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Un écho

Publié le par la freniere

Je n'entre plus dans le paysage, ni dans la carte de Noël d'un 24 de décembre. Je ne voyage plus avec les saisons. Les gestes journaliers ne voient plus le passage des oiseaux ni les jeux du chat. C'est l'hiver sans le feu. Dans la maison muette, plus de pain sur la table et l'assiette ébréchée résonne dans le vide. Sur le fil, une chaussette seule balance au vent mauvais,  la fontaine glace ses larmes. Quelque part la montagne décroche un écho, il illumine ma nuit.

 

Ile Eniger

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Un pavé dans la mare

Publié le par la freniere

Nous trouverons toujours

un pas d’homme sur le sable,

une morsure au cœur,

une fleur oubliée

parmi les terrains vagues,

des mots égratignés

par les ongles du sens.

 

Nous trouverons toujours

un trèfle à quatre feuilles,

un pavé dans la mare

une plume d’oiseau,

un ogre dans la nuit

qui mange les fillettes.

 

Nous trouverons toujours

un os dans la soupe,

un pépin dans la pomme,

un bas dépareillé

dans le fond du tiroir,

une boite à malle mangée

par la souffleuse à neige.

 

Nous trouverons toujours

une porte fermée,

un dépanneur ouvert,

une poussière de pollen

dans le rhume des foins,

un éclat de soleil

sur les lunettes fumées.

 

Nous trouverons toujours

le sang d’encre des hommes

sur le papier monnaie,

un chat blanc dans la nuit,

une poussière dans l’œil,

un peu d’eau pour la soif.

 

Nous trouverons toujours

une nouvelle ride

sous le rimmel du temps,

un lac pollué dans la fosse à purin,

un violon qui fausse

dans la fosse d’orchestre,

un poème oublié

à la consigne du cœur.

 

Nous trouverons toujours

un oiseau de malheur

couvant l’œuf du monde,

une larme écrasée

par le marteau du boss,

une rose aux aguets

sous son treillis d’épines.

 

Trouverons-nous toujours

un seul rêve sans prix,

un espoir sans date,

un Dieu sans religion,

un amour sans contrainte,

un enfant sans fusil ?

 

paroles: Jean-Marc La Frenière

musique: Loulou de Villères

 

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Signe terrestre

Publié le par la freniere

Nous ne savons plus qui parle...
là-bas à la frontière tombent des étoiles de sang
les échos monstrueux d'un tonnerre d'outre terre
grondent dans un ciel de flammes sombres
les amants n'osent plus s'embrasser
les enfants pleurent et le sein de leurs mères s'est desséché
quelquefois un silence pire que celui des morts
recouvre les villes tandis que sonne le tocsin funèbre
des prêtres aux lèvres violettes et tordues
annoncent la fin imminente du monde
en adjurant les foules affolées de se repentir
hommes d'argent et généraux en liesse jubilent
mais quelque part sur un terrain vague de banlieue
une rose blanche a fleuri sous les premiers flocons de l'hiver

André Chenet

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Un petit souffle

Publié le par la freniere

 

Je prends l’espace

à pleines mains

et demande au silence

d’aller porter vers toi

ce petit souffle ému

où parlent ceux qui s’aiment.

 

Jean-Marc La Frenière

 

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Avant la neige

Publié le par la freniere

Tu tournes le dos
À l’automne qui n’a rien offert
 
Le jardinier généreux fait cadeau
De son épouvantail à l’hiver
Le prévoyant rentre son jardin
Dans la cuisine
 
Détresse du gant rouge oublié
Sur une clôture à piquets
 
Les lampes s’éteignent bien avant minuit
Il faudra beaucoup d’incandescence
Pour faire reculer les ombres
Souffrant d’insomnie
 
 

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Amis, soyez toujours

Publié le par la freniere

Merci au blog Emmila Gitana

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De sac et de corde (extrait)

Publié le par la freniere

Dans toutes les banlieues, un faux bonheur s'affiche avec ostentation. Les stigmates et les nerfs manquent à ces quartiers trop neufs, à ces labyrinthes sans intérêt, à ces haies de haine clôturant le privé, une piscine, un barbecue, une chaise longue où s'allonge une femme essayant de bronzer sans attraper le cancer. Tout inconnu ici est dangereux. Il n'y a plus de mendiant, de survenant, de peddleur, de guenilloux, mais deux polices pas de cuisse mangeant des beignes dans une auto patrouille. Dans ce monde mal foutu, même la douleur se heurte au vide. On essaie d'oublier les nouvelles du jour et les images vues à la télévision. Comment se faire une vie sans angoisse parmi ces balles perdues, ces bras mal arrachés, ces doigts cassés, ces jambes amputées, tout ces migrants noyés, ces corps flambés aux gaz mortifères, ces âmes amochées, ces cœurs en déshérence, ces regards sans yeux, ces larmes qu'on écrase dans la paume des mains, ces mots qui sautent comme des puces dans la crinière du silence, cette succession de crimes et d'infamies. Parmi ceux qui meurent de faim, il y a ceux dont le pain quotidien se transforme en épine. Faut-il avoir eu soif pour se piquer la bouche et déchirer sa langue. Faut-il avoir eu faim pour se manger le cœur.

J'écris comme un enfant giflé se renfrogne un peu plus. Le cœur battant comme les ailes d'un colibri, je ralentis quand même pour saluer les arbres, sourire aux papillons et boire la rosée à même les fougères. Personne encore ici n'a inventé ce pays. Il existe dans le giron du Canada. Il y a loin de la coupe aux lèvres, du musc des tribus à l'encaustique du sénat, des cométiques aux cosmétiques, du cuir des babiches au plastique des attachés-cases. Ici la terre attend son Grack, son Giono, son Bourg. Elle doit se contenter d'un poète de province au nom à particule. S'il y a quelques frênes, il n'y a pas de frênaie.

J'aime écrire au dehors, arpenter les chemins et les routes mal tracées. Je ne me pendrai pas à la ville qui tue, plutôt nourrir les pissenlits dans les montagnes appalachiennes, effeuiller les marguerites sur le bord d'un ruisseau, pêcher les écrevisses dans la rivière Larose, déguster les cent ans près du rang Larochelle. Ce ne sont pas les nuages qui font le ciel moins bleu, mais le regard de l'homme. La vie traîne sa chair comme on traîne son cœur d'une solitude à l'autre, comme on traîne son corps d'un paysage à l'autre, comme on traîne son âme d'une blessure à l'autre.

Y a-t-il une détresse des fleurs devant un sécateur, une douleur des bêtes qu'on mène à l'abattoir, une peur d'enfant qu'on transforme en soldat? Combien d'ailes faut-il pour sauver un seul ange? Combien de mots pour soulever les haltères du silence? Combien de plaies cousues avec leur propre pus? Je nomme chaque goutte agrandie par la mer. Un poids s'allège dans ma tête quand je le mets en mots, un trou se comble dans le ciel. J'ai comme du sable dans les tripes et du sang dans les yeux. Ces arbres qu'on abat, un fruit les recommence. Cette vie que l'on porte, on l'apprend peu à peu. Le temps pétrit la pierre où je cherche le blé, la terre où gisent tant de morts, la chair où naissent les enfants. Dans les planches qu'on scie, dans les vitres qu'on scelle, dans les murs qu'on repeint, se préparent des ruines. Tout un paquet de viscères trafique avec les ombres.

J'aime les ciels de pluie. Ils pleurent comme les hommes. Ma mère est disparue trop tôt. Je cherche son visage où mes larmes se cassent, ses mains sur ma douleur. Ses mots ont façonné mes lèvres. Ses yeux m'apprennent à voir. Elle me nourrit toujours sous les cendres et la neige. J'ai commencé très jeune à écrire, probablement déjà dans le ventre maternel, des esquisses de mots aux lettres mal formées, des fœtus de phrases sentant le placenta. Ma vie serpente et s'évade par la marge.

Où tant d'autres se vendent à l'état, à l'étal, au capital, aux dieux, je suis resté l'enfant qui apprend à parler. Je tombe et me relève. Je rue dans les brancards. Je pleure. Je bredouille. Je crie. Je mets du sang dans mon stylo, des larmes dans mon encre, du sperme entre les pages. Qu'on me donne une tache de boue et j'en fais mon drapeau. Qu'on me donne la neige et j'en ferai du feu. Qu'on me donne le rouge des framboises, le bleu du ciel, le noir des mûres ou des olives, la couleur des fruits, la patience des pierres, le goût si vif des orages, le sucre des oranges et la fraîcheur de l'air. Qu'on me donne un corps et j'en ferai une âme.

J'écoute les moineaux, les piafs, les corneilles et leur voix défoncée comme une barricade. J'en fait des mots, des cailloux, des bijoux, des jeux de mots, des jeux de mains jeux de vilains, des jeux d'enfants perdus sans leur parc à jouets. Nous portons dans la chair toutes les questions du monde et les choses n'en sont pas la réponse. Je veux des fleurs écloses dans les trous de mes mains, des phrases de poète dans les trous de mes dents, un jet d'étoiles dans un trou de balle, un peu de ciel dans les trous noirs, des yeux de naufragés et des regards de feu dans les orbites vides.

Jean-Marc La Frenière

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Jacques Prévert

Publié le par la freniere

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Hôtel du Nord

Publié le par la freniere

Il a trop plu sur nous.
L’oiseau ne retient pas
la chute des nuages.

Je pleure quelque fois
dans les cendres laissées
par des voix inconnues.

Tous les Hôtel du Nord
cachent des amants fous.


 

Jean-Marc La Frenière


 

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Lettre aux poètes et farfadets de la littérature

Publié le par la freniere

Dans les champs de la mémoire, parfois le vieux poète se souvient d'un temps où Hugo, Aragon, Cadou, Char, Cohn, Desnos, Éluard, Seghers, étaient compagnons des rêves de liberté d'un peuple et metteurs en mots d'un espoir à consommer entre le café crème, le comptoir, et le théâtre de la vie. Lui revient le souvenir de ces temps où les poètes n'étaient pas encore les enfants oubliés de la littérature et où même la télévision leur accordait quelque place !

Oui, amis poètes, je me souviens d'un temps qui fut bien avant que l'école de la productivité n'ouvre son aube sombre ; d'un temps où les textes de qualité faisaient la diversité des publications, d'un temps d'avant que l'édition ne soit devenue un groupuscule industriel ayant main mise sur les médias et labellisent chaque année une vingtaine de livres issus de leur sérail pendant qu’elle en enterre des milliers d’autres, les jetant dans cette pénombre blafarde où croupissent des livres sarcophages promis au silence des médias ou au pilon.

Oui, amis poètes, je le sais, cela se passait bien avant qu'un grand des grands libraires de Nice m'ait-il dit : "Poètes !... combien de livres de poésie vendus en France, rayon poètes vivants ? Travail inutile et place perdue !" S'était-il rendu compte qu'involontairement il paraphrasait Staline qui, lorsqu'on lui avait demandé de respecter des libertés religieuses, avait répondu : "Le Pape, combien de divisions ? " L'esprit, la rentabilité et la censure relèvent-ils d'une même dimension ?

Soldats des rêves inutiles, vieux poètes, amis sculpteurs de phrases arabesques, explorateurs traqueurs de pensées, danseurs et jongleurs, musiciens du verbe, vous le savez, amis, les poètes sont devenus l'armée des farfadets de la littérature. Petit cadeau leur est fait une fois par an car, comme il y a la journée du cheval, du chien, de l'enfant ou des femmes, on les exhibe dans de courtes cérémonies, dans un nettoyage de printemps cautionné par un ministère qui bat très vite tambours et trompettes avant que ne revienne le grand silence qui leur est réservé tout le reste de l'année !

Amis poètes, je vous en conjure, quand l'école de la rentabilité et de l'audimat fait loi et référence, jetez vos mots aux vents, aux radios sourdes, aux télés aveugles ; jetez le froid, le chaud, le feu, faites scandale, piaffez, dansez aux insomnies et aux rimes crépusculaires, glapissez dans les ventricules de l’âme, griffez vos mots dans une envie d’exister, sinon mourez dans ce ghetto de silence où l’on vous maintient !

Allez ! Soyez révolte et affirmation là où certains perdent leurs plumes en des éditions à ventre de papier et cœur d’argent.

Dans ce monde où le bruit fait son beurre, où la parole des poètes meurt, amis poètes, je vous en conjure, vivez l'intense du verbe, vivez dans l'étoffe des mots, et défendez-les.

Vivons, fiers et poètes, car nos mots portent le futur.

 Jean-Michel Sananès

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