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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Quand on est en retard, mieux vaut ralentir un peu le pas.

 

André Siniavski

 

 

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Quand on les dit trop fort, les mots perdent leur sens.

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Le premier mot 9

Publié le par la freniere

 

LES HOMMES-LIVRES
 
d'après Bradbury et Truffaut
 
Il était une fois des livres qu'on brûlait, des poètes en prison, un pays où l'on crevait les yeux des lecteurs têtus, où l'on parlait en chiffres à la place des mots, où l'on parlait en nombres à la place du cœur.
 
Il n'y a plus d'été ni d'hiver ni d'automne. Un immense hinterland a détruit les saisons laissant sur les décombres une poussière de neige encrassée de granit, de grésil, d'amiante. De vieux troncs flottent encore dans les odeurs d'essence, de poudre et de fumée. On en fera demain des matraques ou des tombes. Il n'y a plus de lit. On dort à moitié saoul debout dans un treillis, le cœur sur la gâchette et la haine à la bouche.
 
Il n'y a plus d'oiseaux mais des plumes de sang répandant la vérole, la peste et l'ignorance. Quelques bêtes survivent se nourrissant de l'espoir que les hommes ont troqué pour le délire de Dieu, abandonnant l'amour au profit des vendeurs. Les secondes marchent au pas délaissant l'infini pour le zéro des chèques. Des enfants virtuels ne rêvent plus mais zappent prenant pour le réel une forêt d'icônes.
 
Quelques fous dans les grottes redessinent le monde avec du sang, des os et les couleurs du rêve. Ils se souviennent encore du frisson des caresses, du vent sur la peau nue et du goût des framboises. Ils effacent la craie sur les parois du gouffre et cachent leurs trésors au fond des lendemains.
 
Il n'y a plus de silence mais des vrombissements. Il n'y a plus de mots mais des chiffres et des codes. On n'ouvre plus les yeux, on les branche à l'écran. On ne tend plus la main, on la mord en cachette en souvenir des loups moins cruels qu'un homme dans la course du rat.
 
Quelques fous dans les grottes ont appris tous les livres par cœur. Il y a un René Char qui vient d'avoir 10 ans. Il récite par cœur Fureur et Mystère. Homère n'est plus aveugle et Dante parle anglais. Shakespeare est une femme accompagnée d'enfants. Ils peuvent à eux six rejouer toutes ses pièces. Cendrars est un Chinois baroudeur et sans bras. Quand il récite La Plose du Tlansibélien même les murs sourient. Quelques oiseaux reviennent pour ponctuer les phrases de la virgule d'une aile. Un chien sans queue bat la cadence oubliant quand il jappe de suivre les paroles. Il entend la musique oubliée par les hommes.
 
Il n'y a plus de couleurs qui font vivre les yeux mais du beige d'hôpital, du gris-bleu métallique et le blond des veaux d'or. Il n'y a plus d'étoiles. On a zébré le ciel d'antennes paraboliques. On vend la mer en poudre par vagues déshydratées.
 
Il règne une atmosphère étrange : le froid, le silence, la stupeur. Un sou tintinnabule sur le sol venu on ne sait d’où. Le vent lèche l’ombre du sel. Le sang coule dans les veines à rebours du cœur. Un air épais glace la bouche. Il fait froid. Il fait nuit. Un vieil homme fait du feu en claquant des doigts. Un oiseau fait du ciel en claquant du bec. Un poète fait des mots en claquant des dents. C’est trop peu pour voler ou réchauffer ses mains. L’espoir n’est plus qu’un pas dans le désert, une trace de sang sur la neige. Maigres signes de vie. Miettes de larmes et de soif. Le temps n’habite plus l’espace. La lumière trébuche dans la nuit. On dort en chien de fusil. On jappe dans ses rêves. À défaut de pain blanc, les enfants se partagent la neige, le sable ou les cailloux. Les femmes au fœtus mort-né bercent une poupée de gel. Le paysage enfonce dans nos yeux ses doigts de larmes et d’épouvante.
 
Quelques fous dans les grottes ramassent les épaves. Le vieux qui sait Jules Verne jusqu'à la dernière page rêve du Nautilus. L'Idiot est un idiot qui sait lire le braille. Il caresse le chien comme on écrit des vers. Si les choses ont une âme, c'est Ponge qui l'éponge. Celui qui le récite a le ton de l'emploi, une voix de savon, des bulles de plastique à la place des yeux et des clous dans les mots. Il manque quelques livres, des Arlequins, ceux qui traînaient dans les sacoches des midinettes, des Sylvie, des B.H.L en vrac et tous les Guy Des Cars. Qui se soucie des cons quand la bêtise règne. Ceux qui connaissent la Bible ou le Coran sont encore à la guerre, une fleur aux dents et croyant bien faire.
On ne fait plus l'amour, on suce des hormones, on se taille des pipes pour l'argent des salauds. Des images remplacent la chair tendre des mots. On n'habite plus son corps mais on loue ses grimaces, ses répliques, son rôle. On a tout oublié y compris la tendresse.
 
Quelques fous dans les grottes ont retrouvé le rire. Ils fêteront ce soir l'arrivée du Cantique des Cantiques. On a trouvé sa voix dans un ancien bordel transformé en chapelle. On attend pour trinquer Soupault qui dort debout, Jabès, Jouve et Juarroz par ordre alphabétique. On cherche encore René Crevel et ses poumons crevés. Réjean Ducharme, dont on ne possède qu'une vieille photo, est le seul à dire ses propres textes. Cioran flirte avec Simone de Beauvoir. Sartre est un débardeur qui lit Goethe dans le texte avé l'assent du Sud.
 
Il faudra bien un jour remettre sur des pages tous ces livres ambulants. On va jusqu'à détruire les carrières d'ardoise, les mines de crayon et même de craie blanche. On brûle jusqu'aux arbres pour tuer le papier. Dans cette ville emmurée tout ne bouge qu'à l'écran. On repasse en play-back les mêmes vieux discours. Allah est grand ! In God we trust, everybody else pay cash ! Et que règne la merde ! Les puissants ont fini par s'entendre pour écraser les autres. Histrions de l'histoire, on en fait des écrous ou de la chair à canon. Le Pape baise les tarmacs et ne donne qu'aux riches. Quelques fous dans les grottes survivent aux slogans en récitant des vers de Tzara, de Cadou ou bien d'Apollinaire. Il n'y a plus de fleurs, de rivières, de sources, rien que des trous de bombe envahis par les rats, le Dow Jones et la dette. Il n'y a plus de larmes dans les saules pleureurs mais des micros d'appoint pour crier des injures.
 
Quelques fous dans les grottes survivent aux slogans en récitant des vers de Tzara, de Cadou ou bien d'Apollinaire. Ils s'agenouillent en chantant et baisent l'herbe verte avant de la manger. Ils ont lu tous les livres qui parlent de l'amour. Il y a encore des îles où pousse l'herbe verte semant ses graines rares dans le mâchefer rouillé.
 
Quelques fous dans les grottes se préparent à sortir annoncer la parole, leur barbe pleine de mots et cheveux gris au vent. Dans ce pays sans livres, ce pays sans poètes, cette ville muette, seuls les fous dans les grottes savent le prix des mots.
 
 

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Chair et chant

Publié le par la freniere


J’ai récupéré quelques livres. Deux cartons. Il m’a fallut fouiller dans la grange. Deux petits cartons seulement. Ma maison est empilée dans une grange au loin. Là je n’ai rien. Un lit, un bureau. Et maintenant quelques uns de mes livres. « Tu devrais prendre des objets, ta télé… ». J’ai souri. Quels objets ? Ils me sont devenus indifférents. Dérision que ce reste de meubles et de cartons empilés dans une grange. Raccourcis d’un naufrage. Non rien. Deux cartons de livres. Je n’ai pas vraiment choisi.

Un jour je sortirai tout dans le grand champ pour mettre le feu à ces lambeaux de vie. Pour qu’il ne reste rien.

Et puis mes échanges avec « S » me ramènent à Joë Bousquet. Le hasard fait qu’Il se trouvait dans un des deux cartons. Je relis. J’avais oublié presque tout. Mais pas sa rage, pas son exigence, pas la pureté du trait, pas son tranchant. Une parole aiguisée comme un poignard. Cette lutte avec le silence. Contour des chairs, contour du corps. Une poésie sur le fil tendu entre l’immobile et le silence. Faire éclater chaque heure. Extirper le pas du vide, le remettre dans l’abondance de la voix

« Si tu vis à la façon dont vole
Un oiseau,
                                                         Tu fais le monde nu

                                                         Jusqu’à l’œillet des yeux. » (J. Bousquet)

C’est Fleur qui me l’a fait connaître. « Traduit du silence ». Fleur j’en ai parlé ici. Fleur cherchait dans le théâtre son corps de paroles, sa chair mue par la chair. Elle lisait Bousquet et jouait du violon. Fleur avait la peau blanche et les rêves écarlates.                           

C’est étrange comme la chair dans l’écriture fait peur. Comme si on la trouvait de trop, presque indécente.

La matière du mot c’est la chair.
La parole invente d’abord un corps à la mesure du désir.

Le Verbe chair, c’est quand même la pierre angulaire de la création. Un sacre dans la nuit. Le souffle, sur, dans, à travers la matière.

Si le verbe ne fait pas trembler la chair, alors….

Bousquet prend des notes. Noter, c’est marcher comme le chasseur à l’affût. C’est lui la proie. Il se traque. Il se débusque. S’empêche la fuite….

« Dire à Nelli (son ami confident) qu’on ne fait pas un livre avec des idées ; même si l’on admet comme lui que toute idée pose un rapport nouveau.

Sentir les événements, les écrire : ensuite entrer dans le texte, le dépasser sans le voir ; et fort de ses certitudes, agir, opérer l’acte le plus simple avec ces boulets aux pieds.

Après avoir vécu sur cet écrit pouvoir le relire sans s’arrêter à rien et n’en percevant que le chant.

Exemple de Nelli : Chopin… » (J. Bousquet)

Que le chant… D’abord la voix. Le texte doit tenir dans sa voix. Tenir en entier. L’œil seul est muet et il n’entend rien au chant. Beethoven est sourd, mais il continue de jouer. L’œil n’est pas suffisant, il a besoin de ses doigts pour entendre.

Le chant relie la chair au verbe.

Que le chant… L’exhalaison de la matière du mot. Le dépassement du mot dans sa traversée. Chopin jusqu’à la dissonance. Aller jusqu’au bout de l’audible, juste avant que l’harmonie se casse. Il y a cet instant juste avant la brisure. Dans Chopin, il y a toujours un point d’effondrement, une note par où passe la lumière.

C’est l’accident dans la parole qui la révèle.
L’impacte.
Le trou juste avant le mot. Juste après.

Décider d’écrire dans les trous, dans les manques. Se donner une chance de mourir. Là.

Inventer de l’éternité pas parce que c’est beau. Parce qu’il le faut.

L’arbre ne fait pas du beau, il fait de l’arbre. Il fait de la puissance d’arbre. Il est constant dans son désir d’arbre. Il est constant dans sa chair d’arbre.

Il s’efforce. Autour du nœud. Autour de la folie qui durcie sa mémoire. Il invente ses branches dans les saisons à venir. Autour du nœud ligneux. Et il appelle le vent et la tempête. Et il appelle ce qui peut le briser. Ce qui doit le briser. L’arbre écrit.

On le sait à cause du chant.
Et de ses renaissances perpétuelles.

Et la bûche dans le feu dit son poème, raconte sa légende. Les amoureux qui s’y chauffent le savent. Ils entendent, ils écoutent la voix de l’arbre, la chair de l’arbre. Et le feu est l’âme de l’arbre. Et quand le bois craque c’est un silence qui se contracte, c’est le chant de la puissance de l’arbre. C’est la chaleur des étés, c’est les neiges d’hiver, c’est le vol des oiseaux. Et jusqu’aux cendres.

 
Franck Nicolas

http://franckreveur.canalblog.com/



 

 

Publié dans Glanures

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L'amour sans conditions (France)

Publié le par la freniere

Tu es noble comme un fragment de charbon
Une parcelle d'ardeur de cette terre
Dire ta beauté n'est pas dévoiler ton secret.

Tu es douce comme un morceau de lune
Qui se soir éclairait ma route.
Tu as soufflé sur mon courage.

Tu n'est pas lourde comme la vérité
Tu n'as pas l'insistance de la soif.
Tu n'as dit à personne : voilà ce qu'il faut être.
Tu n'as pas torturé l'aveugle avec le regret de la lumière.

Ta richesse est simple comme la pauvreté.
Chargé de chaînes, de secrets
Bloqué par un silence de neige, je connais la liberté.
Je sais ce que c'est d'être riche.

Si l'on tremble d'espoir sous la glace et la boue
Si l'on vit et respire sous des ruines et des ruines
Si l'on ouvre les yeux sans crainte d'être aveugle
Bien que la nuit trop noire empêche de rien voir
Je connais un plus beau refuge.

Dire ta chaleur n'est pas dire si tu existes
Dire qui tu es n'est pas divulguer où tu es.
Mais voilà que ton absence ne peut plus changer ma force en maladie

Et voilà que je m'enhardis
à parler de ton royaume.

(Ecrit en 1943, poèmes "L'amour sans conditions", dans Secrets parlants, Poésie 1
spécial "revue Fontaine", 1978)

Adrian Miatlev

Publié dans Poésie du monde

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Paroles indiennes

Publié le par la freniere


Les indiens descendent de Mixco

 
De Mixco les Indiens descendent
avec leurs fardeaux de bleu nuit.
La ville est là, qui les reçoit
avec ses rues effarouchées
par un bouquet dont tous les feux
s'éteignent comme les étoiles
à l'heure du petit matin.
 
Leurs mains qui rament
comme deux rames dans le vent
laissent un bruit de coeurs battant,
et de leurs pieds s'échappent et restent
les empreintes, petites plantes,
dans la poussière du chemin.
 
Les étoiles qui apparaissent
à Mixco, restent à Mixco,
car les Indiens qui les attrapent
en font des paniers qu'ils garnissent
de poules et de thyrses blancs
cueillis sur l'izote doré.
 
La vie indienne est une vie
plus silencieuse que la nôtre.
Quand ils descendent de Mixco,
on entend que l'haleine ardente
qui siffle parfois sur leurs lèvres
comme une vipère d'argent.
 
Miguel Angel Asturias
 

Publié dans Paroles indiennes

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Hands

Publié le par la freniere

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Ce sont les pessimistes qui, petit à petit, perfectionnent le monde et les optimistes qui affirment que leur Reich, ou tout autre chose du même acabit, va durer mille ans.
Pierre Autin-Grenier

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Si l'habit ne fait pas le moine, le chant fait le moineau.

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Dix ans professeur, et jamais puni.
Nietzsche

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