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Les plantes à bonheur

Publié le par la freniere

Je récure le ciel

avec des cris d’oiseaux.

Si tu viens demain

il faudra

que le soleil soit propre,

que le ruisseau du cœur

laisse courir ses galets

jusqu’au bleu des abîmes,

que la nappe soit mise

sur la table bancale,

que l’arbre dans la nuit

retrouve ses racines,

ses feuilles dévalisées

avec l’or de l’automne,

qu’il répare ses nids

avec la paille des baisers.

Déjà le fleuve sort du lit

et s’envole vers toi.

Les clés des champs

fleurissent dans les portes.

Les fantômes se pavanent

aux flammes des lessives.

J’ai mis de l’herbe dans mes pas,

du ciel dans mon poing,

du miel dans les ronces,

fait des nœuds papillons

sur la ligne d’horizon

et détaché les chiens de mer.

J’ai nourri de lumière

le sourire des choses.

 

Jean-Marc La Frenière

 

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Agnès Varda

Publié le par la freniere

Agnès Varda

Agnès Varda, de son vrai nom Arlette Varda, est née le 30 mai 1928 à Ixelles (Belgique) d'un père grec et d'une mère française. Elle grandit à Sète où sa famille s'est réfugiée en 1940 puis part à Paris pour y étudier la photographie. 

En 1949, elle accompagne le metteur en scène Jean Vilar et se fait connaître en photographiant la troupe du Théâtre National Populaire dont elle devient la photographe officielle. 

Elle tourne son premier film en 1954 : "La Pointe courte", avec deux comédiens du TNP, Philippe Noiret et Silvia Monfort.
En 1961, elle réalise "Cléo de 5 à 7" qui remporte un vrai succès et scelle son destin de cinéaste. Dans les années 70, elle part à plusieurs reprises à Los Angeles et y tourne deux documentaires. Agnès Varda est une cinéaste éclectique qui aime mélanger les genres documentaires et fictions , les formats longs-métrages et courts-métrages. 

Elle remporte en 1985 le Lion d'or à Venise pour son film "Sans toit ni loi". 

A la mort de son époux Jacques Demy en 1990, elle tourne un film hommage "Jacquot de Nantes". Puis en 2000, la cinéaste renoue avec le succès du public grâce à un documentaire "Les Glaneurs et la Glaneuse". Depuis 2006 Agnès Varda se lance aussi dans activité d'artiste visuelle en proposant des installations dans différentes expositions d'art contemporain. 

En 2008, elle sort en guise d'autoportrait le long-métrage "Les Plages d'Agnès" qui reçoit le César du meilleur film documentaire. Au Festival de Cannes de 2015, la Palme d'honneur lui est décernée. Et fin 2017, elle reçoit un Oscar d'honneur. Elle est la première femme (réalisatrice) de l'histoire du cinéma mondial à accéder à une telle reconnaissance.

Elle décède le 29 mars 2019.

 

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À mes enfants

Publié le par la freniere

Vous ne demandiez que la parole

et c’est moi qui parlais.

Vous ne demandiez qu’une source

mais c’est moi qui buvais.

 

Pardonnez-moi l’absence

quand vous mouriez de soif.

 

Pardonnez-moi de n’avoir pas été là,

trop perdu dans mes larmes pour entendre vos rires,

trop perdu dans mes mots pour écouter vos rêves,

trop perdu dans mes pas pour me trouver en vous.

 

Pardonnez-moi surtout de n’être qu’un rêveur

oublieux de ces choses qui importent au réel.

 

Rien n’est tout à fait vide ni tout à fait plein.

Nous ne sommes jamais

ni tout à fait ici ni tout à fait ailleurs.

 

Si la soif porte sa source

je m’en irai moins seul de vous savoir heureux.

Je m’en irai moins con faire la bise aux nuages.

 

Jean-Marc La Frenière

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Les clous de girofle

Publié le par la freniere

Les arbres sont pleins de branches, pleins de bras, de bras, de bras. Étrangement, c'est à l'automne qu'ils enlèvent leurs gants. Ils passent l'hiver les mains nues. Il y a mille façons d'aborder le monde. Certains avalent les secondes et prennent l'autoroute. Je préfère le vélo et les sentiers pédestres. J'ai même squidé du bois avec une time de jouaux, un vieux Farmhall rouillé. J'ai grimpé les collines en sauteuse sur un bécique de trail, avalant des moustiques, des mannes, des coccinelles qu'on appelle des bébites à pétaques. J'ai des points noirs dans l’œil à force de boire du vin. Je suis sobre aujourd'hui, mais je titube encore. Pris en sandwich entre hier et demain, la chaleur et le froid, laissant les rues bondées, lassé de la poussière, la vitesse et l'oxyde de carbone, léchant le vert-de-gris des granges, le vert des chlorophylles, le miel des sauterelles, la logique des choses, la rosée du réel, les muscles en sueur sous la chemise du vent, je chemine clopin-clopant loin des sentiers battus. Partageant avec d'ex-bagnards une cigarette de pot, trinquant à la santé du monde, crachant dans l'eau pour le plaisir, perdant mon temps chez les mémères, gagnant mal ma vie avec des mots et les entorses du langage, gagnant de la graine dans les jardins et la mémoire du coin, je deviens peu à peu ce Narcisse incomplet recherchant ses pétales. Certains souvenirs me font comme un trou d'air dans l'estomac. Il y a dans le silence tous les silences du monde, tous les mots et les rêves possibles. Y a-t-il moyen de mourir sans mourir tout à fait? Je pédale en roue libre sur un vélo instable. J'avance penché sur un guidon, le dos arqué, les bras voûtés, les pieds qui suivent la trotteuse. Je porte sous la peau un petit bout d'enfance, une rustine de paix sur les blessures de guerre. Le fil des heures se casse. J'entends les enfants qui rêvent, les chiens qui traînent la patte, les oiseaux qui volent en rêve. Une poignée de main éclot au milieu de mon poing.

 

On s'habitue à tout, surtout à oublier. On a détruit les plus belles maisons, le couvent, le collège et même l'hôpital. La nuit, on n'entend plus de cris parvenir des cellules, mais le silence du cimetière. Il y a encore à certains embranchements des panneaux Bernierville, l'ancien nom du village. Le temps de monter la côte de l'église, j'arrive au bas de la page. L'encre descend comme une rigole d'eau sale. Aucun buvard ne le retient, sauf des pelletées de sable. Tout autour du lac, on bâtit des horreurs. Le temps recule sans qu'on y gagne au change. Ces édifices cachent la vue du lac que les yachts polluent. Il n'y a plus rien à voir dans les rangs, ni meuneries, ni moulins à laine ou à bois, ni fromageries. Les bœufs ont remplacé les vaches à lait. Les cultivateurs sont passé de la comédie humaine à la comédie urbaine. Seules les petites cabanes à sucre résistent au temps et réunissent les familles. La poésie existe malgré tout, le rai d'un bas de porte, l'éclair d'une vitrine, l'éclat du lac, le museau pâle de l'eau, les loques feuillues d'un arbre, la petite lumière dans une chambre à coucher, les soupirs des amants, les sourires des enfants, l'or d'un chapeau de paille, le clin d’œil du soir dans un trou de serrure, l'arôme qu'on respire du côté des glaïeuls, le vert des montagnes, le site amérindien survivant aux années, le vert-de-gris des pierres, la rivière Larochelle irriguant les Cent Ans, le Domaine des quinze lots dans l'ancien Vianney, le noyau dans la pêche, les pépins dans la pomme. On peut être soutenu par la beauté du monde, celle qui existe encore. Les os des morts ravitaillent la terre. Au Jardin de vos rêves, le réséda remplace les coups de feu. Le cosmos y pousse comme une planète végétale. Les gifles dans les doigts font place aux caresses des mains. On ne tue pas les géraniums, on leur offre à manger. Il y a tant de plantes à aimer sur la terre. Des essaims de butineuses pollinisent les fleurs, des frêles myosotis aux chardons bleus touffus. Les tilleuls grandissent et apprennent à parler. Il faut les écouter. Leurs mots se plantent sur la vie comme des clous de girofle.

Jean-Marc La Frenière

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Pessoa

Publié le par la freniere

Pessoa

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Familier des blessures

Publié le par la freniere

Familier des blessures

et brûlé jusqu’au sang

je ne veux pour survivre

qu’un amour bête et simple,

un peu de vérité

par-delà les mirages,

un peu plus d’harmonie

dans l’absence de sens,

deux ou trois mots pour dire

la splendeur et l’ordure.

Je veux me dépouiller

des défroques inutiles

comme on écorce un arbre

jusqu’au cœur de la sève,

trancher le nœud qui me retient

au ressac des choses,

être un nom égaré

dans l’innombrable phrase

et sauvegarder le rêve

dans les ruines du langage.

Chaque pas, chaque geste

posés avec amour

font d’une seule seconde

un peu d’éternité.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

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Léon Tolstoï

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Paroles amérindiennes

Publié le par la freniere

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Pour effacer les dieux

Publié le par la freniere

Quand on ne vénère qu'un livre

on est prêt à brûler tous les livres.

Michel Baglin

 

Devant l'ignominie, il arrive que le silence des pantoufles soit pire que le bruit des bottes. L'économie a pris tous les hommes en otages. La religion fait pire. Avec les djihadistes, le temps nous explose à la gueule. Il est devenu dangereux de prendre le train, même de déambuler, de traîner dans les rues ou à la table d'un bistrot. Les cervelles privées d'air font des hommes sans âme et les hommes soumis font le bruit des canons. Le cœur qu'il affûtent est la lame d'un poignard. Au nom d'Allah et de la peur de l'autre, ils ont pris les armes et jeté les crayons. Ils laissent derrière eux un héritage de cadavres. Ils ont tué la femme qui nous a mis au monde. Ils ont mis le feu aux livres pour n'en garder qu'un seul. Plus il y a de morts, plus leur Dieu est vivant. La religion (pour qui le sexe est un ver dans le fruit) fournit les alibis. Chrétien apostasié, je suis un renégat de toutes les religions. Une absence de beauté fait une absence de bonté. Les deux sont des jumeaux comme l'ombre et la lumière. Tout ce qui meurt fait naître quelque chose. J'habite l'impermanence et la durée. Une lumière anime le cinéma des ombres, le jeu des marionnettes et des ombres chinoises. Là où naissent les pommiers, les insectes prolifèrent. Je ne sais quoi d'invisible habite la parole. Le visible soutient ce qu'on ne voit jamais. Il y a des fleurs qui éclosent parmi les mots qui fanent. Dans chaque homme, il y a un autre homme, un homme universel. Il y a un homme et une femme dans chacun, un androgyne qui s'ignore. J'ai tout appris des arbres, de la mer et des mots. Une poignée de main suffit pour faire l'accolade. Je compte sur la pluie pour nourrir la terre, sur la terre pour nourrir les hommes, sur l'amour pour effacer les dieux.

 

Jean-Marc La Frenière

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Poème naïf

Publié le par la freniere

Enfants
méfiez-vous des parcs d'attractions
des chevaux de foire et de manège
chevauchez un vrai joual
préférez le mustang
au cheval-vapeur
le pacage au parking
la chaleur des lèvres à la froideur des écrans
aimez la vie et les vivants.

Jean-Marc La Frenière

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