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Le retour des oies blanches

Publié le par la freniere

 

 

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Quand l'oreille s'efface

Publié le par la freniere

Les yeux me sortent de la tête quand je ne veux rien voir. Il n’y a pas de lunettes chez les animaux. Ils voient les choses comme elles sont. L’homme essaie de voir plus loin, du moins celui à qui il arrive de penser. Ne pas mentir ne suffit pas pour dire la vérité. Il faut la pointe aigue de l’âme transperçant l’apparence, la charge émotive du vivant.  On a beau s’habiller avec sa propre peau, il y a toujours des mailles qui filent, des manches qui retroussent, des accrocs de malheur. On ne peut rien y faire. On garde toujours le même corps en location. Il y a du sang dans l’eau des poèmes. On s’écorche le cœur à faire pénétrer le ciel par un trou de souris. L’homme sera-t-il le coup de grâce du monde ? Il semble bien parti pour. Il me faut l’écriture quand l’oreille s’efface. Ce n’est pas le sens de l’histoire qui importe, mais celui de la durée. C’est l’éphémère d’un poème qui traverse le temps. Contrairement au chien, le chat choisit qui regarder. Le chien mord même les pneus d’auto. La musique place le cœur dans l’oreille. Le pouls bat la cadence, la danse des pas, le son des songes, la clef des champs.

        

Chaque jour est une première fois. L’homme est plus seul dans la foule qu’une fleur dans ses pétales. La fleur, elle, est seule dans un bouquet. Il n’y a que les racines qui se conjuguent. Elles font de l’arbre un verbe. On ne meurt pas vraiment tant qu’un brin d’herbe pousse. Du moins, on fait semblant d’y croire. J’offre mon cœur à ce qui ne sert plus. Ce qu’on refuse à l’homme, j’en ai fait mon métier, au-delà des échecs, des erreurs, des errances. C’est en marchant que je remplis mes pas. «Qu’est-ce que tu fais dans la vie ?» Je n’ai jamais su répondre à cette question. Ce qu’on fait est moins important que ce qu’on est. Ce que l’on croit utile est souvent le plus futile. On ne s’habille plus pour s’habiller mais faire de la réclame. Je n’ai jamais croisé un loup supportant le bureau, l’usine, le métro, la file d’attente. Je n’ai pas vu d’ortie pointer pour travailler. L’homme fait tout pour s’emmerder. Le commerce a fait main basse sur le temps. Mêmes les heures sont à louer. L’espace est devenu une banque où l’homme s’atrophie de guichet à guichet. Il y a des choses dans la vie sociétale qui m’apparaissent weird. Si les marins prennent leurs vacances à la mer, je vois très mal un ouvrier prendre les siennes à l’usine. Le rêve, la musique, les mots donnent parfois un coup de pouce à la vie, une pichenotte au brouillard. Il y a trop de mots qui encombrent mes murs. Dois-je déménager ou effacer les murs ? On dit oui à la vie, merde à la mort. On fait la bille entre deux tilts, un jour nerveux comme un cheval de course, un autre Rossinante comme une vache espagnole. On fait la paire, impair et manque, le côté pile en diable, le côté face en Dieu. On voit le monde sans rien voir. On tient bon jusqu’au jour où il n’y a plus rien à effacer.        

 

Il est heureux que les hommes dorment quelque fois, sinon la planète aurait déjà sautée. Quand on nous prend pour un autre, il est dangereux d’y croire. Il y a tant d’hommes en nous. On ne choisit pas toujours le bon. Heureusement, ce sont les oubliés qui prennent la parole. On s’habitue à peine à la vie qu’elle prépare déjà sa valise. Avec le temps, on se ramasse avec des morts sous la peau. Leurs os nous grattent. On finit par s’habituer à la mort des autres, et encore, mais à la nôtre… Victime de la durée, on n’est jamais ce qu’on sera. La misère m’étonnera toujours quand le monde est si riche. La pauvreté, ça va, elle est aussi naturelle qu’un désert, mais la misère, ah la misère, quelle connerie le monde. Mon cœur tremble sur ses gonds à force d’ouvrir sur le vide. C’est en regardant les gens dans le métro, que j’ai choisi de vivre autrement. Je n’ai nul compte à rendre, mais des contes à relire, des petits gnomes à moucher, une fée à rencontrer. Quand je ramasse du ciel en vrac, mes yeux de brume s’éclaircissent. Même chez moi, je suis ailleurs, heureux de n’avoir pas d’argent mais les mains libres pour aimer. Je fais battre ma langue aux quatre vents des mots. Deux mains, ce n’est pas assez. Il en faudrait parfois trois ou quatre pour mieux saisir la vie.

 

On monte comme on tombe. Il faut quelques pâquerettes dans l’enfer du cerveau pour amortir la chute, une lueur au moins pour la noirceur de l’âme, une musique pour les sourds, de l’encre pour les mots. Trop de médicaments enlèvent la santé. Il suffit d’une tisane pour le cœur, ce qui sépare la danse de la marche, le cheval de l’auto, la poésie de la prose. Je me méfie des lignes droites. Mes phrases vont de travers avec des mots qui boitent, qui toussent, qui s’éclatent mais se rendent à bon port. Leurs syllabes tossent le quai du silence. Il y a trop d’obstacles entre la mort et la vie. Rien n’est perdu, pourtant. Il y a toujours Mozart, Guillevic, Renoir, un air d’ocarina, une grande d’eau fraîche. Les mots m’aident à survivre, non pas tant les miens que ceux des autres. Si c’est Ponge ou Artaud, je revis. Je jubile. Je fais sauter les ombres. Je boxe avec le temps. Ma relation avec la vie doit-elle nécessairement passer par un crayon ? C’est toujours mieux que de faire ce qu’on déteste. Je ne trahirai pas la vie pour me faire une place dans le monde. La réussite sociale, l’argent, la gloire, c’est périmé. Ce sont les médiocres qui sont riches.

 

Je n’ai pas honte de ne rien faire. La plupart des métiers d’aujourd’hui sont plus ou moins réels. Travailler pour faire du blé, ce n’est pas comme faire du pain. Travailler pour un salaire, c’est pire que l’esclavage. Sans l’appel du crayon, j’aurais pu faire maçon, faire du grand avec du petit, faire du solide avec du mou, la glaise, le lait de chaux, le sable, unir l’horizontal au vertical. Et puis non, un mur devient vite une prison. J’aurais peur d’y rester. J’aurais pu faire éleveur, mais les bêtes aujourd’hui cognent d’elles-mêmes aux portes d’abattoir. J’aurais pu faire chaman, jamais tricoteur d’anges. J’aurais pu travailler le bois, gosser, écorcer, varloper, radouber, mais la croix, la potence, le cercueil, jamais je n’aurais pu. Je fus veilleur de nuit, mais à compter les moutons, je m’endormais dans la laine du rêve ou je prêtais main-forte aux voleurs, ces tire-larigot plus honnêtes qu’un banquier. J’aurais pu faire berger, sismologue, marin, planteur de citrouilles ou lieu de planteur de quilles, voleur de pommes, écosseur de petits pois, arpenteur de rien, cordonnier mal chaussé, pelleteur de nuages, regrattier d’absolu. J’aurais pu faire potier rêvant le monde dans sa forme à venir. Il est plus naturel d’être un homme que d’être d’un métier, d’un pays, d’une caste. On ne perd jamais assez. Perdre au jeu, à la roulette, à la Bourse, c’est comme perdre à la roulette russe. On peut survivre encore un peu. Si je dois rester seul, je parlerai aux arbres qui répondent parfois. Quand on peut voir la mort dans le rétroviseur, il ne sert à rien d’accélérer, de lever le pied ou de freiner. On finira dans le fossé de toute façon. Après, après. Qu’est-ce qu’il y a après ? Je me réveillerai peut-être d’un berceau funéraire plus vivant que la vie.

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Marc Patin

Publié le par la freniere

La vie entière dépasse les limites volontaires de mon sang.
Marc Patin

         Si vous aimez l’amour, vous qui vivez. Si vous aimez l’amour, vous aimerez Marc Patin. Si vous aimez l’amour, entre l’homme et la femme, entre tous les hommes et toutes les femmes, il y a toute la nuit et toute la terre, il y a l’immense total de toutes les nuits de toute la terre. Si vous aimez l’amour, entre l’homme et la femme, dans l’espace sans limites de la terre et de la nuit, à l’infini des perspectives tour à tour angoissantes, inquiétantes, délicieuses ou riantes de la chair, des lampes liquides flottent dans le feu en fusion, des fleurs de sang brillent dans les frondaisons de flammes, dans d’épais buissons d’eau verte ou blanche, tantôt vive ou tantôt morte, des bouquets de veines bleues ou rouges piquent des enchevêtrements de méduses, de longs coraux de regards souples. Si vous aimez l’amour, entre la femme et la nuit, entre la terre et la femme, il y a aussi toujours l’homme que désespérément elle aime et qui, par elle, est seul partout. Si vous aimez l’amour, entre l’homme et la nuit, entre la terre et l’homme, il y a encore et partout et toujours la femme. Si vous aimez l’amour, entre l’homme et la femme, il y a tout l’espace océan du surréel. De son vivant, Marc Patin n’a publié qu’une seule plaquette, en 1942. Cette dernière sera suivie, en 1945, par un court choix de poèmes édité à tirage limité par l’Imprimerie nationale, de manière posthume. Puis, plus rien. A vrai dire, Marc Patin semblait voué à l’oubli le plus injuste et le plus radical. Il fallut attendre 1990 pour que Guy Chambelland entreprenne la publication de deux plaquettes anthologiques, qui devaient voir le jour en 1992. Je me souviens de cette période, comme de l’enthousiasme de Guy sur sa découverte. Guy le poète, l’éditeur, l’animateur, le critique, le pamphlétaire ; Guy du Chablis, Guy des coups de gueule et des coups de cœur, Guy tout court, l’ami à qui nous devons beaucoup. Il a tant fait pour les poètes et la poésie qu’il faudra bien un jour que cela soit reconnu, au-delà du cercle des fidèles, quitte et surtout à déplaire à ceux qu’il qualifiait lui-même « de cuistres et de paltoquets ». Dès la publication - par Chambelland dans son « Pont sous l’eau » - des deux volumes de Marc, nous fûmes à même de découvrir le génie de ce poète en qui Paul Eluard, bien plus que son ami, avait salué son égal ; ce poète qui fut foudroyé dans la force de l’âge en 1944, non sans s’être distingué durant les années noires de l’Occupation, au sein du groupe surréaliste de la Main à Plume, comme l’une des voix les plus prometteuses de sa génération et du surréalisme. Comment expliquer alors ce silence inextricable autour du poète et de son œuvre ? Marc est mort jeune à l’âge de vingt-quatre ans, dans une époque trouble, et a peu publié de son vivant. Cependant ce silence n’est pas gratuit ; il a été entretenu par ceux qui n’hésitèrent pas à le lâcher et à le calomnier dans ce qui demeure la période la plus critique de Patin. Des accusations qu’il subit, Guy Chambelland sera le premier à démontrer l’absurdité et l’inanité, tout en saluant la « ferveur et les images aériennes » du poète. Il s’agissait d’un premier pas d’importance devant nous mener vers la « réhabilitation » de la mémoire de Marc Patin, comme vers la découverte de son œuvre.

         En 2003, je devais « hériter » des archives de Marc Patin. Je restais sur la vision de ce merveilleux et jeune poète que Guy m’avait donné à lire. Je pensais aussi que la fleur de cette œuvre avait été rendue publique. Je fus surpris de prendre conscience que les poèmes édités ne correspondaient en réalité qu’à la face visible de l’iceberg de cette œuvre-vie ; que cette œuvre, bien qu’inachevée, incarnait assurément l’une des cimes du lyrisme poétique. Quelle ne fut pas mon émotion lorsque je pus me plonger dans la somme de tous ces poèmes, inédits pour la plupart, de tous ces documents, manuscrits, correspondances, comme de rencontrer les amis ou la famille de Marc ; autant dire, toute sa mémoire, son existence, qui ressurgissait enfin. Cependant, tout restait à faire et à dire, concernant sa vie et son œuvre. Il n’existait rien concernant directement Marc Patin. Rien, absolument rien, à l’exception de quatre plaquettes ou des revues surréalistes des années 40, aujourd’hui tout à fait introuvables. Cela constaté, le but de notre travail fut bien sûr de remédier à cette situation. En cela, il convient de rendre hommage à Jean Hoyaux (le meilleur ami de Marc Patin), ainsi qu’à Monique (la sœur du poète) qui, par leurs encouragements, leurs documents et témoignages, nous ont apporté une aide précieuse. Marc Patin est un grand poète surréaliste de l’amour que nous avons la joie de présenter, et non un poète qui ne devrait l’attention qu’au sort tragique qui fut le sien, dans une époque qui ne l’était pas moins. C’est un grand poète surréaliste de l’amour, qui sort enfin du purgatoire. Un poète dont les mots sculptent l’homme futur dont nous rêvons, mûrissent le meilleur de l’être certes, mais dans la fêlure du vivre. Après avoir crevé l’horizon qui l’enlace, la poésie de Marc a comblé l’espace, mer onirique qui nous appelle aux portes de la ville. Marc Patin, ce météore aux yeux d’homme, je le rencontre dans les rues sans noms du hasard. Je le rencontre comme on rencontre un frère qui a trop dormi ; qui a dormi sans nom depuis déjà trop longtemps. Je touche ses os et je connais déjà la forme de son front. A ses côtés, Vanina voyage avec la pluie et le beau temps. Vanina brûle dans l’huile de la vie, et je l’aime déjà du plus profond de mes rêves. Oui, si vous aimez l’amour, vous aimerez Marc Patin. Les lustres merveilleux des yeux inquiets, les lustres d'angoisse, tous les lustres brillent dans les chambres limpides de la vie. Ce ne sont plus les vestales qui l’entretiennent, le feu de joie de l’amour ne s’éteindra plus, abandonné comme il l’est aux caprices des magnifiques orages. C’en est fait de la nuit, à jamais marquée du sang immobile de la foudre. Que la jeunesse, belle comme le désespoir, furieusement se livre à tous les visages tentants et dangereux de l’espoir ! Si vous aimez l’amour… seulement si vous aimez l’amour… Vous aimerez Marc Patin…

 

Christophe  Dauphin

 (Extrait de
Marc Patin, le surréalisme donne toujours raison à l’amour, Librairie-Galerie Racine, Les Hommes sans Epaules, 2006).

 

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Bibliographie

 

Le temps du rêve, Supérieur Inconnu, 2008.
Les Vivants sont dehors, préface de Christophe Dauphin (poète), (revue Les Hommes sans épaules n°17/18, 2004)
Vanina ou l’Étrangère, préface de Guy Chambelland, (Le Pont sous l’eau, 1992)
Anthologie, postface de Guy Chambelland, (Le Pont sous l’eau, 1992)
Poèmes, préface de Jean Hoyaux, (revue Réalité n°1, 1945)
Quelques poèmes (Imprimerie nationale, 1945)
L’Amour n’est pas pour nous, suivi de Femme Magique (les éditions de la Main à Plume, 1942)

 

*

 

La mémoire

 

La nuit je pense à vous votre visage est devant moi au niveau des miroirs et des sables
Mère des bouquets et des arbres mère aux mains palpables
Je vous vois vous avez des rires entre les doigts
Et dans les yeux du sang véritable

Aux épines des routes l’orage laisse des lampes rouges
Le ciel est une roue dans les herbes brisées
Le chemin bordé d’aubes pend
Comme un linge à la corde des toits patients

Dans les paniers de la rivière une fille nue et blanche
Glisse ses seins et ses hanches
Face à l’absence face au vide qui la tente
Une fille nue et tendre frise distraitement

La verdure de ses jambes.

 

*

Un jour l’amour disparut


Elle pleure sur la margelle des puits
Où les oiseaux pétrifiés se sont engloutis
Un beau soir de granit

Sous les foulards de la peur
Elle caresse avec lenteur
Le chaton dur des fétiches de phosphore


Elle a pourtant rompu les amarres de ses fruits
Et lâché tout son sang
Dans une mer d'orties


Puisqu'elle est seule et malheureuse
Que n'oublie-t-elle plutôt la langueur de ces lanières flétries
Qui ligotent son corps au bord d'une tourbière de larmes



Elle que n'a jamais embrassée
Qu'un seul homme à la fois
Son ventre abrite de précieuses villes d'ambre mat
Et ses deux mains sont justement ces clefs tendres
Faites pour ouvrir les serrures des corridors de cendre


Que ne descend-elle donc dans ces voluptueuses chambres basses
Où l'on joue à l'amour comme aux cartes.

  *

 Aimer



Il est minuit dans les cages vertes
Minuit comme un chardon bleu dans du verre bleu
Comme une ombrelle ouverte dans le ciel vert
Il est minuit un feu mouillé coule sous l'écorce
Un feu biseauté et de roseau tranché
Un feu de fruit coupé


Derrière le rideau soulevé des rapaces écarlates
Il est minuit et le verre nocturne
Fend doucement la chair nocturne
Il est minuit comme un prisme
Au bout des seins de cette femme amoureuse
Qui tient une aile entre ses dents

 

Minuit comme un diamant
Sur le sexe tremblant de cette femme abandonnée
Qui jette des dragées blanches aux orties blanches

Il est minuit comme un pavot éclaté
Dans les yeux démesurés de cette femme solitaire
Qui fait tinter tout son sang dans la nuit

Minuit comme un couteau dans une orange
Au cœur rouge de cette femme triste
Qui veille au pied de ses statues mortes

Il est minuit comme un corbeau sur un œuf
Dans les mains pâles de cette femme nue
Qui joue avec de petits sabliers nus


Il est minuit entre les hommes
Comme un fût d'air entre deux faulx.

 

*

 

Terre disait la plus belle et ses yeux me regardaient
Le matin je n'ai que toi
J'ai des yeux qui te voient et des rires autour de tes rires

Sur la plage le matin un oiseau de nuit blanche
Aiguise entre ses griffes les couteaux du sable
Une volée d'arbres s'abat
Dans la neige d'un miroir
Et je suis nue moi dans ce miroir
Parmi l'herbe de mes jambes et de mes bras
Parmi l'herbe de mes seins

Le soleil se soulève dans mes mains
A l'ouest un coq de sable se défait
Les dix doigts de la rivière déshabillent la rivière

Et derrière la fenêtre et derrière moi
Me voilà
En tout semblable
A tout ce que tu vois.

 

Marc Patin

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Jazz cube

Publié le par la freniere

 

à Jacques-Henri Pons

 

Quand craque le jour
quand le coeur se fait ventre
quand le monstre s'assied à ma table
avec rien dans les yeux que l'eau de ma misère
je renonce à me mettre à jamais dans les mots
dans le mot femme
dans le mot fruit

Je mets un grand cube devant moi
comme dans les toiles de Magritte
un cube d'air que personne ne voit
un cube aux arêtes de miroir
beau comme l'esprit de géométrie
beau comme un coeur enfin qui serait son absence
magritte.jpg
Et j'y mets un premier nègre
un nègre aux doigts de gomme sèche
qui joue de la contrebasse
et s'appelle Charlie Mingus
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Et j'y mets un second nègre
qui va mourir pour avoir piégé trop tôt
les dieux comme des pies à la glu de son saxophone
et qui s'appelle John Coltrane
coltrane-copie-1.jpg
Et j'y mets un troisième nègre
qui n'est pas nègre mais seulement
l'escalier stupéfiant du blues
que monte et redescend selon les rigueurs secrètes de l'alcool

l'ami blanc qui se met au piano
en dépit d'une main gauche dont Thélonius Monk
n'assurerait pas qu'elle sort de sa maîtrise
mais dont la voix retrouve
au bout de la nuit de chênes verts
le chant profond des viscères humains
où dormait l'âme où s'éveille un dieu
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Et j'y mets un quatrième nègre
qui est la nuit même que je porte
mais les drums diront-ils jamais
là o un Lionel Hampton exorcise
une liberté menacée d'anarchie
la pervenche la noix vomique et le kola
que fleurit l'arbre de mes veines?
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D'architecte de l'invisible
ne cherche rien d'autre, passant,
qu'un oiseau multicolore:

sa mort
la tienne

 

Guy Chambelland

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Murmure

Publié le par la freniere

Comme la ville faisait des pas d’angoisse
Je me suis demandé
Quel était ce silence de poing brisé
Qui voltigeait entre les algues des enfants
Toutes ces vérités que l’on garde au secret
Dans des bas de soie

J’ai joint mon pas à la foule
Pour briser l’harmonie des tambours
Et j’ai beau porter des sacs de sang
Pareils à des loups affamés sur les épaules

Je n’en suis pas crucifié pour autant

 

Guy Alix

Publié dans Poésie du monde

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Paroles indiennes

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Publié dans Paroles indiennes

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De la sueur sur le front

Publié le par la freniere

De la sueur sur le front

les cauchemars des bas-fonds et l’usine

un numéro à la place de l’âme

des béquilles pour la peur

un sourire pour une lâcheté

l’hypocrisie pour la place au-dessus

une clé que l’on reçoit,

non pour le paradis mais pour un casier

avec ordre d’y mettre son bleu qui empeste

le vague à l’âme

une vie entière rivée à une chaîne …

maillon d’une conscience

qui se traîne et s’enlise dans la sueur et la suie

 

boulet de malheur !

vas-tu sortir enfin du canon

et filer droit sur Orion

 

Yann Robert

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Les mots de la montagne

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Jeudi 1 mai 2014 à 20h

 

Un spectacle bénéfice de la Médiathèque avec Jean-Paul Daoust (accompagné d'un invité surprise), Natasha Kanapé Fontaine, Jean Philippe Raîche, Gabriel Robichaud, Valery Robichaud, Gilles Bélanger, Viviane Audet et Sandra Le Couteur.

 

Jean-Paul Daoust : Spectaculaire dandy des temps modernes, Jean-Paul Daoust ne pratique pas la poésie comme un hobby. La poésie est son souffle vital, sa raison de vivre. Son œuvre évoque autant les « fleurs lascives » de l’amour que la fragile « peau du cœur et son opéra ». Chantre d’une Amérique à la fois plein de promesses et de vulgarités, Daoust traque la solitude et les amours contemporaines avec des mots brûlants.
 
Viviane Audet : La tournée Le couloir des ouragans débutera à l'automne au Théâtre de Maisonneuve, mais elle présente une version solo de son spectacle en première partie de Louis-Jean Cormier en mai et d'Isabelle Boulay, lors du spectacle de clôture des FrancoFolies de Montréal en juin.
 
Jean Philippe Raiche : Poète et directeur de la collection poésie aux éditions Perce-Neige. Son premier recueil Une lettre au bout du monde (2001, Éditions Perce-Neige) fut finaliste pour de prestigieux prix littéraires, dont le Prix du Gouverneur général en poésie. Suivaient Latitude des corps (2002, Écrits des Forges) et Ne réveillez pas l’amour avant qu’elle ne le veuille (2007, Éditions Perce-Neige).
 
Natasha Kanapé Fontaine :  Native de Pessamit, communauté Innue de la Côte-Nord. Aux éditions Mémoire d’encrier, son premier recueil, N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures a reçu le prix des Écrivains francophones d’Amérique, EFA, 2013.
 
Gabriel Robichaud : Gabriel Robichaud est né à Moncton en 1990. Comédien avant tout, il écrit aussi pour le théâtre et la poésie, en plus de s'adonner à la chanson de temps à autres. Son deuxième recueil, Les anodins, paraîtra ce mois-ci aux Éditions Perce-Neige. Dans les prochaines semaines, sa pièce de théâtre Crow Bar sera dans des festivals à Montréal, Montpellier et Québec. Nominé à titre de découverte de l'année en 2012 au gala des Éloizes, il parcourt le pays depuis 3 ans à la recherche de scènes où poser les pieds.
 
Équipe de production
 
Gilles Bélanger : Auteur, compositeur dont, ce disque d'or avec les mots de Miron, les Douze hommes rapaillés; une version avec l’Orchestre  symphonique de Montréal vient de paraître et sera l'objet de concerts.
 
Sandra Le Couteur : Interprète de la chanson, comédienne et poète, elle travaille présentement sur un troisième disque avec le réalisateur Éric Goulet.
 
Valery Robichaud : Poète et écrivain originaire de l’île Miscou, il habite maintenant Montréal; il a publié sa première suite poétique L’Homme sur le chemin de l’univers aux Éditions Perce-Neige de son Acadie natale.

 

Le spectacle débute à 20h et est précédé à 19h d'une visite de l'exposition Gaston Miron et L'Hexagone, 1953-2013. 60 places disponibles. Contribution suggérée: adultes 20$ / étudiants 10$. Réservation: 514-861-0880 ou info@mlgd.ca.

Notre adresse : 1214 de la Montagne, Montréal, H3G 1Z1 (métro Peel ou Lucien-L'Allier) www.mlgd.ca

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La neige fond

Publié le par la freniere

Le ciel s’étend tout nu sur les arbres, sa robe de nuit accrochée aux étoiles. Un vent lui fait la cour, un vent de belle force, tout en musculature, la peau fraîche, les doigts comme des agrafes, la poigne d’un bûcheron. Les fleurs se couchent devant lui. Des images se peinturent dans ma tête, des phrases en bras de chemise, avec l’accent et le tintouin de la terre, des choses d’air et de salive, des objets de musique, tout ça qui fait la couleur des mots. La vie s’appuie contre ma bouche avec ses goûts et ses odeurs. La parole des herbes, des arbres, des montagnes monte en moi et me pique la gorge. Malgré ses rires d’enfant, ses joies naïves, elle vit sa vie de grande personne, ma voix. Elle met un peu de baume sur le moisi du monde, du beurre sur la page. Les pensées bien assises dans ma tête se lèvent pour danser. Je regarde le soleil. Je le bois jusqu’au bord des paupières, à ras des yeux. Je laisse le vieux malheur couché dans la poussière se mordre les gencives. La main s’ouvre comme une porte à la charnière du poignet. La respiration intérieure contribue à faire bouger les doigts. L’âme se tapisse de vert, celui des feuilles et des fougères, des futailles et du foin. Pour que vienne le fruit, il faut d’abord semer, laisser monter la sève dans la chair en bois d’arbre. Il faut d’abord s’aimer pour que vienne la vie. Le paysage court à la rencontre des chemins.

        

Ce matin, je me sens drette comme un piquet tout neuf. Le mal d’aider, ça vous prend par les tripes, un coup de main, un coup d’épaule, les coudées franches pour basculer le malheur. Ça nourrit mal les os mais ça gonfle le cœur, un peu de chair humaine sur le squelette du froid, une petite fleur dans les ruines. Il y a déjà trop de place pour les mauvaises choses, l’argent, l’orgueil, le fusil. J’aime quand les mots se mettent d’accord comme des sillons sur la page, prêts pour le grain et le soleil. Les images passent devant le rond des yeux et touchent la rétine. Ça fait comme une porte qui s’ouvre sur le paysage, des petites feuilles d’espoir sur les bras des arbustes. Un écureuil mêle son poil à celui des érables. Il annonce le printemps avec sa queue rousse. Les idées noires, les agaceries mentales, la poussière des mots, les choses du cerveau entassées durant l’hiver n’attendaient qu’un signe pour alléger les tempes, une langue d’air frais. Elles tombent comme un vieux manteau. Ça sent déjà la pomme, l’eau boueuse, la sarriette. Je suis tout à la fois l’abeille dans la fleur, la ruche, le pollen et la tartine sous le miel, le sucre dans l’érable et la palette de bois qui tortille la tire.

        

C’est beau le printemps. Il fait clair tout soudain dans le dedans de la tête. Le vent lape une soupe d’herbes. Les yeux s’amusent à rapporter des choses, une fleur en boutons, le passage d’une oie, les traces d’un chevreuil. J’écoute la naissance des gestes, l’éclosion du moment. J’en triture la page comme l’aubier sous le rabot. Je fais ma route dans la sciure des mots. Des décors s’effacent. D’autres se dressent. Les pierres s’allongent à mon oreille, les mamelons des collines, des épinettes en vrac, le mordoré des foins, une plaque de neige restée collée sur une paroi de schiste. Des sons s’étiolent. D’autres surgissent. L’hiver tire à sa fin et j’ai déjà des fleurs dans les yeux. Le ciel est bleu. L’eau du lac s’y reflète avec ses filaments de glace comme des nuages. Le paysage se fait propre, change de linge, se met sur son trente-six. Le vent est une main. Il parle avec de grands gestes, raccommode, recoud, lave les yeux des vitres. Les mains les plus vivantes se démarquent dans l’ombre. Elles sont plus présentes. Elles accaparent le soleil.

 

La neige fond. L’humus prépare déjà la chair des campanules. La chaleur accélère le va-et-vient de la sève. Le temps des sucres bat son plein. L’odeur du bois se mêle au parfum de la neige. Le soleil pose sa joue contre l’épaule des montagnes. La lumière nous parle à travers les ombres. Une aube rose agite la peau fragile du lac. L’humus et les nuages mélangent leurs acides. L’air sans forme s’immisce dans le sans fond de l’être, faisant l’offrande du souffle. On ne voit pas la sève mais on respire son odeur. Entre les plaques de neige, les nuances de couleurs et celles des arômes illustrent les métamorphoses. Lorsque la neige fond, la terre lui pardonne. La chlorophylle s’active dans le cerveau des plantes. Quand la table est dressée, des racines cachées apportent la lumière.

Publié dans Prose

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Le grand rassemblement

Publié le par la freniere

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Sainte-Flavie, Gaspésie, Québec

 

La route des vacances!

 

Le Grand Rassemblement

 

«Le Grand Rassemblement» est une œuvre d'art-nature unique au monde en continuelle transformation. Réalisée en plusieurs volets par son concepteur Marcel Gagnon, il veut ainsi trouver son propre style. C'est en commençant par peindre ses personnages qu'il décide de leur donner forme en les sculptant. Inspiré du mouvement de la mer et de ses marées, il intègre son oeuvre dans les eaux du fleuve Saint-Laurent.

 

En 1986, l'artiste crée plus de 80 sculptures grandeur nature, en béton armé et qui pèsent plus de 685 kg chacune. En 2003, il augmente le nombre de statues à plus d'une centaine. Ces personnages qui sortent de la mer, semblent se donner rendez-vous tout près d'un personnage central, en bordure du fleuve, trônant sur une demi-sphère terrestre et qui prend place au bout du stationnement du Centre d'Art.

 

Si ces gens de la mer paraissent s'animer, c'est qu'ils jouent avec les marées et les caprices de la nature, soit le soleil levant, le soleil couchant, la brume, le clair de lune, le vent, etc. Le soir venu, un éclairage spécial nous fait vivre de toutes autres émotions.

 

Ces personnages se métamorphosent continuellement sous l'oeil des visiteurs. À marée basse, vous pouvez marcher jusqu'au pied de la dernière sculpture qui se trouve dans le fleuve et à marée haute, celle-ci et plusieurs autres se retrouvent complètement recouvertes d'eau.

 

http://www.centredart.net/le-grand-rassemblement.html

Publié dans Glanures

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