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Salon du Livre de Trois-Rivières

Publié le par la freniere

 

Jean-Marc La Frenière, vient de recevoir le Prix  Nouvelles Voix en Littérature au Salon du Livre de Trois-Rivières (Québec) pour son livre UN FEU ME HANTE illustré par Lino et publié au Éditions Art le Sabord (Québec) dans la collection Exentric.

 


Publié dans Prose

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L'usure des choses

Publié le par la freniere

 

L’usure des choses,

la beauté des roses,

la chair sur les os,

la cervelle dans l’homme

deviennent la pourriture

nourrissant les saisons

où la lumière de l’âme

perpétue sa croissance.

 


Publié dans Poésie

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Accident bête

Publié le par la freniere


Une ambulance est entrée en collision avec un corbillard. Il y a un mort à l'urgence dans une chaise roulante et un vivant qui chante au milieu d'une tombe pendant son enterrement.

Publié dans Prose

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À Timmins

Publié le par la freniere

 

Tout jeune

je faisais des grimaces

à l’homme

dans la lune.

 

Ma mère me disait

si t’arrêtes pas

tu vas

rester comme ça

toute ta vie

comme

Jerry Lewis.

 

Aujourd’hui

Jerry Lewis est

resté comme ça

toute sa vie

et

 

je suis devenu

l’homme dans

la lune.

 

Patrice Desbiens

 


Publié dans Patrice Desbiens

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Le sourire naît des larmes

Publié le par la freniere


Plus j’avance, plus ma naissance recule devant moi. Les rides s’agrandissent et les années rapetissent. Il neige depuis deux jours. Un immense banc de neige bloque la porte mais il suffit d’un mot ou deux pour repartir aux cinq cent diables. Me voilà pieds nus sur le sable du désert, emmitouflé de lune dans la chambre du songe. J’ai toujours frayé avec le rêve, les chimères, les mirages pour ne pas être écrasé par l’argent, le négoce, les affaires. Je fais avec ma bouche tous les bruits de la vie, la tempête, les cigales, le brouhaha de la foule, les ronrons d’un moteur, l’incendie, l’océan. J’imite avec ma plume les grimaces, les tics, les pieds qui boitent, les yeux qui louchent, les bris de vaisselle, les hoquets, les soupirs. Il y a de tout dans la jungle syntaxique, des verbes, des pronoms, des esperluettes, de grandes bringues mal fagotées, des virgules, des hurluberlues tapageuses. Face à la propagande en couleurs et en sons vides de sens, j’en reviens peu à peu à une métaphysique en noir et blanc. J’en reviens à la ligne, à l’eau pure, à l’épure, là où le sourire naît des larmes.


Foin de l’économie. Il n’y a que le sang, la voix du sang, au rythme de ses pulsations. La vie se moque des chiffres et des plans quinquennaux. Un soupir vient de la terre. J’entends des branches craquer, des cailloux s’ébouler, des insectes crisser. Je coule à pic. Je tombe au fond de moi cherchant un mot pour m’arrêter, une métaphore, un point d’orgue. Les feuilles frissonnent tout autour. Je tombe sur une pente herbue, une page qui tourne. La main crispée sur un crayon, je vise les trous noirs dans le prolongement d’une phrase. Le soleil apparaît, tout frais sorti d’un godet d’aquarelle. Je ne fais pas de l’art pour entrer au musée. J’avance les épaules enfoncées dans les mots, les doigts comme des grosses virgules crochetant l’inconnu, les souliers tachés d’encre. Avec les milliards d’atomes qui nous traversent, des premiers mammifères jusqu’aux dernières cellules, de la cendre des morts à la poussière d’étoiles, de la fixité du roc au frémissement de l’aile, de la glaise aux cartilages les plus fins, j’élève la parole comme une hostie de vie dans cette cathédrale végétale. Je lève le ton ou je murmure. Des oiseaux sautent d’une ligne à l’autre. Merveille des merveilles ! Nos yeux vont jusqu’au soleil et sa chaleur touche nos corps. Je m’étonnerai toujours de m’éveiller vivant.


Tout ce que j’ai, je le porte d’un bras. Je préfère mettre les pieds dans les plats et les mains à la pâte que de l’argent en banque. Pour celui qui veut tout, un verre d’eau suffit. Le vent du ciel pénètre par l’âme entrebâillée. On ne sait jamais quand la lumière peut venir. Il faut sans cesse balayer le cœur, quelques miettes à chaque jour. La pauvreté est ce qui manque à la fausse richesse. Dans la maison des mots, j’ajoute les pièces une à une, de phrase en phrase, un mot pour les vivants, un autre pour les morts. J’ajoute le crayon aux lignes de mes mains, la métaphore au souffle, les images à la voix. J’ajoute l’émotion à la bande son du cœur. Le monde est en faillite. Est-il trop tard pour l’homme ? La pratique du commerce abrège l’échéance. Il n’y a pas de lumière dans un livret de banque. Elle se réfugie dans un livre de Bobin, Kerwich et même Cioran. Elle signe d’un éclair le bonheur à construire, entre le bien à faire et le malheur à réparer. Il n’y a pas d’espoir dans un billet de loterie. Il est chez Néruda, Miron et même Autin-Grenier. Il n’y a pas d’éternité dans un plan quinquennal. Elle passe furtivement dans une seconde d’amour.


Si je marche au milieu de la neige, il suffit que j’écrive pour que la mer vienne me lécher les pieds. Je reprise d’une phrase les pièces du puzzle. Qu’importent qu’elles s’ajustent mal, le fil des mots s’emmêle à la pelote du rêve. Le dialogue s’établit entre la sève et la poussière. J’ai perdu un taraud, un bardeau, un écrou. J’ai perdu le nord, la boule, la boussole et j’ai viré fou braque. Je pédale entre les métaphores en agitant le bocal des mots, la chaudière à neurones, les abeilles dans le bonnet, les araignées du crâne. Les oiseaux sortent la tête du nid pour apprendre à voler. Les enfants sortent la tête du lit pour regarder le monde. Dans le chambranle de l’espoir, la porte s’ouvre sur un gond et se ferme sur l’autre. Le meilleur du regard est derrière les yeux. De grandes rues de silence conduisent vers le verbe. Le rêve le plus fou y marche sans souliers pour assourdir ses pas. Tout l’univers se lave dans la substance des mots. Chaque consonne est un pas, chaque voyelle une aile, un ange avec un sac à dos.

 


Publié dans Prose

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Les ceux

Publié le par la freniere


Je n'aime pas les ceux qui blessent pour dire. Les ceux qui dégoulinent en confiture sur tartine maigre. Les ceux qui savent ou le croient. Les voix criardes, mielleuses, les copieuses, les inspirées de l'égo qu'on voit partout. Les jolis poèmes bien propres sur eux, les dérangeants faits pour déranger, les prédateurs bonimenteurs, racoleurs, tricheurs, les devant sur la photo qui s'immiscent, brandissent, glapissent, séduisent, entortillent, regardez-moi, regardez-moi. Je n'aime pas les ceux des déserts  venimeux maquillés d'oasis tirant à eux les couvertures de sable. Je n'aime pas les sabots vernis.


Ile Eniger - Quelque chose de la neige


 

Publié dans Ile Eniger

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Le chemin (Roumanie)

Publié le par la freniere

 

Pensif, les mains derrière le dos,

Je marche sur la voie ferrée :

Le chemin le plus droit

Qui fût.

 

Derrière, à toute vitesse,

Un train arrive,

Qui n’a jamais entendu parler de moi.

 

Ce train – Zénon l’ancien m’en est témoin-

Ne me rattrapera jamais

Car je garderai toujours une avance

Sur les choses qui ne pensent pas.

 

Même s’il m’écrase

Brutalement,

Il y aura toujours un homme

Pour marcher devant lui,

Plein de pensées,

Les mains derrière le dos

 

Comme moi

Devant le monstre noir

Qui s’approche à une vitesse folle

Et ne me rattrapera

Jamais.

 

Marin Sorescu

Traduit par Alain Bosquet

Publié dans Poésie du monde

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Avion

Publié le par la freniere

 

1


La seule place où je

voudrais me poser ce soir

c’est

dans tes bras

 

Respirer comme un

avion en amour

se balançant de

gauche à droite

entre les lumières

de tes yeux

 

avant d’atterrir

une fois pour toutes

une roue à la fois

 


2


Finir mon verre

de vin

 

Finir ma

cigarette

 

Le lit m’attend

aéroport

entre deux aéroports

 

Il n’y a pas de

lumières

il n’y a pas

d’amour

 

Je m’écrase

avec un bruit

de pluie et de feu

dans la nuit

 

il n’y a jamais

de survivants

 


3


Le petit aéroport

de mon lit

t’attend

ciel ouvert ou

ciel couvert

jour et nuit

 

Les petites lumières

de Noël

allumées de chaque bord

de la piste d’atterrissage

de ton corps

m’accueillent

 

Les petites roues de

ma Cessna chaude

touchent enfin

terre et

et toi

 

Patrice Desbiens

 

 

Publié dans Patrice Desbiens

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J'ai voyagé

Publié le par la freniere

J’ai voyagé, j’ai vu, j’ai rencontré. J’ai cru, cru me tromper, cru aimer, cru que le vrai avait une couleur, cru que le malheur, le bonheur, comme toutes choses, avaient leur couleur. Je ne savais pas les larmes de joie, les rires de douleur et le festin des pélicans. Je ne savais pas qu’il y a dedans et dehors, je croyais le bien et le mal partout pareils. Je croyais que le bonheur du maître et celui de l’esclave avait une même odeur. Je n’avais rien vu du dehors. Je croyais au blanc et au noir je ne savais rien du "ni blanc ni du noir". Je ne savais rien du gris.

 À la décrue du croire, j’ai saigné du sel, frotté mes paupières, tué la nuit jusqu’au soleil. J’ai vu tout ce que l’on voit, j’ai perçu tout ce que l’on ne voit pas. Mon compagnon le plus fidèle fut ce rêve fou que l’on appelle délire. J’ai toujours habité un doigt dans l’ailleurs, à ronger des odeurs de voyage, de départ et de fuite. Fuite du toujours pareil, fuite du père, fuite de l’appareil, fuite de l’impératif, fuite du réveil, fuite du quotidien. Entre fuite et exploration, entre raison et déraison, entre cynisme et rêve, je cherche des frontières, je lance des SOS, j’appelle l’impossible.


Aussi loin que je regarde j’ai toujours aimé le vent du large, la mer qui divague, la peur du retour et le cri des crépuscules. J’ai toujours habité le plus près possible de moi, j’ai toujours eu la divagation à la porte de mes mots. J’ai toujours habité sur le fil, entre fuite et départ, parfois en voyage et souvent seul. Peu d’êtres ont partagé ma vocation à parcourir les ailleurs de la raison, très peu ont avec moi visité les satellites d’Andora et ces pays où les poules à 4 têtes marchent dans la direction de leur regard. Peu ont vu ces pays où les autruches à tête creuse entrent dans leur peur pour fuir le soleil et tombent dans des sommeils pailletés pour échapper à la vie. Très peu ont avec moi visité ces archipels du rêve où les baleines des sables vont à l’Est quand leur regard est à l’Est, vont au vent quand leur regard est au Levant. Peu d’entre nous ont vu aux portes de la conscience la chute des mésanges quand le doute fripe l’avenir. Peu ont visité le cri bleu du Zen où l’on voyage assis en tailleur, peu ont visité cette planète égarée où les hommes marchent sur la tête, où l’ombre fait moins peur que le savoir.


J’ai voyagé loin, j’ai voyagé en moi, cherché le point de fuite, trouvé la tangente, traversé l’horizon et la peur. J’ai déchiré le siècle, griffé le millénaire, mais encore je suis là. Mon rire est chauve, mes cheveux édentés, mon désir encore exigeant ne rêve plus que d’un œil. Je dérive entre espérance et contrainte, je ne dors jamais sur mes deux oreilles, je vais à ma rencontre je me cherche… je ne suis jamais où je veux.


Le voyage est si lent et l’avancée si peu à l’écoute des mots de hasard, que je n’ai pas toujours su entendre.

Un jour, la compagne anglaise d'un de mes compagnons de dérive, indignée de me voir manger de la viande, m'écrivit  dans son français maladroit : "Connaisses-tu* la peur de la bête, avec son cœur en papier froissé avant d’être dans ton assiette ?". Ce jour-là, j’ai mangé, fini mon steak avec un cœur en papier froissé, puis j’ai oublié.


Pourtant, ce jour-là, le ciel est devenu plus large. Ce jour-là, j'ai compris que certains hommes ne sont pas à la dimension de leur âme, qu’ils restent enfermés dans les vanités infantiles du paraître, dans le petit habit de leur condition humaine. Ce jour là, j’ai compris qu’il me faudrait encore cheminer pour apprendre que la douleur, la peur et le désir de vivre, n’appartiennent pas qu’aux hommes, que l’infini est peuplé d’une multitude complexe que nos regards estropiés ne savent pas toujours apercevoir. Ce jour-là, j’ai compris qu’il me faudrait grandir dans ces incernables de la conscience, que seules l’étendue et la profondeur du regard font la grandeur d’âme. Ce jour-là, j’ai compris qu’il me faudrait voir plus grand que l’apparence, plus loin que mon assiette, qu’il me faudrait creuser pour savoir ce que cache un sourire, et aussi savoir que, dans chaque larme, meurt un univers. Ce jour-là, j’ai compris qu’il me faudrait encore et encore passer la frontière de mes rêves pour peupler mes mots du cri des arbres et des caresses de mon chat. J'ai compris que pour grandir il me faudrait garder les langages de l’enfance et traverser l’amour et l’amitié comme on traverse l’horizon. Ce jour là, j’ai appris que ni la main ni l’œil ne vont jamais au fond des choses, que l’invisible est plus profond qu’il ne parait, que rien sauf la vie n’est à la dimension de l’amour.


Ce jour là, j’ai compris qu’il me faudrait encore traverser ces ailleurs où se cachent les grandes vérités, qu’il me faudrait encore et encore creuser et chercher pour être un jour à la mesure de mon âme.

J’ai voyagé loin, aussi loin que possible, mais la question reste immense, encore je dérive. J’ai beaucoup voyagé mais ai-je été assez loin pour habiter mon âme ?


Jean-Michel Sananès


Publié dans Jean-Michel Sananès

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La langue (Québec)

Publié le par la freniere

 

Si l’identité collective

c’est un chapelet d’anecdotes

qui nous mène

de la croix de Cartier à la poutine

nous ne sommes pas grand’chose

du hasard

dans un grand costume de coutumes molles

 

mais l’identité collective

ne peut être que la langue

car nous n’avons qu’elle

pour nous penser nous définir

nous inventer et poursuivre notre aventure

et la qualité de notre aventure :

ou bien nous sommes une longue naissance

ou bien un lent suicide

ça dépend de nous

 

Michel Garneau


Publié dans Poésie du monde

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