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Comme le scorpion mon frère

Publié le par la freniere

Comme le scorpion, mon frère,
Tu es comme le scorpion, dans une nuit d'épouvante.
Comme le moineau, mon frère,
Tu es comme le moineau, dans ses menues inquiétudes.
Comme la moule, mon frère,
Tu es comme la moule, enfermée et tranquille.
Tu es terrible, mon frère,
comme la bouche d'un volcan éteint...
Et tu n'es pas un hélas, tu n'es pas cinq,
Tu es des millions !
Tu es comme le mouton, mon frère,
Quand le bourreau habillé de ta peau,
quand le bourreau lève son bâton,
tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
et tu vas à l'abattoir en courant, presque fier...
Tu es la plus drôle des créatures, en somme,
plus drôle que le poisson
qui vit dans la mer sans savoir la mer.
Et s'il y a tant de misère sur terre,
c'est grâce à toi, mon frère.
Si nous sommes affamés, épuisés,
Si nous sommes écorchés jusqu'au sang?
pressés comme la grappe pour donner notre vin,
Irai-je jusqu'à dire que c'est de ta faute ?
Non,
Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.

Nazim Hikmet

 

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Entre les mots

Publié le par la freniere

À la télévision, à la radio, sur les journaux, on parle surtout pour ne rien dire. On bichonne son moi au son des tiroirs-caisses. Jusqu’à preuve du pareil, on coupe les petits doigts qui cherchent l’infini. Il y a des mots dont on a peur, l’éternité, la mort, l’amour, la liberté ou l’âme. On édulcore l’espérance par de fausses croyances. Je cherche entre les mots quelque chose qui manque. Les enfants crient parce qu’ils vivent, tout simplement. Nous, on écrit pourquoi ? Il m’arrive d’aller loin tout en restant sur place, de me taire simplement pour laisser place aux mots. Les mots de la colère: j’ai les poings d’un paria. Les mots de la mémoire: j’ai dix ans et je pêche à la ligne. Les mots de l’absolu: j’ai l’âge des étoiles. Les mots de la tendresse: j’ai des baisers tachés du rouge des framboises. Les noms de la mort: Nona, Céline, Olivier, Jacqueline. Les surnoms de l’amour: ma rousse, ma blonde, ma chérie, ma sauvageonne, ma Mitou.

Je passe entre les mots comme le vent du fleuve, le vent bleu du Saguenay, le vent de la Doré que me chantait Gilbert. Il y a dans le tiroir à mots des sauterelles, des criquets, des abeilles, des oiseaux. Il y a aussi des fleurs et des galets de plage. Il y a des mots d’amour qu’on n’habille jamais, des phrases pliées entre les draps, des poèmes oubliés sous une pile de bas. J’écris du bout des doigts, les jointures branchées sur les battements du cœur. Je lis du bout des yeux comme on pèle une pomme pour en toucher la chair. Lorsque les enfants se parlent dans leur langue, nous sommes analphabètes. On les comprend par signes.

Ce matin j’ai croisé une robineuse dans la rue. Elle boitait du cœur. On venait de lui fermer la porte au nez à la clinique des poupées. Elle avait pourtant des billes dans les yeux pleines de rêves d’enfant. Je cherche des couleurs dans la boite à images. On a tout mélangé, le ciel avec la terre, les nuages et la boue, les mots avec les poings, les rires avec les larmes, le soleil et la lune. Les cailloux flottent sur la page avec un bruit de mer. Les mots fragiles comme le verre font un bruit de vaisselle.


L’homme ne voit plus le soleil se lever sur la mer. Il le regarde sur les affiches, le soleil qu’on paie, la mer qu’on dilapide, le bonheur à crédit. La lune américaine se vend comme le reste, qui ne sont que les nôtres. Peu m’importe qu’on me lise avec un parasol, j’écris avec mes doigts comme des bâtons de pluie, la terre qui colle aux bottes, le cri des poules d’eau, le ciel qui se lève dans un ramas d’oiseaux. Peu importe qu’on me lise à l’envers, j’écris sur des échasses au milieu des hérons. Tant de livres dans mon dos me courbent sur la page. Je récris de mémoire ceux que je n’ai pas lus.

Lorsque tout dort dans la maison, j’entends le monde toquer au moindre nœud de bois, les feuilles ouvrir la porte à la sève des arbres, les étoiles danser dans une goutte de pluie, mon loup lécher le temps à coups d’odeurs. Les mots qu’on n’écrit pas viennent me réveiller comme une lampe de voyelles portant l’amour sous sa jupe. La lumière vacille sur la mèche de l’encre. Les mots s’accrochent à tout comme la vigne sauvage. On croirait lire du Rousseau. J’écoute leur musique avec l’oreille d’une phrase. J’essaie de tirer mon épingle du jeu dans ce fragile mikado.

Jean-Marc La Frenière

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Calfeutrer l'avenir

Publié le par la freniere

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Deux hommes beaux sont morts

Publié le par la freniere

A la mémoire de Jean Sénac et de Tahar Djaout

Un homme beau est mort qui signait d'un soleil
il s'appelait Sénac
Jean Sénac

un homme beau est mort qui signait d'une rose
il s'appelait Djaout
Tahar Djaout

depuis toute leur enfance est morte pour le monde...

sous l'amandier nomade
ils venaient tous les deux
à l'eau du soir blessée
ils ramassaient les ombres
pour en faire des pétales

toujours l'inespéré accompagnait leurs pas

toujours dans leur maison
on partageait le pain
toujours dans leur maison
on partageait le sel
et la douce patience qui tremble au bord des larmes...

les amandiers sont morts de leurs blessures...

et la mort en grand nombre a frappé en vingt ans!

hier c'était Sénac aujourd'hui c'est Djaout
assassinés chez eux par les mêmes tueurs
pour avoir cru ensemble à une même Terre
de toutes les couleurs
pour avoir cru ensemble à une même Terre
de toutes les douleurs

hier c'était Sénac aujourd'hui c'est Djaout
assassinés chez eux par les mêmes tueurs
sur cett même Terre de toutes les splendeurs...

assassinés chez eux en des temps différents
et semblables pourtant...

deux hommes beaux sont morts
tous deux enfants d'orages
et deux frères pourtant

deux hommes beaux sont morts qui signent d'un Silence...

 

Tristan Cabral

 

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Face à mon balcon

Publié le par la freniere

Face à mon balcon

une femme

sur son balcon

arrose la même bruyère que la mienne.

 

Sauf une petite inclinaison de tête

nous faisons semblant depuis des années

de ne pas nous connaître.

 

Pourtant, depuis des années, à la même heure,

nous arrosons la même plante

qui fleurit à l'automne,

du même rouge un peu passé.

 

Comme il est agréable

de savoir que

d'un côté l'autre de la rue

nous pouvons tous les jours compter l'une sur l'autre!

 

Marie-Claude Bancquart

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Vaut mieux semer le doute que de planter un drapeau.

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Par un matin livide

Publié le par la freniere

Les vents, par un matin livide, par un matin de gueule de bois, se donnent des uppercuts et des crochets rageurs. Les arbres sont saupoudrés de sucre. Le vent prépare ses raquettes. Les oiseaux font du ski. Les ornières se hérissent de glace. Tout tremble sur le pas des portes. Les vents ont beau crier, les chiens japper, ça reste moins violent que la bêtise des hommes. En revoyant le passé, de vieilles blessures s'éveillent. Les cicatrices élancent comme une dent cariée. Un moignon se souvient de la beauté des gestes. Les premières neiges ont recouvert le sol. Où sont passées les routes, les crevasses, les ornières, les mares d'eau stagnante, les butées de pierres délimitant les terres? Les colverts sont partis pour le Sud. Le col vert des arbres est devenu cou nu. Les maigres bouts de bois sont devenus des arbres. Il me suffit de regarder le ciel pour retomber en enfance. Tout va trop vite. Je voudrais étirer le temps, goûter chaque seconde. Peu importe le temps les fleurs restent polies. Les hommes, à force de s'engueuler, trouvent toujours la petite bête, la maudite guerre, les paquets de nerfs. Mes jours sont comptés désormais, je ne le sais que trop. Tous les arbres embellissent la vie, même les vieux avec leurs moignons de branches, les nœuds de bois où les piverts se cassent le bec, les verrues sur les robes d'écorce, les bourrelets au pied bot des bouleaux, les tuques sur la cime dans la laine des hivers, les nids chargés d'oiseaux, l'acné juvénile des ormeaux. Les mots deviennent vrais comme le toucher des mains, la douleur et le sang. Tout les pays, les paysages, les milieux sont d'abord intérieurs. Nous sommes ce que nous habitons, les lieux où nous vivons. Je vais jusqu'au début comme on va vers la fin. Je vais et je m'attarde encore.

Après avoir inventé le vin et l'écriture , après avoir pétri le pain, l'argile et la glaise, pourquoi avoir imaginé l'argent, la bombe et les puits de pétrole? Devant les CRS, les militaires, les mercenaires du pouvoir, la mauvaise herbe de l'amour déchausse les pavés. Il ne suffit pas de faire le mur. Il faut le défaire, faire table rase des prisons. La haine, elle est partout présente, des discours religieux aux slogans politiques. Elle se répand de l'utérus à l'école, de l'école à l'usine. Sous l'emprise de Trump, les Américains ne savent plus que dégainer leurs colts et leurs carnets de chèque pour acheter des balles. Cette échelle appuyée sur un mur, ils en scient les barreaux. Ils escamotent les marches dans l'escalier du temps. Ils vont jusqu'à corrompre l'eau de la charité, moudre le pain avec les crocs d'un pit-bull, mettre des menottes aux frêles poignets du vent. Les fleurs qui se ferment au toucher veulent se garder pures. Celles qui s'ouvrent font la manche et offrent leur pollen. Ce sont les questions et les réponses qui font le corps de l'homme, bien avant l'ossature et la chair. Ce sont les morts qui rendent les vivants si précieux. Le temps s'écoule comme le sang des blessures. J'ai couché longtemps dans une boite de carton, squatté les fonds de ruelle et les bouches de métro, une seringue dans le bras, une bouteille à la bouche, bivouaqué entre les détritus et les rats morts des égouts, le chant des sirènes et les klaxons d'auto, les épouvantails et les bonhommes de neige. Je fumais des mégots écrasés sur le sol. Je marchais avec des mains aux pieds nus, des pieds qui font du pouce, la tête dans les nuages, les tripes aux quatre vents. J'écrivais dans les blancs du silence avec des mots qui courent entre les lignes. La sécheresse du sable n'empêche pas une larme. La vie est belle malgré tout. Les fleurs font des clins d’œil. Les arbres nous saluent. Les biches veulent se faire amies. Je regarde la terre, les feuilles devenues rouges, les nuages qui bougent, les images qui louchent. J'écoute les musiques disposant leurs couleurs, les paroles qui traversent la nuit. La vie défait sa robe. Les stylos bandent dans les images nues.

Les doigts de la brume tâtonnent sur le lac. La colline de gauche a la chemise ouverte. La cicatrice d'un torrent lui balafre l'épaule. J'apprends le langage des routes, la langue des Tziganes. Je scrute la terre de la nuit comme les yeux des taupes. Je hurle comme un loup. Les arbres nous entourent comme de vieux voisins, des vieillards palabrant sur un banc. Une théorie d'enfants babille sans raison. Le temps est en eux comme une graine qui germe, un ballet d'éphémères voulant s'éterniser. Leurs ballons sont des bulles dans le champagne du pauvre. Il y a toujours une fenêtre ouverte quelque part, un feu qui veille, un pain attendant le partage, une chaise espérant qu'on s'assoie, un intervalle de silence dans les bruits de la tête, quelqu'un qui nous attend, une fenêtre ouverte sur la beauté du monde. Il faut trouver sa place à la table des mots. Je laisse à deviner les tatouages noirs sur les épaules du papier. En accord avec les insectes, les racines et le chant des oiseaux, les mots du jour se caressent de la langue. On a beau courir ou cheminer, on reste toujours à mi-chemin. Tout attend d'être dit. Mes doigts s'agitent dans la toison des rêves et le pubis du monde. Toute vie est à colorier par la saleté ou la sainteté. Les deux s'emmêlent dans les gestes de l'homme. Mon avenir est de plus en plus court et mes os se confondent au lichen. Que répondre à la question du monde? Les lettres bougent, des initiales aux italiques, entre les pleins, les déliés, les signes épars de la langue. Lasse de recoudre les secondes, l'aiguille des heures cherche un emploi. Les mots s'accrochent et se déchirent dans mon sourire aux dents cassés. Pour croire aux lutins et aux fées, j'ai les yeux d'un enfant. Pour regarder plus loin, j'ai les grands yeux jaunes d'un loup. Pour la salive et le reste, j'ai les yeux d'une araignée qui veille dans son hamac de soie. La vie émerge des ratures.

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Je m'étonne (ou me suis lassée d'en chercher la source, peu inspirée ? l'inintelligence profonde de la vie ?), de découvrir que des gens, bourrés d'argent, capitalistes à outrance, laissent éclater sans vergogne leur insatiable vulgarité, leur bassesse avide, devant laquelle l'animal le plus sauvage, dressé dans son instinct, peut être noble.
On est pris de vertige devant l'ignominie répugnante, qui souille presque la pensée même de qui s'en approche, de ces dirigeants d'affaires, de ces possédants avides, ivres de vouloir AVOIR jusqu'à être dévorés par ce désir d'avoir qui réduit l'ÊTRE, le si beau verbe être, le souffle du Vivant, à néant.
Devant leur sale dieu argent, qui avilit tout, ils volent, pillent, détruisent, assassinent. Cela se voit, cela est vu - leur cynisme n'en est ni calme, ni freiné, ni honteux. Ils tuent des enfants, des femmes et des hommes pour leur profit goulu, ils prostituent la pureté pour leur faim jamais rassasiée, jamais satisfaite.
Ils n'ont ni raison, ni sagesse, ni grâce ni douceur. Seulement une âpreté désespérée de jouissance, et jamais ils ne se reposent de ces hideurs, le monstre insatisfait de leur hébétude à AVOIR jamais repu, ils sont les dupes d'un désir laid, effroyable, dont ils n'ont plus peur : ils sont devenus cela, du déchet que brûle une creusante insatisfaction, sans plénitude possible, à jamais. Pauvres abrutis à la soif inextinguible, que la beauté, la joie, la prière et le don ont désertés - votre inconscience malade est à pleurer.
Réveillez-vous, ou jetez-vous dans le brasier, pour en finir avec votre enfer - mais cessez de détruire, la vie et notre pauvre Terre.
je donne tous vos lingots, votre bouffissure friquée, pour une lettre d'amour de Rilke à Mimi Romanelli, pour un poème de Marie Noël, un silence après un concerto de Mozart ou la Fantaisie-Impromptue de Chopin.
Et un conseil à ces rapaces : à moins que la mode ait changé, les linceuls n'ont pas de poches.

 

Olympia Alberti

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Que mettre dans le bonheur pour qu'il soit tout ce que veut l'enfant qui rêve, sinon du rire, quelques paillettes, de l'espoir à revendre et à ne pas brader, une petite peur qui mettrait son grain de sel dans les matins endimanchés ?
Et pourquoi pas y mettre aussi ce qui m'est indispensable pour aller plus loin : un chat, un ange et de l'amour ?
Le bonheur n'est rien d'autre que cela, m'a déclaré l’enfant, mais il n'est utile que si on sait le semer, en faire bon usage, l'offrir à ceux qui en ont le plus besoin et en garder suffisamment pour pouvoir encore et encore le partager.
 
Jean-Michel Sananès

 

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A Michel Pleau

Publié le par la freniere

à Michel Pleau

Sans relâche, la vie tourne sur elle-même,
je continue de penser qu’il importe
de demeurer fidèle à ce cheminement
que j’ai tracé avec un réel entêtement,
beaucoup d’abnégation et une humilité
souvent justifiée par le peu d’attention
qu’en général on accorde aux poètes.
Je me réjouis du simple fait de pouvoir
chaque jour m’attabler en solitaire
avec quelques livres de poésie, un
ou deux essais et le carnet d’écriture
dans lequel je dépose le limon des jours.
Pour moi, être s’inscrit d’abord et avant tout
dans l’acte d’écriture. C’est le présent
que je recueille qui m’incite à continuer
malgré tout, voire envers et contre tout.

Claude Paradis
6.01.2019

 

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