui-même que c’est « la poésie objective : narrative et anecdotique, composée à partir des éléments de la vie réelle, de choses concrètes, de noms propres, de données exactes, de chiffres, de faits, de dictons. Bref, c’est la poésie impure… Pour moi, seule la poésie susceptible d’exprimer la réalité latino-américaine, d’atteindre le peuple et d’être révolutionnaire est l’extérioriste… La poésie peut servir à construire un pays, à créer un homme nouveau, à changer la société, à édifier le Nicaragua à venir…».

Né à GRANADA (Nicaragua) en 1925 dans une famille de propriétaires et commerçants aisés, il passe une enfance heureuse à LEÓN (la ville du poète Rubén Darío) où ses parents étaient hébergés dans la grande maison de la tante Trinidad, une des personnes qui marqueront son existence. A 12 ans, il entre comme interne au collège des jésuites de GRANADA, au bord du lac Nicaragua, ce lac qu’il ne quittera jamais vraiment.
Une vie sociale insouciante, ponctuée de fêtes, n’entrave pas, dans sa jeunesse, sa vocation d’artiste et de poète, encouragée par son parent, le poète José Coronel Urtecho. Il poursuit des études de lettres à Mexico et à New York (Columbia University), voyage en Europe : Espagne, France, Italie… Pendant toutes ces années de jeunesse, il est hanté par les "jeunes filles en fleurs" mais, à travers elles, c’est la perfection, c’est l’amour parfait qu’il recherche : Dieu. Le samedi 2 juin 1956, il est terrassé par une expérience mystique qui le conduira, en mai 1957, au monastère trappiste de N.D. de Gethsémani (Kentucky – U.S.A.). Son Maître des novices est le poète mystique et écrivain Thomas Merton qui exercera sur lui une influence décisive. Des raisons de santé obligent Ernesto Cardenal à quitter la Trappe au bout d’un an, non sans avoir fait le projet avec Merton d’une fondation religieuse en Amérique Latine. Pour ce faire, il doit être prêtre : après un temps de réflexion au monastère bénédictin "expérimental" de CUERNAVACA (Mexique), qui avait à sa tête le prieur Gregorio Lemercier, adepte de la psychanalyse, il commence ses études de théologie au Séminaire pour vocations tardives de LA CEJA (Antioquia), en Colombie.
Ordonné prêtre à Managua le 15 août 1965, il obtient l’autorisation de fonder une communauté religieuse dans une île de l’archipel de SOLENTINAME (Lac Nicaragua). Il retrouve le lac de son enfance, une nature exubérante qu’il ne cesse de chanter et qui le rapproche de Dieu. Au cours des années, cette communauté, au départ purement religieuse, évolue. Sans perdre sa vocation première, SOLENTINAME est aussi un lieu de rencontres, un centre culturel et artistique. Comme Cardenal initie à l’art les paysans et les pêcheurs, SOLENTINAME devient un important centre de production de peinture "naïve" qui fournira à l’écrivain Julio Cortázar l’inspiration de son conte fantastique : Apocalypse de Solentiname.
Ce sera enfin un centre de résistance politique au régime des Somoza. Ernesto Cardenal s’était toujours opposé à la dictature en place mais, après un voyage à Cuba, cette opposition devient plus politique : les jeunes laïcs de la communauté, issus de familles paysannes pauvres, se radicalisent ; les messes du dimanche sont l’occasion de commentaires des textes sacrés actualisés par les populations locales : l’Evangile a de nouvelles résonances… Ernesto Cardenal publiera ces commentaires de la "Bonne Nouvelle" qui s’inscrivent dans ce grand mouvement latino-américain d’Eglise Populaire et de Théologie de la Libération.

Le Front Sandiniste de Libération Nationale entre en contact avec Ernesto Cardenal à qui il confie quelques missions officieuses (comme son témoignage, en 1976, devant le Tribunal Russell) ou secrètes. (C’est au cours d’une mission au Venezuela, en 1977, que le père Cardenal apprendra que Somoza a fait détruire Solentiname par la Garde Nationale.) SOLENTINAME participe au rapprochement qui se réalise peu à peu entre les sandinistes athées et les chrétiens, de Solentiname ou d’ailleurs, révolutionnaires ou membres de la haute bourgeoisie. Un vrai mouvement populaire prend forme qui, après quelques échecs, entrera victorieux dans Managua le 19 juillet 1979.
Le nouveau gouvernement entreprend immédiatement d’importantes réformes, principalement une réforme agraire, le développement d’un système de santé, et surtout une intense campagne d’alphabétisation : les jeunes qui savent lire partent alphabétiser les paysans de tout le pays. Ernesto Cardenal est nommé Ministre de la Culture. Il lui faut tout inventer. Outre l’alphabétisation, il développe de très nombreux projets de culture populaire : poésie, théâtre, peinture, sculpture, danse, etc…

Dès 1980, dans sa lutte contre "l’empire du mal", Ronald Reagan organise, par l’intermédiaire de la CIA, une opposition armée, composée d’anciens gardes somozistes qui s’entraînent au Honduras : la Contra. Malgré l’élection en 1984 de Daniel Ortega (avec 63% des voix) à la Présidence de la République, malgré la condamnation, en 1986, des activités de la Contra par la Cour Internationale de Justice de La Haye, l’agression contre le pays continue et fera 29.000 morts.
A la fin des années 80, cet état de guerre et l’embargo U.S. étouffent le pays ; le malentendu entre les sandinistes et les indiens Miskitos sur la côte atlantique (ex-colonie anglaise) est exploité par la Contra ; le projet révolutionnaire s’essouffle ; la pression économique mondiale conduit le gouvernement sandiniste à prendre des mesures d’austérité alors que les petits paysans s’insurgent contre une réforme agraire insuffisante à leurs yeux et qui ne leur a pas permis de sortir tous de la misère. En outre, dès le début, l’Eglise officielle du Nicaragua, en la personne de Mgr. Obando y Bravo, archevêque de Managua, mène le combat antisandiniste avec l’approbation de Jean-Paul II qui ne supportait pas la présence de trois prêtres dans ce gouvernement. La situation s’était tendue pendant le voyage de Jean-Paul II au Nicaragua : il avait clairement déclaré son hostilité à une Eglise Populaire lors de la messe "chahutée" du 4 mars 1983. Et c’est au début de ce voyage que le monde entier a pu voir à la télévision la célèbre scène où, sur la piste de l’aéroport de Managua, Jean-Paul II, les deux index tendus, accable de remontrances un homme agenouillé devant lui : le prêtre Ernesto Cardenal qui refusait d’obéir et de quitter son poste de Ministre de la Culture. Ce refus conduira le Vatican à prendre, deux ans plus tard, une sévère sanction : le père Cardenal se voit interdire l’exercice de son ministère sacerdotal.

En 1988, officiellement pour des raisons économiques, le Ministère de la Culture est supprimé et Ernesto Cardenal est nommé président du Centre National de la Culture.

En février 1990, les sandinistes perdent les élections. Daniel Ortega remet démocratiquement le pouvoir à la présidente élue (avec 54,2 % des suffrages) à la tête d’une coalition hétéroclite : Violeta Chamorro, la veuve du héros national Pedro Joaquín Chamorro (cousin d’Ernesto Cardenal), l’ancien directeur du journal Novedades assassiné en 1978 sur ordre de Somoza.
Les successeurs de Violeta Chamorro, Arnoldo Alemán, d’Alianza Liberal (parti conservateur), élu en 1996 (et qui sera ensuite traduit devant les tribunaux pour corruption), puis Enrique Bolaños, du Partido Liberal Constitucionalista (parti conservateur), élu en 2001, entraînent le pays sur la voie du néo-libéralisme économique. Les dirigeants sandinistes (dont certains sont éclaboussés par des scandales) se rallient à l’économie de marché, aux investissements étrangers, etc… De nombreux cadres et intellectuels sandinistes, refusant l’abandon des acquis de la révolution et souhaitant rester fidèles à son esprit, quittent le parti sandiniste. Parmi eux : Ernesto Cardenal (le 24-10-1994) suivi, quelques mois plus tard, par son voisin du quartier Los Robles, à Managua, le romancier Sergio Ramírez qui avait été Vice-président de la République. Ernesto Cardenal estime que la Révolution est "perdue" mais refuse de croire que c’est définitif.

Proche du M.R.S. (Movimiento Renovador Sandinista), Ernesto Cardenal reste très critique à l’égard des dirigeants sandinistes actuels, en particulier de Daniel Ortega (et de sa femme). Ce dernier, qui s’était déjà rapproché de l’Eglise, a été réélu Président de la République le 5 novembre 2006 grâce à l’accord (El Pacto) conclu en 2000 avec un des partis libéraux, celui de l’ancien président Alemán, condamné à 20 ans de détention pour détournement de plus de 50 millions de dollars. Le vice-président est : Jaime Morales Carazo, ancien membre de la Contra.

La situation politique s’est tendue en juillet 2008 avec l’interdiction faite au Parti Conservateur et au M.R.S. de présenter des candidats aux élections municipales de novembre 2008 (qui ont été majoritairement gagnées par le pouvoir grâce, semble-t-il, à une fraude massive). L’opposition (Parti Libéral et MRS) dénonce cette fraude et les persécutions contre des journalistes, contre des associations, contre les mouvements féministes.

Lors de la prise de fonction du président Lugo du Paraguay (15 août 2008), Ernesto Cardenal a violemment dénoncé la corruption et l’autoritarisme du gouvernement nicaraguayen. A son retour à Managua, il est condamné par un juge, ancien membre de la Sécurité sandiniste, pour une vieille accusation d’injures dont il avait été totalement blanchi en 2005. Echappant à la prison en raison de son âge, il a vu ses comptes bancaires bloqués. Cette condamnation a déclenché un vaste mouvement de soutien avec, à sa tête, Eduardo Galeano (« condamnation infâme d’un juge infâme au service d’un gouvernement infâme »), le Prix Nobel José Saramago (qui estime qu’Ortega est « indigne de son propre passé »), etc...

*****

Toutes les activités religieuses et politiques d’Ernesto Cardenal ne l’ont pas empêché de construire son œuvre poétique, depuis Hora 0 et les Epigrammes de sa jeunesse jusqu’à ses derniers livres : Telescopio en la noche oscura, d’inspiration mystique, et Versos del Pluriverso, en passant par l’ouvrage qui, pour lui, est le plus important : Cántico Cósmico (1990) dont la thématique est principalement scientifique et philosophique. Un dernier recueil de poèmes, écrits au cours de ses voyages, vient de sortir (2009) : Pasajero de tránsito.

A partir de 1998, Ernesto Cardenal a entrepris la rédaction de ses Mémoires, écrits pour être compris par tout lecteur, quel que soit son niveau de culture, dans une savoureuse langue orale, au fil de la pensée et des souvenirs, un peu comme le faisaient les conteurs du passé :
- Vie Perdue (Première partie).
- Les Îles Etranges (Deuxième partie)
- La Révolution Perdue (Troisième partie).
A propos du premier tome, Luce López-Baralt écrivait :
« Le Nicaragua ne tombera jamais dans l’oubli parce qu’un enfant sensible qui était à son écoute a décidé de prendre la plume pour parler de lui-même et a fini par parler aussi de son pays ».

 

informations glanées sur le site des Editions l'Harmattan

ŒUVRES D’ERNESTO CARDENAL
PUBLIEES EN FRANCE :

- Cri, psaumes politiques
Traduction de Salmos par Gérard Bessière et Marta Sacchi.
Le Cerf – 1970

Nouvelle édition de l’ouvrage précédent :
Psaumes
Le Cerf – 1981

- Amour, secret du monde
Traduction de Vida en el amor
Le Cerf – 1972

- Anthologie poétique
Traduction par Anne-Marie Métailié et Gérard Bessière.
Le Cerf – 1974

- Chrétiens du Nicaragua : l’Evangile en Révolution (entretiens avec Ernesto Cardenal)
Traduction par Claire Wéry et Charles Condamines

- Hommage aux indiens d’Amérique (poèmes choisis)
Traduction et présentation de Jacques Jay
La Différence – 1989

- Epigrammes
Traduction par Norbert-Bertrand Barbe
BES Editions – 2001

- Oraison pour Marilyn Monroe et autres poèmes
Traduction par Claude Couffon
Le Temps des Cerises – 2001

- Vie Perdue (Mémoires – 1ère partie)
Traduction par Bernard Desfretières
L’Harmattan – 2004

- Les Îles Etranges (Mémoires – 2ème partie)
Traduction par Bernard Desfretières
L’Harmattan – 2006

- La Révolution Perdue (Mémoires – 3ème partie)
Traduction par Bernard Desfretières
L’Harmattan - 2008

 

*

 

 

Ils n’eurent pas d’argent

            l’or servait à faire des lézards

            et NON DES MONNAIES

                        les parures

            qui étincelaient comme le feu

                                   à la lumière du soleil ou des foyers

Les images des dieux

                        et des femmes qu’ils aimèrent

et non des monnaies

                        Des milliers de forges qui brillent dans la nuit

            des Andes

et avec l’or et l’argent en abondance

                        ils n’eurent pas d’argent

ils surent

            évider laminer souder graver

l’or et l’argent

            l’or : la sueur du soleil

                        l’argent : les larmes de la lune

                        Fils grains filigranes

                                        aiguilles

                                        pectoraux

                                       grelots

            mais pas d’ARGENT

                        et parce qu’il n’y eut pas d’argent

                                   il n’y eut ni prostitution ni vol

            les portes des maisons ils les laissaient ouvertes

ni Corruption Administrative ni détournements

-          tous les 2 ans

ils rendaient compte de leurs actes au Cuzco

parce qu’il n’y eut ni commerce ni monnaie

                                                           il n’y eut pas

vente d’indiens

                                   Jamais il n’y eut vente d’un indien

Et il y eut de la chicha pour tous

 

Ernesto Cardenal

traduit par Bernard Desfretières

 

EN LECTURE

 


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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

 

Le doigt sur la gâchette unit la Bible et le Coran. Les mêmes marchands de canon appuient sur la détente.


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