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Nostalgie sourde

Publié le par la freniere

 …Pouvoir t’oublier rivière des Métis

Sainte-Angèle et tout le Bas-fleuve

qui coule atrocement dans mon âme

j’étais née pour m’accouder sans ambages

au flanc des montagnes

dans les soleils de cuir et le vent des bouleaux

j’étais née pour d’humbles camarades

identiques à mes châteaux d’Espagne.

 

Je veux vous redire dans ma langue de déracinée

que votre ciel et tous vos noms

ont chu dans ma mémoire

ma solitude s’est comblée de souvenirs jaunis

et quand j’avance frelatée

à travers rues et ruelles de cette ville à pacquage

c’est à vous que je pense

Bas-fleuve de liberté de blanc silence

j’ai beau me morfondre

embrasser l’homme-frère dans la foule serrée

un rien de nostalgie nous disloque nous sépare

et nous met en charpie…

 

Je suis née comme j’ai pu dans un frisson d’avril

en plein éboulis de neige

la souffrance plantait ses crocs

qui saura jamais le prix des accidents mortels

 

Tâter le pouls de la race humaine

m’enrôler dans cette horde matérialiste

de clinquant et d’ordure

m’acclimater m’acclimater

mais j’ai peur que mon rire de flammèche encor vivace

décime détruise

crée au sein de ce bal chahutant

une esclandre de casseurs de veillée.

 

Gemma Tremblay, Poèmes d’identité, Jean Grassin éd., Paris

 

Publié dans Poésie du monde

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En silence habité

Publié le par la freniere

Tu m'as donné deux fois la vie, un matin de septembre quand sonnait la sirène du marché sur la place du village, puis, quand lisant mon premier poème tu m'as dit : "Continue ma fille…". Maintenant ma mère est ailleurs, en silence habité. Elle a depuis longtemps fermé son nom, sa voix, comme on ferme une page et la porte derrière soi. Elle a laissé quelques images, pierres blanches qui veillent et allument la route : du pain émietté pour nourrir les oiseaux, les battements de l'âme sous ses paupières closes, sa passion des mots, de la musique, des fleurs, et son amour du jardinier. Elle a laissé bien plus, que je découvre encore lorsque les heures se taisent. Absente légère, je ne sais où elle est, mais je sais qu'elle y est. Entre deux plumes d'ange et les eaux vertes de la Sorgue, assise sous le grand platane qu'ils ont coupé parce qu'il était trop vieux, je l'entends encore me dire "Continue ma fille"…

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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J'aime ce lac

Publié le par la freniere

J’aime ce lac.
Nous sommes en mai.
Je le regarde en face.
Je sais que son eau est encore froide.
Je regarde son grand visage calme et souriant.
Il est mon ami.
Je me réjouis déjà de ce nouvel été
Que je vais passer avec lui.
Ce lac est un secret bien gardé.
Que connaissent ma Lise ,mes enfants, leurs amis,
Ma belle fille, mon petit fils, mes amis,
Alain et Éric...et quelques autres...
Je vais plonger dans ses eaux durant toute la belle saison.
Attention ce lac est un peu magique.
Il contient plein de pouvoirs étonnants.
Il est le plus grand psychanalyste du monde.
Quand je ne vais pas bien dans ma tête
Je plonge dans ses eaux et je trouve le bonheur.
Ce lac est un merveilleux confident.
J’aime l’entendre parler
En un dialecte intraduisible.
Que je m’amuse à interpréter.
À ma manière.
Ce lac est polyglotte.
Il parle la langue des arbres, des cieux,
Des nuages et des soleils.
Des fleurs, des poissons et des grenouilles.
Il sait converser avec la lune et les étoiles.
Il est leur porte-parole.
J’aime penser que mon lac est certaines fois un gros œil, Doux, scrutateur et invitant.
J’aime rêver qu’il est une grande bouche lumineuse
Avide de baisers de toutes les sortes.
Qu’il est une oreille posée sur l’infini et en même temps
Sur les plus banales confidences.
Les miennes.
Je lui parle à chaque fois que je me retrouve devant lui.
Il sait m’écouter
Quand je plonge et m’évade dans ses recoins.
Je suis seul avec lui.
Personne ne me voit.
Personne ne m’entend.
Alors je peux faire ce que je veux avec mon lac.
Il me prend dans ses bras m’enveloppe et m’emporte
Dans ses petits endroits perdus.
Mon lac est plein de mystères.
J’ai voulu une fois en savoir un peu plus sur ses profondeurs.
Ses promesses. Ses messages. Ses miracles.
Mon lac n’aime pas ça.
J’y ai perdu mes lunettes.
En colère, il les a avalées.
Elles ont coulé dans son grand estomac sans fond
De druide impénétrable.
Elles dorment encore quelque part au creux inimaginable
De ses eaux voraces.
J’aime nager dans la folie de mon lac
Jusqu’à une grosse roche qui fait figure d’île déserte.
J’aime tâter tous ses contours fantaisistes.
J’aime piétiner le sol clownesque de ses rives.
J’aime perdre mes pieds dans ses abîmes vertigineux.
J’aime voir les herbes, plantes et fleurs,
Qui émergent à la surface fabuleuse
De son grand corps féerique .
Au fond du lac vit un dragon.
Il caresse mon âme, enflamme mes rêves
Et me donne des idées.
Ce lac fait naître toutes sortes d’histoires dans ma tête.
Des personnages me parlent à mesure que je nage.
Je les ramène avec moi quand je sors de l’eau.
Je les conserve dans ma mémoire. Je les note. Je les écris.
Depuis que j’ai découvert mon lac,
Il fait partie de ma vie.
Je ne peux plus m’en passer.

 

Louis-Dominique Lavigne

Publié dans Poésie du monde

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Les inconsolés

Publié le par la freniere

Les inconsolés
Des étoiles et des chiens, 76 Inconsolés, éd Le castor Astral
Joliment lu :
 
 
 
 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Hors tout

Publié le par la freniere

Je veux une averse d'étoiles sur les villes sales, des arbres qui dansent dans les pas fatigués des passants, le tournesol d'une robe jaune sur la grisaille des tristesses, le souffle pur d'une terre haute, l'eau glacée d"un torrent éclatant de rire, des étincelles de nuit faisant battre le cœur des mots pour nettoyer celui des hommes, un petit matin clair, irrévérencieux, insolent, confiant, où des fées en espadrilles font le ménage du jour. Les fées n'existent pas mais leurs gestes perdurent. Et quand j'écris : "Je t'aime hors approbation, hors cadre, hors limite, hors tout", ce sont elles qui me disent de ne pas avoir peur.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Philip Roth

Publié le par la freniere

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Poupées de mots

Publié le par la freniere

À quoi bon se conter des histoires? La vie se passerait bien d'habits s'il ne faisait pas si froid. Il y a des choses plus importantes que la gloire et l'argent. Quand les abeilles meurent dans les ruches, il faut savoir pourquoi. Le temps tient ses promesses quand l'homme pollue jusqu'à la vie. Les glaciers fondent. Les trous dans la couche d'ozone s'agrandissent. Il faudra plus que des mots pour refaire les mailles, plus que l'espérance et des prières, plus de bleu dans l'azur, plus de vers dans la pomme, plus de rouge à la honte, moins de polices et de soldats, plus de faillites à la banque. Il ne faut plus d'essence. Il faut protéger l'enfant d'être un adulte. Tout jeune, j'avais des camions pleins de phrases. Je volais à ma sœur ses poupées de mots. Je semais pour demain dans la terre promise du silence. Le temps perd ses heures. Ce temps mort est comme un tas de feuilles où l'on n'ose pas mettre le feu. C'est comme un livre qu'on feuillette. C'est comme on jette sur le sol une poignée de sel. C'est comme on touche de ses yeux la ligne d'horizon. C'est comme on couche dans la nuit des phrases de lumière. C'est pareil à la porte qui claque, au verre qui se brise, à la fleur qui pousse, à l'oiseau qui s'envole vers la plus haute branche. C'est pareil à la vie. C'est pareil à la mort. Dans la cuisine des mots, il y a des phrases bleues, saignantes, à point, carbonisées. Peu importe. À défaut d'un livre de recettes, je fais confiance à l'alphabet. Le texte est une invitation à nourrir son âme.

Les mots inventent les choses, mais l'homme invente le langage. Un peu d'eau sur le sol, un peu de bleu du ciel, un peu d'encre sur la page, et je me sens lavé. Dans la nuit la plus noire, je rêve de lucioles. Je rêve de rosée sur les fougères de l'aube. Je rêve d'une voix dans l'étouffant silence. On a trop de tout, mais quelque chose manque dans ce monde. Sur les réseaux sociaux, la plupart des mots sont vides. Il manque les mots des pauvres gens, des poètes, des enfants. Il manque le cri des bêtes, les chants d'oiseaux, toutes les couleurs des peintres. Il manque les sonates de Bach, la folie de Mozart, la légèreté des fleurs, l'enchantement des étoiles. Il n'y a plus de chemin, mais on compte ses pas. Il n'y a plus de sens, mais on cherche à répondre. Il n'y a plus d'espoir, mais on compte ses sous. Il n'y a plus rien à dire, mais on cherche ses mots. On mise. On remise. On n'en finit plus de miser, jusqu'à perdre sa chemise. Nous sommes sans défense devant les armes économiques, sans mots devant le bruit des tiroirs-caisses. Nous sommes sans amour quand il s'agit d'argent. Nous sommes sans parole devant l'espace que l'on vole aux oiseaux. Je parle et je me tais. Je m'agite dans la poussière des mots. Je passe le balai sur le parquet des jours. J'époussette les ombres. Je chiffonne ma voix comme un sac en papier. J'écris. C'est une façon comme une autre de vivre, de rire ou de pleurer, une façon comme une autre d'aimer.

Nous sommes frères et sœurs des catastrophes et des miracles. La vérité nous mord le coeur avec ses dents de loup. Les choses qu'on oublie se confondent avec l'éternité. Elles n'ont pas le poids des souvenirs, la chaleur des flammes qui noircissent la mèche, la force des mémoires qui soulèvent des fontes. La vie est éphémère. Dès le début, la fin est déjà là. Les jours disparaissent comme des flèches égarées. Le corps du monde tressaille sous leurs pointes pleines de sang. J'avais une maison où les bêtes sauvages n'avaient pas peur d'entrer. Ici, dans un appartement, aucun loup n'accompagne mes phrases. Je cohabite avec l'absurdité, l'écran télé et les réseaux sociaux. Je préférais de loin les roseaux et le babil des oiseaux. Le cocon des images sécrète un papillon, une phrase légère, le vol d'une chanson. Le centre du monde est au centre de chacun. La vie, ce sont des morts côtoyant des vivants. Il y a toujours comme une aile oubliée au défaut de l'épaule, le frisson d'un ange dressant les poils de bras. La langue et les cordes vocales forment un crayon sonore. La vie est pleine de crocs-en-jambes. Sur le point de tomber, c'est souvent la langue qui trébuche ou bien le sol qui disparaît. On tombe et se relève mille fois. À chaque souffle, chaque pas, chaque mot. Chaque œillade à l'azur nous lave le regard. On traverse l'hiver dans l'attente des fruits. L'arrivée de l'été fait chanter les cigales. Ce n'est pas avec une voix de plume que trissent les oiseaux, mais d'une voix de gorge, de rouge-gorge et de Bach. Je déchire d'un trait la boite du silence, d'un simple coup de crayon, d'une pichenette de chair. Je la remplis de mots, de comptines et d'amour, d'un peu de peur aussi, d'un peu d'air et de vent, des bruissements de l'eau, d'une petite lumière comme une aile d'insecte. C'est mon nom que j'efface en écrivant ces mots. La neige noire de l'encre laisse flotter l'horizon. C'est une hémorragie de mots. J'arrose l'alphabet avec un encrier. Des lambeaux de français s'échappe du silence.

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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Le pont couvert de Sainte-Sophie

Publié le par la freniere

photo: Martin Piché

photo: Martin Piché

Publié dans Glanures

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Nagato Iwasaki

Publié le par la freniere

Nagato Iwasaki

Publié dans Glanures

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Pensée rassurante

Publié le par la freniere

Pensée rassurante, consolante presque : pendant que ça meurt ici & là, il reste les vivants pour s’occuper à faire durer le monde, entretenir les routes, gérer l’aiguillage des chemins de fer, construire des abris en paille, en argile, en béton, semer & récolter le blé, approvisionner fruits & légumes, boucher les avaries, aller à la pêche aux harengs, ramasser l’obole aux péages, distiller la lavande et le jasmin, raboter les planches de sapin, épandre le goudron mêlé de caillasse, bouturer l’espalier de la poire, finasser les ourlets de la délicate lingerie, rincer le vert-de-gris sur les anciennes auréoles, enduire d’émail les jarres, planter des antennes aux faîtes des baraques, lubrifier les pistons des chaloupes, sucrer soigneusement les confitures de coings, pourvoir de charnières efficaces les portes cochères, restaurer les partitions du chant des lamantins, nourrir d’engrais les doubles rangées de peupliers, faire tourner en douceur les moulins à papier, faire venir du mauve et du jaune dans les récipients à coloris, visser les fines lamelles coupeuses sur les taille-crayons, enrouler les cordes de chanvre sur les bobines, ajouter une poignée de pommes de pin à la braise pour la dorure du pain — il y a ainsi une sorte de presque éternité à l’œuvre malgré la permanence des trépas et la catastrophe de ma mort n’est en rien une catastrophe.


Lambert Schlechter

Publié dans Poésie du monde

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