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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Toujours ces militaires éternels et bornés qui dirigent si mal la circulation aux carrefours de l’histoire. Le souvenir d’un ami commun mort assassiné nous a rappelé l’injustice du monde. L’inexistence de tout rempart spirituel contre la félonie des hommes et des États préfigure notre avenir : on ne court pas au fascisme, on y est. Cette injustice du monde je continue à la vérifier dans les dépêches : ceux qui tuent au canon et au napalm continuent d’appeler « terroriste » celui qui tue au couteau. Les uns représentent le nombre et la puissance, ils ont les medias à leur botte ; les autres doivent s’y introduire par effraction. Aux premiers le téléphone, au second le plastic.

 

Roger Curel 

Publié dans Ils ont dit

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Nathalie Riera

Publié le par la freniere

 

 

Publié dans Poésie à écouter

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Terre médiane

Publié le par la freniere

Occupé à nettoyer les géraniums, je me vois

comme je suis, presque nu dans la chaleur,

essayant de faire vivre un microcosme

de tons roses noircis, fanés par le soleil et la pluie,

qui ploient et frémissent sous mes sécateurs

tandis que je sépare les fleurs pourries des vivantes,

comme un homme seul emplit un vide de paroles,

non pour consoler ou indiquer où est le bien,

mais pour dire quelque chose de vrai qui a du corps,

parce que c’est la preuve qu’il existe.

 

Henri Cole

 

Publié dans Poésie du monde

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En forme de fusil

Publié le par la freniere

Il y a des jours où je ne vois qu’en noir, le crachat des fantômes sur le mur, la croix et la bannière, la planche à clous, les ecchymoses aux lèvres des enfants, le rire qui se prolonge en râle, la berceuse en requiem, la clef de sol en forme de fusil, le feu vidé de sa force, les injures du verbe sous l’encre sympathique, les toussotements du bruit entre les murs de carton, les cernes sous les yeux et l’émail des choses, le choc furieux des têtes vides dans la musique du monde, l’absence de bonté, le mouvement des viscères sous la chair malade, les pneus de la bêtise éclaboussant les fleurs. Mes mots s’échappent comme des chiens pour mordre ce qui roule. La terre monte jusqu’à ma bouche. Le bonheur ne sait plus où poser sa valise. Il est resté coincé sur le quai d’une gare. Le verbe vendre s’efface de mon vocabulaire, les chiffres de ma vie, l’état civil de ma peau. Les gardiens de la paix en font une prisonnière, une colombe mise en cage. Taoïste malgré moi, je fais ma route ligne à ligne sans bouger d’un seul pas.

 

Le jour est là dans sa beauté d’hiver. Il fait froid. Les semelles font wouch wouch. Les pas ont besoin de bas, la glace de soleil. Les souffleuses à neige passent la route au fil du rasoir. Les accotements étouffent sous les poils de neige. Au pied d’une montagne, le petit homme respire un air d’infini. De la douleur secrète jusqu’à l’horreur du monde, je cherche le wu wei (non agir) derrière les apparences. Je suis l’enfant des mots réfugié dans une phrase. J’écoute les paroles quand le vent parle aux feuilles. Je puise l’eau du cœur quand le réel a soif. Je meuble d’espérance la maison du néant. D’un simple coup de crayon, j’accompagne les monarques en route vers le sud, les bernaches en voilier, les vagues des rivières, le fleuve d’Héraclite portant sa propre mer. Je penche vers la terre avec des mains d’enfant. Il n’y a pas de clef pour la serrure de l’âme. Elle s’ouvre par elle-même à la moindre étincelle.

 

Il faut tant détruire pour faire de l’argent, de la terre jusqu’à l’homme. Le chemin de l’enfance à la banque étouffe l’innocence. J’écris sans linéarité, sans personnage, sans théorie. J’ajoute quelques graines quand la mangeoire est vide. Je glisse le coin d’un mot sous la table bancale. Je soulève le monde avec les doigts d’une phrase, le bras d’un paragraphe. Chaque matin, je me réveille au pied d’un mot venu je ne sais d’où. Il entraîne avec lui une foule d’autres mots. Un bouton brille parmi eux, quelques galets trop polis, le o du mot amour qui s’ouvre comme un œil, le poing d’une virgule, l’accent aigu d’un a, des petits os d’oiseau, une plume, une feuille. Je m’y perds. Je m’y trouve. Le squelette pourrit mais l’âme continue. L’énergie intérieure, la force artésienne du cœur remontent jusqu’aux lèvres. Il n’est pas inutile de tricoter sous les bombardements, pas plus que de planter un chêne à la veille de mourir. On ne sait jamais qui aura froid ou cherchera des glands. Il arrive qu’une bouteille à la mer reçoive une réponse, que la violence de la réalité recule d’un pas. Le noir dans le noir se transforme en lumière.

Publié dans Prose

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Jamais encore, semble-t-il, la réalité n’a été aussi perfide que celle qui nous entoure aujourd’hui. Elle menace de détruire la réciprocité entre elle et nous, elle menace, d’une manière ou d’une autre, de nous anéantir. C’est le danger le plus subtil qui semble presque le plus inquiétant : il existe sans exister. Tout le monde en parle. Personne ne le rapporte à soi. Ce danger s’appelle la « chosification », c’est notre métamorphose en une chose, en un objet manipulable : la perte de nous-mêmes.

La poésie peut-elle encore nous aider à affronter une telle réalité ?

 

 

Hilde Domin

 

Publié dans Ils ont dit

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Bernard Noel

Publié le par la freniere

 

 

Publié dans Poésie à écouter

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La prison est-elle la maison des poètes ?

Publié le par la freniere

à  Angye Gaona


Parfois les grands inquisiteurs bâtissent des rumeurs pour tuer les peuples

Parfois l’intérêt supérieur des morales inférieures est de tuer la vérité

Parfois les petits accusent leurs chiens de la rage pour pouvoir les tuer

Parfois les puissants accusent les poètes pour tuer les consciences




Souvent l’oiseau de la conscience est au bout d’un fusil

Souvent le chancre de l’ambition enfante des serpents

Souvent par crime la morale efface sa culpabilité

Souvent détruire est plus facile qu’avouer




Il est des pays où cisailler le chant des oiseaux est une fête
Il est des pays où faire taire un poète et une conscience n’est pas un crime
Il est des pays où les des Droits de l'Homme sont un danger

Il est des pays ou la poésie est rébellion

Il est un pays où Angye Gaona est enfermée.

Jean-Michel Sananes

Publié dans Jean-Michel Sananès

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Tout vient

Publié le par la freniere

Rien n’est à venir. Tout vient. L’instant est plein d’éternité. Un nuage bouge dans le ciel et dans la tête la pensée d’un nuage. Quand les deux se rejoignent la chair des mots tressaille. La preuve de nos pas rend la route visible. Le ramage des ombres n’éteint pas la lumière. Un brin d’herbe suffit au rêve des fourmis. L’immensité du monde repose sur sa pointe. L’autre côté du paysage déborde sur la page entre les mots et les nuages d’encre. La lumière du dedans rejoint l’invisible du dehors. L’œil devient ce qu’il regarde, les mots ce qu’ils devinent et l’âme ce qu’elle change.

Publié dans Prose

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Caché

Publié le par la freniere

Je me suis caché derrière les averses

Les voiles des navires et les paravents

Derrière les écrans de fumée, la sieste des somnambules

Caché derrière les lignes, les éventails et la musique

Les brouillards, les marées, les passages cloutés

Caché derrière les étoiles les brumes bleues du matin

Les mers salées, les mers sans sel et les vertiges divers

Et puis un peu derrière mon égoïsme

Je me suis caché derrière la porte dérobée

Dans les ombres qui montent, au-delà des grillages

Les saisons et les jours

Je me suis caché derrière tout ça

Et pourtant tu me vois

 

François Corvol

Publié dans Poésie du monde

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Le cercle

Publié le par la freniere

Les enfants ne scandaient plus, laine laine, la vilaine. La rumeur avait déployé ses tentacules visqueux autour de nos ventres. Musettes défoncées, odeurs bigarrées des poudres d'herbes renversées, course échevelée. Dans les abris de fortune où nous reprenions notre souffle, toi tu tourmentais tes mains, toi, tu répandais de la cendre sur ta tête, toi, tu berçais tes genoux, toi, tu sanglotais sans fin, toi, tu grondais ta rage, toi, tu t'enfouissais dans les incantations futiles. Ce qui devait venir, déjà venu maintes fois, s'est abattu sur nous. Mais il n'en serait plus ainsi. C'était la promesse silencieuse quand les ministres nous ont trouvées. Ils nous ont emportées, ravagées, attachées tuméfiées au milieu de la place pour leur sinistre rituel. Ah ! ni le feu ni cent vies ne m'ont fait oublier le défilé des milliers de visages déformés par la hargne, nourrie aux peurs inoculées au fil des siècles d'un dieu fait homme pour frapper.

 

Aujourd'hui, nos mains se sont retrouvées, laine laine, la vilaine. Le cercle est incorruptible. Personne ne dit le pacte qui est sa force et sa faiblesse. Alors fi des dévoreurs d'énergie vitale, des pilleurs de l'âme qui s'introduisent chez vous, la convoitise déguisée en sourire, des suppôts obséquieux du pouvoir temporel qui assènent le sceptre brutal de leur volonté, et de ceux-là qui font mine de donner pour mieux prendre et qui vous assassinent à mots couverts avec l'air de vous rendre service.  

 

Les épaules souples, la louve totémique secoue sa pelisse rêche. Je vois par ses yeux attentifs.

 

Laila Cherrat

Publié dans Poésie du monde

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