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Cette stupeur

Publié le par la freniere

 

Écrire, ce soir, est une douleur. Une aiguille fine plantée dans mon poignet, que le regard ne saisit pas. Le nœud des noirceurs serre les mots. Dehors, la gorge des neiges resplendit mais sa beauté ne touche pas mes doigts. Je ferme ma journée où le froid plante ses banderilles. Cette douleur. Une inquiétude de racine blessée corrode la sève. Dépossédé de sa volée d'oiseaux, un minuscule basculement des feuilles fait trembler l'arbre. La vie en alerte écoute une peur environnante. L'amour toujours en danger. Cette stupeur qui n'absorbe ni révèle mais bat comme une horloge, comme un cœur qui s'éparpille. Ce soir une épine fine écrit dans mon poignet, d'une tristesse impénétrable. Infime trouble sur l'équation du bonheur. Cette aiguille plantée au dedans. Sentiment impossible à dire. Les mots me servent de remise, d'appentis ou refendre la douleur. Fermant les volets sur la nuit, un air glacial prend mon visage. J'écris que l'hiver est revenu, il n'avait pas fini son travail.

 

Ile Eniger

 


 

Publié dans Ile Eniger

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Les songes creux de Jean-Marie Dutey

Publié le par la freniere

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Publié dans Glanures

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Printemps des poètes La Colle s/Loup

Publié le par la freniere

 

organisé par :

la revue littéraire "La Voix des Autres" et le collectif DANGER POÉSIE

en partenariat avec la Mairie de La Colle s/Loup
Samedi 19 mars 2011 (de 14h à 23h30)

 


Avec : le poète genevois Albert Anor, invité d'honneur, entouré de nombreux poètes et diseurs parmi lesquels : Ile Eniger, Brigitte Broc, Cristina Castello, Patricia Dao, Lise Tsitsirides, Odile Gattini, Françoise Deleuze, Angélique Aveillan, Jean-Michel Sananès, Gilbert Casula, Roger Lecomte, Dom Corrieras, Pierre-Jean Blazy et ses amis de l'association Les Mots d'Azur, Alain Carré, Fabien Tomatis, Patrick Emery, Gilbert Musielak, CE Andersen (Invité d'honneur 2010) et sous réserve, le poète kabyle Kader Rabia

 

À  partir de 14h, des éditeurs : Chemin de Plumes, Tipaza , Oxybias, Les Voleurs de Feu, Glasplatcha, Manoirantes... présenteront leurs auteurs sur la grand'place du village.

Des interventions poétiques et musicales, des lectures et performances donneront le rythme à cette manifestation.

 

À 19h, les participants se réuniront autour d'un plat provençal

(pour y participer s'inscrire au stand de DANGER POESIE ou réserver à voixdesautres@wanadoo.fr)

 

À 20h30: La Colle s/ Loup fêtera follement ce Printemps des Poètes dans la belle salle municipale de "La Paillère": poètes, conteurs, slameurs, chanteurs, musiciens et comédiens allumeront un grand feu de voix et de mots et feront entrer dans leurs danses inspirées l'esprit de la vie et de la poésie. Cette année seront interprétés des extraits de spectacles, de récitals poétiques et de tours de chants. Un grand jeu poétique improvisé réunira le public et tous les acteurs de cette soirée imaginée par André Chenet.

 

Pour cette occasion, La galerie d'Art Le TransArtcafé (Antibes) exposera de grandes compositions sur toiles de Frederic Voilley, un grand artiste visionnaire de notre temps.

Publié dans Glanures

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Une fêlure

Publié le par la freniere

L

’homme se reconstruit autour d’une fêlure, glace dehors, feu dedans. L’histoire des hommes n’est plus qu’affaire de chiffres, de rendements, de profits. Dans le vent du néant, la lumière du coeur n’est plus qu’une étincelle, une flamme d’allumette. On ne sait plus qui tire les ficelles dans ce bal des pantins. Riches ou pauvres, certains naissent heureux, d’autres pas. Ces derniers sont mal faits pour vivre et traînent leur carcasse comme un boulet de chair. C’est en cherchant mes mots que j’ai trouvé la route. Tout au fond de ma voix le réel vacille. Un léger tremblement agite ma mémoire. Passant du feu à l’eau, je rince avec de l’encre ce qu’on appelle une âme. Au dégel, j’ai des chemins qui poussent dans ma tête, des sentiers dans les pieds, des sources dans les mains, une cage thoracique qui s’ouvre sur le ciel. Je fais de mon bureau une mer intérieure. Je note de petits riens, des rides sur le bois, d’infimes cicatrices sur le visage de l’air. Mes mots sentent l’érable, la neige, le chevreuil. Mes mains sentent le loup. Mes phrases ont des épines. L’orchestre des racines s’accorde avec la pluie. Le creux entre les hommes se cherche une caresse. Un arc-en-ciel soulève la ligne d’horizon. Toutes les couleurs se mirent dans l’éclat du mica.

Le gel fait craquer les jointures végétales. Une grande main d’hiver donne une claque au soleil. Cherchant une phrase assez grande pour contenir la vie, je ne ramasse que des miettes et des larmes de neige. Que feuillette le vent dans les arbres sans feuilles, les forêts enneigées, les nids abandonnés, les alvéoles closes ? Pourquoi tant s’agiter ? Nous ne sommes pas sur terre en service commandé. J’ai vu des hommes heureux, toutes les banques en faillite, des arbres abattus se remettre debout, des magasins donnant leur pain au lieu de le vendre, des mains d’enfant porter la terre, des pays sans frontières, des rivières accoucher d’une mer. Ce n’était qu’une poussière dans l’œil. Il appartient aux doigts de prononcer la peau. Il appartient aux lèvres de lire la saveur. Il appartient aux pieds d’ouvrir le chemin. Lorsque les yeux se taisent, les mains regardent encore. Sous l’orgueil des arbres, l’herbe repousse en miniature. Le vide entre les mots appelle d’autres mots. Les images perdues prennent un visage d’encre et se dessinent mot à mot sur les pages à venir. Je me sens nourri de sons, d’images, de reflets. La main qui tient la plume, la tête, les idées, l’encre et le papier disparaissent dans un mot. Il n’en reste plus que la lumière, le battement du cœur. Le relief des phrases épouse l’horizon. Le chant est comme le vent dans les cheveux de l’air. Ce qui tombe sur la page est la mémoire pluvieuse du cerveau. Les gouttes du passé rejoignent la rivière comme la source les nuages.

Mon univers est simple. J’appartiens à la terre, à la source, à la souche, à l’écoute du pollen, à la vie larvaire des saisons. En touchant le papier, je me raccroche à quoi. On ne voit pas les mots avant de les écrire. Apprendre à vivre avec le peu, le presque rien. Écrire dans le silence des paroles. En faire son bureau aux tiroirs éventrés. Je me perds dans les phrases et me retrouve vivant sur une page blanche. Le visage de l’encre redessine mes traits, recommence mes pas, me redonne les gestes. Les lieux où l’on se perd sont ceux où l’on se trouve. Lorsque la volonté s’ajoute à l’âme, il est possible de marcher. Une langue me suffit pour traverser le monde. J’y mets l’espoir en gestes et la chair en images. La vie, la mort sont les deux lèvres d’une bouche. L’éternité est un baiser. À défaut d’une présence, le feu qui veille dans les mots me réchauffe la nuit. Lorsque la terre se recueille, j’accompagne sa prière. J’assaisonne la vie du sel des images. L’arbre ne parle plus lorsque le vent se tait. Les pierres soliloquent avec le soleil. La solitude de l’air ne se dit pas, à peine un souffle sur la page, le frémissement d’un ange, le battement d’un cil, le reflet d’un reflet. Mon âme sur le dos, je m’occupe de poèmes sans trop savoir le faire. Je cherche l’équilibre sur un terrain qui penche. Leur portable à l’oreille, les enterrés vivants font un bruit de moteur. J’ai beau changé de route, je pédale toujours avec un vent de face. Ne vivant plus à l’heure des radios, je syntonise l’air. D’une antenne à l’autre, je capte les insectes, la couleur des plumes dans le chant des oiseaux, une fleur de givre dans un jardin d’hiver, les notes les plus hautes dans la polyphonie des arbres, la promesse des fleurs dans un grain de pollen, la vérité humaine dans une poignée de main. Je fais de mon cahier une herboristerie, de chaque page une source, de chaque phrase une poignée de terre, de chaque mot une graine. Je parle avec l’eau sur la langue, une mer entière de vocables, la terre dans la bouche, des îles de phonèmes, la sève dans les yeux, tout un arbre d’oiseaux. On ne quitte pas les hommes comme une feuille d’automne. On vit pour mériter sa mort.


Publié dans Prose

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Après

Publié le par la freniere

 

Mes yeux je les donne

à qui regarde la mer

dans la ville

 

mon cœur je le donne

à une femme qui le finira

à force d’aimer

 

mon crâne je le donne

à la médecine

les étudiants

l’appelleront Oscar

beau cas de soudure osseuse

et quel sourire étrange

 

Gérald Godin


Publié dans Poésie du monde

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

 

Quand la peur disparaît, les tyrans plient l’échine. Le vrai courage du peuple est de rester debout face à l’attrait de l’argent et la voix des prophètes. Seuls la bonté et le sens du partage peuvent sauver le monde.


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Le trou

Publié le par la freniere

 

L'aveugle a tendu la main vers la rose. J'ai regardé cet homme de près, mieux, je lui ai dit, et il m'a répondu que dans l'oeil il avait un trou gros comme une épingle qui laissait passer la lumière. De temps en temps, quand ça valait la peine. J'ai souri à cet homme, je lui ai dit que j'étais sourd mais que dans l'oreille j'avais aussi un trou, le même que le sien.

 

Georges L. Godeau


Publié dans Poésie du monde

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Les songes creux de Jean-Marie Dutey

Publié le par la freniere

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Dans ce monde affairé

Publié le par la freniere

 

Même en hiver, les pommiers se confectionnent des ailes, avec la neige ou les plumes des mésanges. Quand le soleil tape trop fort, mes yeux rabaissent leur visière. Le troupeau des mots a quitté son étable. Il s’épivarde dans les champs, les voyelles éjarrées, les syllabes en folie, les pattes écartelées dans les phrases en partance. De la caresse des fougères à la ronce cachée, du frisson de la sève à l’amnios qui suinte, l’alphabet gratte la terre dans sa quête erratique. Le vent ponctue l’espace de virgules sonores. Dans ce monde affairé, ne rien faire c’est déjà beaucoup. J’ai déposé ma vie sur le bord d’un lac. Je guette la lune, le soleil, le passage des oies blanches. Je disparais dans l’invisible pour apprendre à voir. J’avance sur les épaules de l’air, à cheval sur le vent. À l’écart des hommes, j’accompagne les brins d’herbe, les flocons de neige ou d’avoine, les gouttes de pluie ou de mercure. Je les annote sur le sol. J’écris de ce peu qui nous permet d’aimer, les premiers rayons de soleil, la terre où la mort côtoie la vie, la balançoire des épis, les arbres durs de la feuille. L’âme demande peu. Le peu exige tout de l’âme. Je paie les vagues avec des grains de sable, les chants d’oiseaux avec le grain des mots, le soleil en me lavant les yeux. Broutant la vie comme une vache enragée, la pauvreté m’a rendu riche. Moi qui ne voulait rien dire, je ne peux rien contre les phrases. Elles m’apportent la lumière, une faible lueur dans le tumulte ambiant. Mot à mot, des livres m’envahissent. Le solitaire n’est jamais seul. Ce matin, un écureuil écrit sur la neige. Ses traces de pas dessinent le retour du printemps. Son alphabet rejoint le mien. L’érudition d’un chêne corrige mes dictées, la chlorophylle de l’encre sur mes brouillons épars. Les vagues multiplient les étoiles. Les ombres échangent des secrets. Mes racines sont d’ici, mes branches de partout. Ma véritable terre est celle que j’ignore. Venu de l’infini, j’en cherche le chemin. Mes doigts feuillettent la mémoire du lichen. J’avance entre les arbres reliant l’ombre à la lumière. Il suffit d’un brin d’herbe pour donner sens au monde.


Publié dans Prose

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

Dans la voix d'un être humain s'inscrit autre chose que l'expression banale de l'instant. Elle implique tout ce qu'il ne dit pas et qu'une vie entière ne suffit pas à manifester, ce qui est tu et résonne pourtant à travers elle, un murmure, une confi­dence non sue, qui perdure au-delà de toute affirmation, et cependant la précédait.

Dans la voix des parents et des grands-parents, des voisins, des amis, des autres enfants choyés ou rivaux, de tout le peuple qui nous entoure et qui nous a portés, quelque chose de caché se manifeste en sourdine : c'est la lueur secrète et profonde d'un commen­cement présent avant tout commencement, dont nous sommes vraiment les héritiers et les dépositaires.

 

Claude Vigée


Publié dans Ils ont dit

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