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Un jour un livre

Publié le par la freniere

Un jour un livre

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Soyez polis de Prévert

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Petite prose pour la mort d'un camarade

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Ni Pierre ni Saint je ne trahirai pas mon arrière garde mes espérances avant que le coq de Lénine ait chanté sur la gare de Petrograd. J'ai été un croyant particulier. Mal vu toujours dans la paroisse. Je traquais les diables de la bourgeoisie jusque sous les péristyles du quartier génois. Maintenant, je chante "y a d'la joie!" saluant les oiseaux au ventre blanc qui ont tourné les ailes de leur drapeau. Les hirondelles dépliées font des petites croix. Leurs Jésus pleuvent sur le parvis ardent de la mosquée. C'est plein Sud. Je suis, je l'affirme, je le prétends d'une autre lignée que celle tant et tant ressassée d'Abraham et Socrate, plutôt de la culture et du bouillon des chiens jaunes, les clebs du désert. Je hisse le drapeau noir sur la motrice de l'Orient-Express. Les pensées ont la fièvre et le vent coagule dans le conduit étréci de mes canaux, au risque d'embolie céleste. Le cimetière Nord est d'un côté de cette vie, mon paysage et sur le versant solaire, les coralines du Taj Mahal.

Jean Camille

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Il y a longtemps

Publié le par la freniere

L’époque ressemble à la zombification des hommes, à la loi du plus fort, à la rivalité des clans, à la lutte des classes, aux pratiques prédatrices de l’économie, aux religions de guerre, à l’autisme du temps, à l’hébétude et l’ignorance. Il n’y a plus d’anges mais des rognures d’ailes, un corps déplumé, des sentiments mutiques, des paroles déchiquetées. Je suis resté l’enfant qui refuse d’être adulte. Je marche à deux pas de l’abîme, le corps en peine, le cœur en berne, la peur au ventre. La nuit se love comme un chat sur la tôle des toits. Le temps se fait source, ruisseau, rivière et fleuve. L’éternité se fait mer.   Mes yeux se baignent dans l’eau du paysage. À peine déménagé, je hume l’air du monde en déballant mes cartons pleins de livres.  Perros sent la mer de Bretagne, Réda l’huile de cyclomoteur, Cendrars le Transsibérien et les Pâques à New-York, Miron la résine de pin et la gomme d’épinette. J’agite mon crayon dans le pétrin géant du monde.  Les livres sont le berger d’immenses troupeaux de mots.

Le bois qui fait les planches est le même qui fait les manches de hache. Oubliant le chômage avec des joints et la soif avec des packs de bière, chacun de nous est unique à l’heure de sa mort. Les arbres chantent la mémoire. Les prés herborisent l’espace. Rien n’est plus beau qu’un cerisier en fleurs. La poésie est une forme d’écologie, la dimension cosmique du monde. Elle empêche l’avilissement de l’être. La ville prend l’air sous une couche de bitume. Je donnerais tous les écrans cathodiques, toutes les lumières dell, tous les phares d’auto, pour la lueur d’une luciole. Le langage est une forme de vie. Il est un lien corporel avec la nature. Un vent léger fait plier les sapins. Sur la nappe en papier, comme celle d’un bistrot, les paroles palpitent autour des verres et des assiettes. La nuit tombe avec la neige. Le soleil monte avec le jour.

Tout se déglingue hormis l’amour la poésie, hors la couleur des glaïeuls, le cri des corbeaux, la chevelure des arbres, la musique des feuilles comme un concert de Gabarek, la mémoire sous le sable, les boxeurs sans main, le jardin du repos. Je fonds dans le décor comme un morceau de glace. J’habite un paysage en forme de maison. Ma parole est une porte ouverte. Mes mots sont des fenêtres. Je souffle sur les braises pour attiser le feu, pour agrandir le temps, pour réchauffer l’espace, pour augmenter l’espoir, pour retrouver les détails perdus. Les gouttes du paysage font de l’action painting. On dirait la couleur dans les veines d’un tableau. Chez les arbres, les racines sont le négatif des ramures.

On fait de son mieux pour se soulager de la mort. On souligne la vie. On surligne l’amour. On lance sa ligne à l’eau. On fait des sourires pour oublier le pire. J’écris sur du vieux bois penché sur un cahier où s’épanchent les mots. On a gommé les mains des paysans, les bras des ouvriers, les cicatrices des loubards, les noms des arbres et des oiseaux, les larmes des enfants, les rides des vieillards, les boursouflures du froid, les gerçures du cœur. Je vis dans la souffrance des choses, l’ivresse des fruits mûrs, la peur des plantes devant un sécateur, celle des chômeurs devant l’outil, l’eau fraîche des ruisseaux, l’éclatement des bogues, le durcissement des veines sous le col blanc des cygnes, l’écriture des signes.

D’une génération à l’autre, nous sommes passé du silex au couteau, de la hache au scalpel, de l’absence des morts à l’ordinaire des jours, encore plus vite du pied de biche au clavier d’ordinateur. Les souvenirs et l’avenir, la proche et le lointain font chambre à part. Il y a trop longtemps que je lis, je distingue mal mes idées de la pensée des autres, les épis de blé d’inde des épines de roses. J’ai la tête comme une caverne d’Ali Baba. On y pénètre par la serrure des mots, un rossignol qui chante, une clef des champs. J’avance dans le bruit des mots, le bruissement des pages, la musique des phrases.

On m’a déjà dit que j’étais trop petit pour comprendre. Maintenant que je suis vieux, je comprends encore moins. J’ai mis mon habit de présence, ma peau de vie, ma chemise d’être là, la chair du réel. J’ai dénoué la cravate du malheur, déboutonné l’acné de l’aventure humaine. La vie émane de la lumière. Le bois qui brûle provoque la chaleur. Voilà des années que je presse le citron, que je trempe dans l’eau de la mémoire le zeste des années. Il y a longtemps que je mâche le pain des jours, que je mâchouille l’os des chiens, que je mords la main qui me nourrit. Voilà des années que je souffle du cœur, que je souffre du corps, que je vis un peu moins, que je meurs un peu plus. Il y a des années que la cervelle perd son sens, que la blessure perd son sang comme le moteur son huile et le stylo son encre. Il y a longtemps que j’ouvre les fenêtres et défonce les portes. Il y a longtemps que la vie fait naufrage, que le rafiot se transforme en épave. Il y a des années que l’homme jappe en échappant des choses. Il y a longtemps que je pleure en souvenir des morts. L’éternité faseille sur la mer du temps.

Jean-Marc La Frenière

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Le temps de le dire

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Renée Claude chante Clémence Desrochers

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Terre! Terre!

Publié le par la freniere

Terre! Terre!

Ceux qui veulent vivre
Ont tout le ciel visible
Et l’immense nuit
Où l’oiseau rouge transparaît

Dans leurs yeux les murs s’abattent
Sous leurs mains montent les champs
Le long de leurs chaînes monte le sang

Leurs femmes sont si belles si nues si réelles
Leurs femmes ont sur le visage et sur les seins
Tant de reflets de villages de villes d’yeux
de visages et de mains
Tant de reflets de fleuves et de flammes
De reflets de pierres et de sable
Que l’amour les double ou les triple
Que les voilà mille et mille
Dans les rues et sur la terre
Mille et mille
À faire et à dire

Que nous n’avons pas fini
De tout dire

23 avril 1943

Marc Patin, « Les yeux très bleu d’une nuit pareille à un rire sans regret » Œuvre poétique 1938-1944, Édition présenté et établie par Christophe Dauphin, Éditions Les Hommes sans Épaules, 2016

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Si j'écris

Publié le par la freniere

Si j'écris

si j’écris c’est pour que ma voix vous parvienne
voix de chaux et sang voix d’ailes et de fureurs
goutte de soleil ou d’ombre dans laquelle palpitent nos sentiments

si j’écris c’est pour que ma voix vous arrache
au grabat des solitaires, aux cauchemars des murs
aux durs travaux des mains nageant dans la lumière jaune du désespoir

si j’écris c’est pour que ma voix où roulent souvent des torrents de blessures
s’enracine dans vos paumes vivantes, couvre les poitrines d’une fraîcheur de jardin
balaie dans les villes les fantômes sans progéniture

si j’écris c’est pour que ma voix d’un bond d’amour
atteigne les visages détruits par la longue peine le sel de la fatigue
c’est pour mieux frapper l’ennemi qui a plusieurs noms.

André Laude In Œuvre poétique, Vers le matin des cerises, © La Différence, 2008

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J'abdique tout

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La détresse des fleurs

Publié le par la freniere

J'aime écrire au dehors, arpenter les chemins et les routes mal tracées. Je ne me pendrai pas à la ville qui tue, plutôt nourrir les pissenlits dans les montagnes appalachiennes, effeuiller les marguerites sur le bord d'un ruisseau, pêcher les écrevisses dans la rivière Larose, déguster les cent ans près du rang Larochelle. Ce ne sont pas les nuages qui font le ciel moins bleu, mais le regard de l'homme. La vie traîne sa chair comme on traîne son cœur d'une solitude à l'autre, comme on traîne son corps d'un paysage à l'autre, comme on traîne son âme d'une blessure à l'autre.

 

Y a-t-il une détresse des fleurs devant un sécateur, une douleur des bêtes qu'on mène à l'abattoir, une peur d'enfant qu'on transforme en soldat? Combien d'ailes faut-il pour sauver un seul ange? Combien de mots pour soulever les haltères du silence? Combien de plaies cousues avec leur propre pus? Je nomme chaque goutte agrandie par la mer. Un poids s'allège dans ma tête quand je le mets en mots, un trou se comble dans le ciel. J'ai comme du sable dans les tripes et du sang dans les yeux. Ces arbres qu'on abat, un fruit les recommence. Cette vie que l'on porte, on l'apprend peu à peu. Le temps pétrit la pierre où je cherche le blé, la terre où gisent tant de morts, la chair où naissent les enfants. Dans les planches qu'on scie, dans les vitres qu'on scelle, dans les murs qu'on repeint, se préparent des ruines. Tout un paquet de viscères trafique avec les ombres.

 

J'aime les ciels de pluie. Ils pleurent comme les hommes. Ma mère est disparue trop tôt. Je cherche son visage où mes larmes se cassent, ses mains sur ma douleur. Ses mots ont façonné mes lèvres. Ses yeux m'apprennent à voir. Elle me nourrit toujours sous les cendres et la neige. J'ai commencé très jeune à écrire, probablement déjà dans le ventre maternel, des esquisses de mots aux lettres mal formées, des fœtus de phrases sentant le placenta. Ma vie serpente et s'évade par la marge.

 

Où tant d'autres se vendent à l'état, à l'étal, au capital, aux dieux, je suis resté l'enfant qui apprend à parler. Je tombe et me relève. Je rue dans les brancards. Je pleure. Je bredouille. Je crie. Je mets du sang dans mon stylo, des larmes dans mon encre, du sperme entre les pages. Qu'on me donne une tache de boue et j'en fais mon drapeau. Qu'on me donne la neige et j'en ferai du feu. Qu'on me donne le rouge des framboises, le bleu du ciel, le noir des mûres ou des olives, la couleur des fruits, la patience des pierres, le goût si vif des orages, le sucre des oranges et la fraîcheur de l'air. Qu'on me donne un corps et j'en ferai une âme.

 

 J'écoute les moineaux, les piafs, les corneilles et leur voix défoncée comme une barricade. J'en fait des mots, des cailloux, des bijoux, des jeux de mots, des jeux de mains jeux de vilains, des jeux d'enfants perdus dans leur parc à jouets.  Nous portons dans la chair toutes les questions du monde et les choses n'en sont pas la réponse. Je veux des fleurs écloses dans les trous de mes mains, des phrases de poète dans les trous de mes dents, un jet d'étoiles dans un trou de balle, un peu de ciel dans les trous noirs, des yeux de naufragés et des regards de feu dans les orbites vides.

 

Ici, je n'écris pas. Je rapaille, écriture en lambeaux, images désuètes, rimes faciles, ponctuation rebelle, souvenirs, souvenirs, haillons d'espoir, pensées maussades, esperluettes en liberté, microbes d'alphabet, virus du silence. Je découpe les phrases en bonhommes de mots, des sumos faméliques au ventre gonflé d'encre. Même quand je n'ai rien à dire, je ne perds pas le goût d'écrire. Un feu couve sous la cendre. J'avance comme je peux, la bouche vers le fruit, les lèvres vers la soif, les mains vers la caresse, les paupières en veilleuse.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

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