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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Pour moi, la culture, c'est tout ce qui refuse les similitudes, l'immobilisme des racines, les miroirs de la mémoire close, c'est tout de ce qui refuse -ou écarte- ce qui est exactement semblable ou similaire pour rechercher ce qui est différent, ce qui est dissemblable. Etre cultivé aujourd'hui, ce n'est pas lire Tacite ou Homère dans le texte (cela c'est de l'érudition), ce n'est pas non plus connaître par cœur les composantes chimiques du sol de Mars ou de Saturne, c'est tout simplement admettre -jusqu'en sa propre création- la culture des autres; c'est même au besoin se mêler à elle et la mêler en soi. Etre cultivé aujourd'hui c'est porter en soi, à sa mort, des mondes plus nombreux que ceux de sa naissance. Etre cultivé aujourd'hui, c'est être tissé, métissé par la culture des autres.

 

Jacques Lacarrière 

Publié dans Ils ont dit

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Ma belle étoile

Publié le par la freniere

as-tu vu Gérald Neveu

ses pauvres meubles dans la rue

parmi les curieux du quartier

les gendarmes l’ont expulsé

 

on peut en rire on peut en rire

il répète cela doucement

car c’est bien fini le loyer

c’est bien fini la misère

 

examinez ma belle étoile

au cœur des objets familiers

elle brille même en plein jour

elle aveugle l’huissier

 

le serrurier les voisins

détournent leurs yeux maigres

et regagnent leur foyer

comme si de rien n’était

 

Jean-Claude Pirotte

Publié dans Poésie du monde

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Simulation des Éoliennes de l'Érable

Publié le par la freniere

Publié dans Glanures

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

 

Si ce qu'on possède nous possède, il faut s'en libérer.

Publié dans Aphorisme du jour

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

Y aurait-il une descente  après l’ascension

Je ne crois pas

La hauteur mène toujours plus haut

 

Adonis

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Jean-Paul Clébert

Publié le par la freniere

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Une entrevue de Jean-Paul Clebert sur les Tsiganes.

 

http://www.rts.ch/archives/tv/culture/voix-au-chapitre/4187767-jean-paul-clebert.html

Publié dans Poésie à écouter

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

J'aime les chemins de halage au bord des canaux, les reconstitutions archéologiques, le chant de l'alouette qui grisolle au zénith, les cernes et cercles de l'agate, le bleu du lapis-lazuli', les peintures sur les momies, j'aime le bruit des pieds nus sur la pierre, les cloîtres des églises romanes en plein soleil, l'odeur des capucines écrasées dans la main.

 

Je n'aime pas Montargis quand il pleut, les femmes aux jambes épilées, les endives et les salsifis, les pay­sages de Normandie, je n'aime pas le lait. [...]

 

J'aime les herbes folles, les mots sauvages, les papillons en liberté, la nébuleuse d'Andromède. J'aime la pro­chaine comète qui illuminera notre ciel.

Je n'aime pas les vérandas, les potages en sachet, les hypothèques, fussent-elles sur l'avenir. J'aime la poésie de René Char, les sources au coeur de la forêt.

Je n'aime pas les chiffres. Je n'aime pas Descartes. Je n'aime pas l'étang qui dort. Je n'aime pas le temps qui dort.

J'aime l'instant, le provisoire, le fugitif, le fragile, l'in­stable, l'éphémère. J'aime la vie improvisée. J'aime la moitié droite de mon cerveau.

Jacques Lacarrière 

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Jacques Lacarrière

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Tout s'ébroue

Publié le par la freniere

Il arrive qu’un sourire colmate le malheur. Sur des écrans chargés d’annonces et de slogans, on assassine le dernier mot. Quelques uns se rebellent, sans majuscule ni point final. Dans le hamac d’une parenthèse, le rêve tient tête au réel et déshabille le bonheur. Il faut combattre l’injustice avec les lois de la nature. Un arbre chargé d’accords comme une guitare à douze cordes attire les oiseaux et nourrit les arpèges. Les nids y font de la musique. L’érable chante sans faux sucre. L’écorce des bouleaux donne du papier à lettre, des clins d’œil au soleil. Il y en a qui chante avec leurs racines. Il faut les écouter. J’avance entre les lignes sur un sol jonché de voyelles, de mots abandonnés, d’images délavées, de phrases en déshérence. Je me construis un nid avec la paille du cœur. Je ne vais pas où je suis. Je vais où je serai. Mon petit carnet noir s’étend à perte de vue. L’écriture m’est devenue une respiration. Je bois la parole à plein mots.

        

Le silence est une enveloppe attendant d’éclater. Il n’est pas plus sage de se taire que de crier dans le désert. Les fous qui parlent seuls en savent quelque chose. Partout où je vais, les mots contaminent le paysage. Je ne sais plus si je vois ou j’écris. On ne s’habitue pas à regarder le monde par les mots. On change de phrase comme on change de lunettes. Marcher, rêvasser, songer, me perdre ou me trouve sont devenus des synonymes de phrases. Les feuilles commencent à rougeoyer et délavent les verts. Tout s’ébroue, s’esbroufe, s’éblouit,  juste avant que l’hiver ne passe de l’excès au manque. Le vent fait le faraud avant de s’empâter sous le gras de la neige. Les oiseaux fanfaronnent avant de fuir au sud, remportant la musique et les concerts de l’aube. Le ciel s’épaissit. Un restant de vert s’accroche du côté des montagnes, là où les vaches semblent voler. Le paysage brille entre les cils mouillés. Il devient flou et réinvente ses contours. Les couleurs se mélangent et bavent sur le sol. De la peau de chacun à la peau de chagrin, le temps se racotille.

        

Les corneilles remplissent le silence à ras bord. On les entend de loin grincer pire qu’une poulie, une sciotte rouillée, un écorché vivant. La pluie laisse courir son corps sur le sol, éclaboussant la terre de ses milliers d’orteils. Les oiseaux toussent dans le rhume des arbres. Le ciel s’arc-boute sur des nuages noirs. De grosses pierres élèvent leur prière depuis des millénaires, un chapelet de cristaux, un rosaire de schiste. Une éclaircie fait suite à l’orage. Petit à petit, le ciel a replié les draps bleus des nuages. Un fer de lumière repasse l’horizon. De plus en plus, je délaisse les livres. Mes yeux tournent des pages plus charnelles Chaque racine est une table des matières. J’ajuste mes lunettes à la focale des ruisseaux. J’attends qu’il arrive quelque chose de plus beau, de plus grand que la vie. Je fais des trous dans l’horizon avec des mots et des images. J’accroche des métaphores aux ailes des oiseaux. Je fais des paragraphes au-dessus de l’abîme, des sparages dans l’air.

        

Avec mon air de bûcheron, les arbres me regardent d’un drôle d’air, les branches méfiantes et les feuilles en colère. Je dois les rassurer avec une voix d’oiseau. Toutes les racines s’étirent pour boire à la source. Le noir que l’on voit s’avère une lumière. À la fin de la journée, les arbres ont les épaules plus courbées. Ils dodelinent de la tête sous leur bonnet de feuilles. Les jours passent pareils que la vie. La chair que l’on met dans les bras des habits rend les gestes plus lourds. Les mots sans voix finissent tôt ou tard par trouver la musique. Les pissenlits se la jouent en poètes maudits, tachant de jaune les petits doigts de l’air, ceux qui s’étouffent sans boire la tasse et mangent du prochain. Les mots qu’on tient en laisse finissent par mordre tôt ou tard. Je ne suis pas du vide dont on fait les églises. Je suis du plein dont ont fait les outils qui servent à aimer. Je ne suis pas du foin dont on fait la monnaie. Tout le rien que je gagne ne sert qu’à la vie. Le soleil aimante les yeux des tournesols. Le noir serré en grains savoure la lumière.

 

Les heures font du surplace comme des chaussures vides. Les mots hennissent dans ma gorge, cherchant quelque avoine à brouter, quelques pierres à sucer, quelques phrases à goûter. L’ozone s’est enfui par les trous des nuages. Trop de soldats piétinent les doigts de pied du cœur. J’en ai le gros orteil aussi gros qu’un navet. Je ne veux pas du verbe avoir qui agenouille le verbe être. Je veux naître à chaque microseconde et connaître la mort à son plus haut sommet. Je ne fais pas semblant d’écrire. Je vis de chaque mot comme on grignote un pain. Mes doigts forment des lettres sur la main de la page. Penché sur une page, je traverse un alphabet de lettres. Le ciel tombe dans l’eau, laissant quelques nuages bras ballants sur le vide. Souvent les fleurs essaient de nous parler mais rares sont ceux qui les écoutent. Il faut entendre le son des mots avant qu’ils se prononcent. Ma tête, j’aimerais y faire place nette. J’y laverais la vie avec des mots tout propres, un savon d’espérance, un shampoing d’absolu.

 

Que faire avec des bouches où les mots sont absents, des oreilles encrassées de slogans, des mains aux gestes presque morts ? Je suis les anges aux pieds sur terre. Je les suis à la trace. Je ramasse leurs plumes pour en faire des phrases. Je souffle sur la braise. Il faut savoir donner pour mériter de vivre. Un râteau sur l’épaule présume d’un jardin comme un crayon qui coule dans une poche de veste. Je viens avec mon fagot de mots, de plantes, de vivants, ma besace de morts et de poissons, avec une main d’enfant retenant sa peluche. Les oiseaux veillent sur le chant comme la pierre sur le sol. Je ne fais pas qu’écrire. J’habille ma carcasse avec la chair des voyelles. Dans la grande bible de la terre, je vérifie l’espoir. J’acclimate ma bouche à la soif des plantes. Je fais l’ange et la bête. Cherchant des trucs dans le cœur, des choses dans la tête, des roses dans la neige, j’ai découvert la poésie.

Publié dans Prose

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Richard Galliano: Tango pour Claude

Publié le par la freniere

 

 

Publié dans Poésie à écouter

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