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Jeu en bois franc

Publié le par la freniere

Jeu en bois franc,
mackinaw qui claque au vent
et autres maroquineries
pour
Jean-Marc La Frenière
J’devrais, je pourrais dire bien...
autrement dit
que ce rôdeur dans la lignée des frênes,
creuseur de chapes visibles
à froid à chaux et résine aussi
(et pourtant, les pesticides...),
est l’un de mes écrivains favoris.
Je le retrouve toujours sur le Tardif
cet ami du loup,
en train de profusionner surtout
images de jardins de mots d’oiseaux
qui le travaillent tant et tendrement
puis durement, en signe de grêle, de cuir,
de respir, de repos, de bran de scie,
de pavillon du détour;
les petits les gros avec leurs L qui sifflent,
qui toquent à son oreille
comme des frères
en train de marcher solide
dans ses promenades de grandes lunes,
tous vers une entrée de cour
qui mène par-devant-derrière
à l’enfance des écorces,
aux gadelles,
aux pommes Alexandre,
aux feuilles trouées de prose
d’érables à Giguère,
et plus bas, à la limite de la terre coloriée,
vers l’étang aux grenouilles
et à la glaise sur le bord de celui-ci
aux premiers abords
magie invisible
comme Rose-Ange
pour les yeux qui marmitent,
pour les mains...
Pour le coeur lièvre.

Tous vers les pierres
saisissantes
le sacré beau
retentissement
dans l’air
qui n’en finit pas.

Jacques Desmarais

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Une maison

Publié le par la freniere

Je n'ai pas construit une maison, mais un poème. Je cherche la mer entre les lignes, la forêt sur la page, le ciel dans la marge, le bruit du monde entre les mots. Il y manque toujours un meuble, une table, une image. Lorsque j'ouvre les mains, elles retrouvent le manque, la peur des enfants, l'histoire des fantômes. Assis sur un petit tas de mots comme sur un tas de feuilles, je les froisse des doigts. La beauté des chevaux m'étonnera toujours, celle des fleurs sauvages et des couchers de soleil. Elle console de la bêtise de l'homme détruisant ce qu'il touche. Les morts n'arrêtent pas d'engraisser la terre. Toutes les vies s'en nourrissent. La véritable communion nécessite un jardin. Lorsque je pense à la mort, Chibouki me ronge en dedans. Qui soignera mes plantes quand je serai parti? Me lira-t-on encore? Enfants, méfiez-vous des parcs d'attractions, des chevaux de foire et de manège, chevauchez un vrai joual, préférez le mustang au cheval-vapeur, le pacage au parking, la douceur des lèvres à la froideur des écrans, aimez la vie et les vivants. Un corps n'est pas qu'un corps. Un cœur ne se réduit pas à ses battements, la tête à la cervelle. Quelque chose de plus nous tire vers le haut. Je navigue entre le crincrin et la zizique, le zinzin et l'harmonie, le zéro et l'absolu. Sur la portée d'un alphabet, j'ajoute quelques notes à la petite sourdine du cœur. Je lance des ballons dans les misères du monde. Un enfant les attrape. J'avance comme je peux, un peu d'espoir dans mon sac et tant d'amour brûlant mes yeux. La mort m'a contourné deux fois, peut-être quatre, alors que j'étais prêt. Elle reviendra quand je ne voudrai plus. On ne sait pas pourquoi l'on meurt. Je voudrais qu'elle vienne quand toutes les guerres auront cessé et les enfants ne feront plus semblant d'être des hommes. Tout est passé trop vite. Je n'en suis qu'au brouillon. Il y a si peu de cendre au bout de chaque vie. Que deviennent les hommes, les bêtes, les oiseaux?

L'homme se perd dans la précarité des hypothèses, l'apostasie des dieux, les apostrophes du temps. Ce que dit la vie, la faune le comprend, la flore le devine. L'insecte et l'éléphant ont les mêmes atomes. Les bras et les pieds viennent du même alphabet, peu importe la langue. La bouche s'emplit de mots, de silence et de cris. Le corps forme une ombre sur le mur. Les pieds laissent des pas sur la poussière. Un fruit se forme dans la fleur. Un bruit se perd dans l'oreille. Les pétales de fleurs et les akènes de pissenlits se sèment à tout vent. Les courges, les tomates, les fraises, les radis proviennent d'un même jardin, le sol de la terre. La neige et l'eau se mélangent aux phrases, aux paragraphes, aux mots. Les pages du cahier se sont qu'une aquarelle. Le pollen comprend le babil des abeilles, mais l'homme cherche encore le sens de la vie. On a peur des insectes (qu'ils nous donnent la fièvre), du froid qui transperce les os, de la chaleur qui brûle, de la marée qui monte, du ciel qui descend. On marche dans sa tête jusqu'à épuisement. Je suis chaque mot que j'écris et l'encre sur la page. Les crayons de mes jambes dessinent le chemin, la falaise où grimper, l'interminable qu'il nous faut traverser. Qu'on visite le monde ou qu'on reste sur place, de la naissance à la mort, ce n'est qu'un long voyage dont on ne revient pas. À la longue, tout s'amenuise et se tait, mais il suffit de presque rien, une vulgaire breloque, un brimborion d'enfance oublié dans un coffre, une mèche de cheveu, pour que renaisse la parole. Les souvenirs sont toujours aux aguets. L'inhabituel surprend toujours comme un point d'orgue dans l'ennui, un point virgule dans une phrase, un coup de poing sur la table. Il met du sel sur les heures, du beurre sur le pain, du muscle dans les bras, de la cervelle dans les mots.

La poésie est une chaise, un hamac, une table. Nos corps sont des maisons mal bâties. Elles prennent de l'âge comme on prend l'eau. Les portes grincent. Les planches prennent des rides. Il faut mettre de l'huile dans la machine à vivre, un peu de rêve et tendresse. Je n'écris pas comme un tracteur obèse, mais un bœuf de labour ou un cheval de trait, pas comme un caterpillar, mais la roue d'une brouette enlisée dans l'ornière. Contemporain des arbres, je date devant l'ordinateur. Je saigne quand on ampute l'Amazone d'une partie de poumon, quand le pétrole fait fondre les glaciers, quand les écrans géants rendent les hommes analphabètes. Dans les fast-foods, on ne lit plus le menu, on regarde les images. Les prix ont remplacé les lettres. Le mode a remplacé le goût.

 

Jean-Marc La Frenière

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Ton Christ est juif

Publié le par la freniere

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Il y a urgence à sauver le ver de terre.

Christophe Gatineau

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La rage d'écrire

Publié le par la freniere

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Le choix de la saison

Publié le par la freniere

Les solutions étaient désertes. Nous ne voulions jamais voyager en enfance. Pas cette enfance de pauvre, ces paysages de trottoirs. Nous rêvions de ce monde, ce monde à inventer comme on entre en musique. Un jour le temps est là. Un jour, et me voilà moins droit. Je me souviens, de loin en loin, de l'amoureuse fausse. J'ai glissé ma sourdine dans les cordes vocales, histoire de vider, seul, ma dernière habitude.

Le monde est dérangeant, il motorise tout, même la littérature. La musique ? Je n'en parle jamais depuis que le Do mineur montre des défaillances.
Les voisins de la bulle d'à coté ont des sourires de façades, je dis bien, des sourires sur la façade. Ils disent vouloir donner aux errants des leçons de bonheur. Quand le vent est trop froid et que le temps se fige, je vais, le regard dur, coller l'aube naissante. J'ai la plus douce collection d'aubes. On me jalouse je le sais. Sournoisement, je bois à leur envie. Personne ne viendra. Je vais guetter encore.

Les autres, savent-ils que je les perce ? Machin, quand il décline son identité, sa qualité, il avance le torse comme pour te défier. Cette misère d'attitude me fatigue. Je n'existe aujourd'hui que dans cette solitude bien comprise. Une autre fois des cavales bleutées broutent dans mes mains juste sur le liseré de ma frontière. Elles ne reviennent pas. J'ai oublié la mer en tant que draperie, il ne me reste d'elle qu'une idée de musique. Je garde mon chemin, je travaille l'écrit, le seul endroit où ils ne vont jamais regarder. Coincé entre les bouts du temps, je m'obstine à fleurir dans mon jardin d'hiver.

L'invitation lointaine des désirs, des plaisirs de paraître reste encore vivace dans le choix des saisons. Je ferais suivre d'un "suivi de..." comme dans les recueils de poèmes. L'édition en sera limitée et sur le compte de l'auteur. Ainsi, la trace, celle que le vent efface en première intention, gardera de moi les trois points de suspension. Encore une vilaine histoire à se raconter. A chacun son sérieux, chacun son papier blanc.

Quand tu n'es pas venue, j'inventais les couleurs d'une nature lente, je préparais quelques renoncements triés sur les qualités du froid, je m'étais engagé sur le poids de ma voix. Tu n'as rien vu. Je ne crois en rien, pas même au personnage outragé que j'aimais. Le vocabulaire au poil ras, est secoué d'un rire sur mon point de repère.
Il est temps maintenant d'aller rentrer mes liens. Là-bas de lourds nuages menacent mon théâtre. L'âge s'est déplacé d'un triste pas feutré. Le spectacle est en bas, dans mes velours d'amour.

Dans une nuit plus blanche que les autres nuits, le signataire du message s'est perdu. Le texte s'est ouvert sur un fragment d'oubli, une transparence de secours.
Nous avions commencé par être ensemble et puis le temps s'est dérobé. A cet instant, c'est vrai, j'ai passé le seuil du seul à seul. De faux débats en vrais silences, une panique pacotille s'est installée. Aux occasions d'être moins sourd, j'ai répondu par des retards sur des misères de papier.
Des percussions intimes annoncent le danger.
A l'attentive finition, je me serai tout pardonné.

Robert Cuffi

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

L'ombre noire du charbon ouvre la voie au diamant.

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Nomade

Publié le par la freniere

Je traverse en nomade le grand corps du monde, de la fraîcheur des sources jusqu’au vent du désert, de la froideur de l’eau jusqu’aux habits de flammes, du rhume des objets jusqu’à la toux de l’âme, du sel de la mer jusqu’au fil de salive, des grottes de Lascaux jusqu’aux mots sur la page, de l’amibe encore chaud au cristal de Bohème, des hommes dans les mines aux femmes à ciel ouvert. Je traverse le monde comme un ruisseau perdu où viennent boire les bêtes. Je recueille une à une les larmes oubliées, les ailes des oiseaux pétrifiées dans la pierre. Je marche en titubant de la blessure au baume.

 

Je voudrais bien savoir de quoi parlent les arbres quand le vent les visite, ce que chante un oiseau pour endormir le nid. Nous apprenons la vie par les gestes qu’on pose. Nous apprenons la langue par les mots que l’on dit. Je construis ma demeure avec du bois d’homme. Je croise sur la page la baleine et l’agneau, la montagne et le pain, la source et le volcan. Ils se comprennent mieux que les hommes s’accordent. L’espérance y butine les insectes en fleurs. Des plantes inconnues escaladent le roc. À l’école du vent, les papillons par paires potassent le pollen. Les arbres du verger ne comptent pas leurs pommes. Ils se dessinent un cœur dans les lignes de l’aubier.

 

Je regarde le ciel sans oublier la terre. Plus léger qu’un oiseau qui marche sur la neige, je déchiffre du pied l’hexagramme des pas. Je veux tisser ma vie sans en briser le fil. Le plus beau des arbres a les racines tordues. L’abîme le plus creux aspire au soleil. La grosseur des bourgeons me tient lieu de journal. Avec le vent qui passe, les aiguilles de pin font des calligraphies. Il faut croire à son ombre autant que le soleil. Sur la route du yang, la charrette du yin bringuebale parfois. Sa vieille roue de bois ne reste pas en place. Pâle croissant de lune, je traverse en nomade l’histoire du ciel. Je cherche encore la porte pour entrer ou sortir, un horizon sans borne, une horloge sans temps.

 

J’ai préféré la vigne aux escaliers de marbre, les branches du pommier aux carcasses d’autos, les ronces dans les mûres au bois des balustrades. Sous les sabots du cerf, on n’entend plus la terre. La peur du chasseur fait taire les oiseaux. Même le vent dans les feuilles est une cloche sans battant. La rivière qui chante ne finit plus ses phrases. Que savons-nous au juste de la souffrance des pierres, de la peur des enfants, de la tendresse des épines ? Que savons-nous des arbres enfermés dans les portes et le bois des matraques ? Que savons-nous des morts que l’on bâillonne encore, des étoiles aveugles et des bêtes qui boitent, du courage des plantes sous le poids de la neige ?

 

Je ne compte pas les jours mais les cailloux blessés. Les chiffres de la pluie s’additionnent aux parfums. Le soleil multiplie les tiges du jardin. Sur la falaise de l’homme, je m’accroche aux images pour ne pas perdre pied. Je laisse sur le roc des cicatrices en feu. Dans la chair des mots, la pointe du scalpel est le bout de la langue.

Jean-Marc La Frenière

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À fleur de peau

Publié le par la freniere

À fleur de peau

 

 

Un homme du bout du rang

Une femme du bout de l’île

Un homme de la nuit

Plein de trous d’espérance

Une femme de la vie

Plus belle que le jour

Un homme de fond de mine

Pour une femme à ciel ouvert

Un homme de la neige

Pour une femme de soleil

Un homme de plomb noir

Pour une femme de dentelle

Un homme de la terre

Pour une femme de la mer

Un homme de glacier

Pour une femme de pollen

Tout se conjugue à fleur de peau

 

Jean-Marc La Frenière

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Nous, les exilés

Publié le par la freniere

Arrivé par les petits miracles de FB en l’occurrence Giuseppa Gigi Galluzzo

Nous, les exilés,
qui vivons à coup de calmants,
Notre patrie est devenue Facebook
Cela nous ouvre le ciel
Fermé devant nos visages aux frontières.

Nous les exilés,
Nous dormons en serrant contre nous
Notre téléphone mobile.
Sous les lumières
Des écrans de nos ordinateurs
Nous nous assoupissons pleins de tristesse
Et nous réveillons plein d'espoir

Nous, les exilés
Rôdons autour de vos maisons lointaines
Comme les amoureuses rôdent
Autour des prisons,
Espérant apercevoir l'ombre de leurs amants.

Nous, les exilés, nous sommes malades,
d'une maladie incurable.

Aimer une patrie
Mise à mort.

Maram Al Masri

 

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